On a beau chercher, il n’y aucune autre région où il se trouve en même temps presque 1500 employés à la rue, parce qu’en lock-out.

Lueurs au royaume des lockoutés

On devra peut-être se demander si, par un phénomène encore inexpliqué, la région ne berce pas les travailleuses et travailleurs les plus capricieux, incompréhensifs ou intransigeants du Québec.

On a beau chercher, il n’y aucune autre région où il se trouve en même temps presque 1500 employés à la rue, parce qu’en lock-out. Le lock-out, c’est l’arme ultime que détient le patron pour casser les reins à un syndicat qu’il juge, à tort ou à raison, récalcitrant, arrogant ou inflexible, ou tout cela en même temps.

Ce qui peut surprendre dans le conflit d’ABI (1030 lockoutés) et celui de l’UQTR (445), c’est que dans un cas, on trouve là les meilleures conditions de travail en milieu industriel de la région et dans l’autre, avec les profs de l’université, assurément les professionnels parmi les mieux rémunérés, dans la moyenne supérieure du secteur public, si on oublie les médecins, spécialistes ou pas.

Peut-être cela justifie-t-il les directions des deux endroits d’avoir recouru au lock-out pour faire, dans leur esprit, «entendre raison» à ces employés qui pourraient être considérés comme «privilégiés» en regard du reste de la population, surtout dans une région dont le revenu moyen par ménage est parmi le plus bas du Québec.

Rappelons quand même que dans un cas comme dans l’autre, ce ne sont pas les conditions salariales qui sont en cause.

Il reste que le lock-out d’ABI avait surpris et que celui décrété il y a une dizaine de jours par la direction de l’université a provoqué comme une commotion sociale. Pourtant, dans chaque cas, il y avait des négociations qui piétinaient, des offres patronales rejetées, un vote de grève déjà adopté à l’ABI et présumément acquis à l’UQTR.

Dans un tel contexte, on doit s’attendre à ce que ça frappe, d’un bord ou de l’autre.

Les leaders syndicaux devraient prévenir les gens qu’ils représentent que si on met les gants de boxe pour donner des coups, ça implique qu’on s’expose aussi à en recevoir. Le lock-out, c’est le pendant de la grève.

On ne va pas discuter de la sagesse des décisions qui ont été prises de part et d’autre ou de leur pertinence.

Il reste que 1500 personnes en même temps sur les lignes de piquetage, c’est un dur coup pour une région, surtout quand cela se prolonge comme c’est le cas à ABI. On peut cependant croire que là comme à l’UQTR, les conflits ont de bonnes chances d’être bientôt réglés.

La direction de l’UQTR a déposé vendredi une offre globale, mais pas nécessairement finale. Ce qui pourrait ramener les parties à la table de négociation. Il faut dire que Québec voit d’un très mauvais œil ce conflit devenu très émotif, en période préélectorale.

Le gouvernement met beaucoup de pression sur la direction de l’université, en oubliant que si celle-ci a dû demander des concessions à toute sa communauté universitaire, c’est en grande partie en raison des anciennes compressions budgétaires qu’elle lui a infligées et de l’adoption d’un plan de redressement de ses finances qu’elle lui a exigé par la suite.

L’UQTR doit faire disparaître rapidement un déficit annuel de fonctionnement qui est encore de 10 millions$ assumé à même une marge de crédit qui explose et qui alourdit dangereusement une dette accumulée qui dépasse maintenant les 100 millions$.

On a beau évoquer que dans cet univers du haut savoir et de la recherche, l’argent ne doit pas compter, même être méprisé, il faudra bien que quelqu’un paye un jour. Si la ministre Hélène David tient à faire lever le lock-out et que l’UQTR doit en arriver à un règlement sans que le syndicat des profs accepte des concessions, que le gouvernement sorte le chéquier.

La démission réclamée du recteur Daniel McMahon par une pétition lancée par les profs ne réglerait rien. Il y a belle lurette que les profs de l’UQTR n’aiment pas leur recteur ou leur rectrice.

Daniel McMahon, qui avait été le seul candidat comme recteur, avait demandé la tenue d’un vote enthousiaste en sa faveur pour accepter le poste. Ce qu’il avait obtenu, sauf du syndicat des profs, qui l’avait appuyé à seulement 62 pour cent.

Avec des finances en état de délabrement, l’UQTR avait bien besoin d’un esprit comptable à sa tête. Or, avec Daniel McMahon, c’était le comptable des comptables qui arrivait, puisqu’il était alors président et chef de la direction de l’Ordre des comptables professionnels agréés du Canada.

À l’ABI, la nomination de Lucien Bouchard comme conciliateur spécial a envoyé un très bon signal. Il rencontrait les deux parties vendredi à Montréal. Après cinq mois de conflit, il faut bien trouver moyen de se reparler et de voir quels efforts on est prêt à faire de part et d’autre pour parvenir à s’entendre.

Mais c’est surtout les conditions du marché de l’aluminium et ses perspectives à court et moyen termes qui jouent en faveur d’un règlement souhaitable de la part d’Alcoa Et, sans qu’il le veuille, le gros coup de main est venu de Donald Trump.

Après avoir barré l’entrée d’aluminium provenant de Russie, puis de la Chine, voilà que si les Européens maintiennent leur entente avec l’Iran, le colérique Trump pourrait bien, en représailles, fermer vraiment ses frontières à l’aluminium européen.

Les Américains n’auront plus le choix que de favoriser les livraisons d’aluminium canadien pour satisfaire à leurs besoins. Pour cela, il faudra bien qu’on produise ici à capacité maximale, ce qui comprend Bécancour.

Coup de griffe: Pas faciles à suivre ces libéraux de Philippe Couillard. Si on ne quitte pas le navire, on peut vous pousser vers le débarcadère, comme semble-t-il on tente de le faire avec le député Jean-Denis Girard.

Coup de cœur: Peu importe ce que sera son résultat électoral, la candidature pour le Parti québécois dans Maskinongé de Muguette Paillé, cette vedette impromptue du débat des chefs fédéraux de 2011, est assurément très sympathique.