Mauricie: la Belle à séduire

Depuis des années, pour faire valoir la région et convaincre de la fréquenter, Tourisme Mauricie a brandi un slogan simple, mais d’une vérité forte tant elle s’impose par elle-même: «La Belle d’à côté».

Pour les cinq prochaines semaines, en fait jusqu’au 1er octobre, la Mauricie n’aura même pas à afficher et à soutenir quelques prétentions que ce soit. Elle pourra faire sa belle et on ne voit pas quel parti politique engagé dans les élections québécoises oserait même émettre la moindre réserve à cet égard.

Ça fera curieux d’être l’objet d’une cour assidue et soutenue par tous les partis politiques.

On a compris que la Mauricie, en raison de l’actuelle lutte électorale dont l’issue reste encore incertaine malgré l’avance persistante qu’accordent toutes les maisons de sondage à la Coalition avenir Québec, prend une importance déterminante.

La Mauricie ne compte plus que quatre circonscriptions. Cela paraît peu, en apparence négligeable. Mais à moins d’une bourrasque électorale qui balaierait le Québec, peu importe le parti qui occupera le pouvoir, à plus forte raison si le gouvernement se révélait minoritaire, les comtés de la Mauricie sont susceptibles de faire la différence. C’est comme si la région détenait une présumée balance du pouvoir.

On peut penser qu’on devrait inclure la Belle d’en face dans les calculs politiques qu’ont faits les partis politiques. La rive-sud est aussi centrale que la Mauricie, entre Québec et Montréal. Elle devrait subir tout autant que la Mauricie les influences politiques de l’est et de l’ouest, du courant de droite qui a émergé de Québec et des sensibilités de gauche qui émanent de l’île de Montréal.

Mais ce n’est pas le cas. La rive-sud est déjà fortement branchée sur la CAQ et en particulier Nicolet-Bécancour, solidement détenue depuis deux élections par Donald Martel, un lieutenant de la première heure de François Legault qui a promis de lui livrer la Mauricie.

La Mauricie, par contre, quand on regarde son passé, se révèle plutôt une synthèse de l’humeur générale des Québécois. Elle en a presque toujours été le reflet.

Quant à la circonscription de Trois-Rivières, elle n’est peut-être pas un comté baromètre parfait. Il reste qu’on n’en est pas loin. Au cours des cinquante dernières années, les électeurs trifluviens ont voté une fois «sur le mauvais bord» et c’était en 2012, quand ils avaient réélu la libérale Danielle St-Amand alors que c’est le Parti québécois qui allait former le gouvernement, mais un gouvernement minoritaire.

Tous les principaux partis politiques peuvent entretenir de bons espoirs car ils ont tous à un moment ou l’autre fait élire des députés en Mauricie, si on accepte que la CAQ est un prolongement de l’ADQ. Même Québec solidaire peut avoir de bonnes attentes, non pas pour ravir une circonscription, mais franchir la barre des 10 pour cent de votes exprimés. QS présente une bonne équipe de candidats qui n’entendent pas s’en tenir à faire de la figuration sur poteau.

Comme la Mauricie vote habituellement dans le sens de l’élan général, si l’on ne s’en tient qu’aux intentions de vote, on devrait conclure que la cause est entendue. La CAQ a coiffé les libéraux à l’automne de 2017 et détiendrait maintenant une avance suffisante pour former un gouvernement majoritaire.

Dans la région, un coup de sonde de Recherche Mainstreet dans Champlain pour le compte du Groupe Capitales Médias a indiqué que la candidate-vedette caquiste Sonia LeBel doublerait les votes du député sortant, Pierre Michel Auger. Si l’on s’en fie aux sondages, la rafle caquiste serait totale.

Dans un tel contexte, on serait tenté de suggérer d’annuler les élections et de demander à François Legault de former son gouvernement. On épargnerait une centaine de millions $ aux contribuables québécois.

On ne se privera quand même pas de nos petits plaisirs d’électeurs, même si le sentiment qu’on peut éprouver de les tenir par les parties sensibles pour les forcer à nous écouter est bien éphémère et qu’il ne persistera pas au-delà du premier octobre. Ils veulent nous courtiser, particulièrement en Mauricie. Alors, on va les laisser faire.

Malgré ce qu’en disent les sondages, le rapport de force des électeurs est encore bien réel.

C’est vrai que la CAQ domine nettement dans les sondages. Mais ses appuis restent fragiles et de plus en plus d’électeurs font leur choix à la dernière minute.

Que les libéraux gagnent quelques points dans l’opinion publique, que le Parti québécois retraverse la barre des 20 % dans les intentions de vote et que Québec solidaire traverse les ponts de l’île de Montréal pour gagner un peu plus de popularité dans les régions et toutes les prévisions actuelles devront être révisées.

Et comme on sait, si c’est vrai pour le Québec, ça devient vrai pour la Mauricie.

Comme en 2014, on va assister dans la région à un formidable ballet d’autobus politiques. Les autobus des chefs, il y en aura quatre, vont souvent se croiser sur la 40 et sur les routes mauriciennes. À espérer qu’il n’y ait pas d’accidents entre eux et qui sait, de rage au volant. Ça ne séduirait pas la Belle-du-centre.

Coup de griffe: Mad Max Bernier quitte les conservateurs pour fonder son propre parti politique. Mais tout le monde n’attendait que cela. Tout le monde a hâte de joindre «L’After tea party» canadien.

Coup de cœur: Ce sera plutôt un coup de rire, lundi, quand Michel Barrette, allongé sur sa chaise longue, se moquera du maire Yves Lévesque, suintant derrière une tondeuse à gazon manuelle à couper l’herbe déjà rasée de la Place de l’hôtel de ville.