Mauricie: trois chaudes luttes à prévoir

CHRONIQUE/ On était déjà prévenu qu’il nous faudra veiller tard lundi soir pour savoir qui des libéraux ou des conservateurs seront les plus susceptibles de former le prochain gouvernement fédéral... minoritaire.

On soupçonne que c’est la Colombie-Britannique qui aura à trancher l’énigme et ses bureaux de votation vont fermer à 22 h de notre heure.

Ce qu’on n’avait pas prévu, c’est que le suspense électoral pourrait aussi durer très tard dans au moins trois des quatre circonscriptions de la région.

À l’exception de Bécancour-Nicolet-Saurel où la réélection du député sortant Louis Plamondon n’est maintenant plus qu’une formalité, on sera probablement forcé de rester sur le bout de notre chaise ou de notre fauteuil très tard avant d’être sûr, et encore rien pourrait ne l’être, de qui sera le député de Trois-Rivières, de Berthier-Maskinongé et même, de Saint-Maurice–Champlain.

Cette semaine, des organisateurs politiques d’expérience avouaient craindre une poussée explosive, une vague de fond de dernière heure en faveur d’un parti adverse contre laquelle on ne pourrait plus rien faire.

Tout indique que cet emballement tant redouté se soit bel et bien produit en faveur du Bloc québécois qui serait au moins au coude-à-coude avec le Parti libéral pour l’ensemble du Québec, mais largement dominant chez les francophones, dans les régions.

C’est ce que soutient le plus récent sondage de Léger Marketing qui accorde près de 40 % des intentions de vote des francophones au parti d’Yves-François Blanchet, laissant les libéraux loin derrière et les conservateurs encore plus loin.

Bien sûr, on pourra dire que ce n’est qu’un sondage. Le problème, c’est que celui-ci est le plus récent, le plus rapproché du scrutin et qu’il était plutôt costaud avec 3000 sondés.

Il serait utopique pour les candidats des autres partis de penser qu’une telle remontée en faveur du Bloc dans les intentions de vote des francophones passe au-dessus de la région sans s’y faire sentir.

En fait, la ferveur populaire révélée par ce dernier sondage est telle que si on appliquait les résultats tels qu’ils sont apparus, les trois circonscriptions fédérales de la Mauricie seraient emportées par le Bloc. Un balayage total à l’image de celui réalisé par la Coalition avenir Québec.

Mais avant de conclure qu’on pourrait bâiller de bonne heure et aller se coucher lundi soir sans se poser de questions, on doit mettre quelques bémols à une telle issue.

Il y aura beaucoup de résistance.

D’abord, il serait surprenant que dans Saint-Maurice–Champlain, le ministre François-Philippe Champagne soit défait par la candidate du Bloc, Nicole Morin, elle qui s’y est présentée par défaut. Elle en serait la première surprise.

Certes, tout reste possible et ça sera sûrement serré, compte tenu de l’actuel élan bloquiste. Mais le député Champagne a acquis en quatre ans une puissante stature politique, tant au niveau fédéral où certains le voient déjà comme un futur premier ministre, que dans sa circonscription où il a été présent et très apprécié.

Ça va peut-être chauffer, mais l’homme a de quoi se défendre.

Dans un registre différent, on a quand même un cas semblable dans Berthier-Maskinongé avec Ruth Ellen Brosseau.

La députée néodémocrate, qui a beaucoup gagné en influence dans son parti, a surtout acquis une grande popularité auprès de ses électeurs. Alors que le NPD perdait beaucoup d’appuis et des comtés, Ruth Ellen Brosseau avait accru sa majorité aux dernières élections.

Cela explique qu’on comprenait mal au début de la campagne qu’elle ait été recalée au quatrième rang dans les sondages. Le courant d’affection à son endroit a vite fait de la rétablir au haut de la liste.

Si la libérale Christine Poirier a pendant quelques semaines été identifiée comme en avance, ce n’est plus le cas. C’est le bloquiste Yves Perron qui caracole dans la ferveur populaire et qui menace très sérieusement la députée sortante.

Dans son histoire politique récente, quand Berthier-Maskinongé n’élit pas le candidat bloquiste, celui-ci ne descend jamais plus loin que la deuxième place.

Comme c’est un comté assez vaste, on risque de devoir veiller tard avant de connaître avec certitude la couleur politique de cette circonscription.

Il ne faudrait quand même pas croire que dans Trois-Rivières, la bloquiste Louise Charbonneau, que son chef est finalement venu brièvement encourager, peut flotter sur un nuage.

La bataille sera rude en raison des personnalités en présence.

Tout au long de la campagne, la lutte à finir semblait engagée entre la libérale Valérie Renaud-Martin et son adversaire conservateur qui n’a pas besoin de présentation, Yves Lévesque.

Le sondage Léger vient de pousser la bloquiste au-devant d’eux.

Jeune femme, conseillère municipale, Valérie Renaud-Martin a le profil des candidatures féminines que tous les partis recherchent. On l’a beaucoup vue sur le terrain et elle a laissé une bonne impression. Si son chef Justin Trudeau s’est arrêté cette semaine dans Trois-Rivières, c’est qu’il lui reconnaît de bonnes possibilités de l’emporter.

Il serait difficile de croire, en dépit de la déroute appréhendée des conservateurs au Québec, qu’Yves Lévesque fasse mauvaise figure. Un sondage Mainstreet le considérait encore gagnant cette semaine.

Son chef Andrew Scheer est venu à trois reprises dans Trois-Rivières, dont une dernière fois cette semaine. C’est un signe qu’il y tient, qu’il le considère comme un candidat-vedette et qu’il croit en ses capacités de lui livrer Trois-Rivières.

D’autre part, c’est un campaigner hors pair auquel une certaine partie de la population voue presque un culte. Les conservateurs vont voter pour lui, mais aussi, beaucoup d’indéfectibles «lévesquistes», autrement de couleurs politiques disparates.

On doit s’attendre à une bonne lutte à trois dans Trois-Rivières, sans compter le fort capital de sympathie dont jouit le député sortant Robert Aubin. À quelle hauteur pourrait le mener sa prime méritée de bon député?

Peu importe ce qu’on peut en prédire, le vrai sondage, il va se tenir lundi.

Coup de cœur: À la lumière du bilan du bureau de tourisme, Trois-Rivières a reçu un grand coup de cœur de la part de ses visiteurs.

Coup de griffe: Le vrai coup de griffe, il appartient aux électeurs quand ils mettront lundi, si ce n’est déjà fait, leur X sur leur bulletin de vote. Car ce sera reçu comme un coup de griffe par les candidats qui ne l’obtiendront pas.