La Classique, c’est la compétition de canots au long cours la plus ancienne au Canada.

Les retrouvailles mauriciennes

Si l’an passé elle a connu un record de participation, la Classique internationale de canots de la Mauricie pourrait bien cette année en abattre un autre, cette fois en termes de spectateurs, du moins en regard de son histoire récente.

Avec une moyenne de 70 000 visiteurs en trois jours qui se massent sur les rives de la rivière Saint-Maurice, de La Tuque à Trois-Rivières, la marche est haute.

Mais on doit constater que la Classique est en forte progression et qu’elle jouira cette année de cet élément-clé essentiel à la réussite de tous les événements extérieurs, le beau temps.

Or, non seulement il devrait faire beau et ensoleillé, mais même la rivière aurait choisi d’apporter sa propre contribution en promettant de se faire douce et lisse au moins dimanche et lundi, car les vents seront presque inexistants. Ce qui ne veut pas dire qu’il y aura moins d’action au rapide Manigance, entre Mattawin et Saint-Roch, mais surtout à l’impétueux rapide des Forges qui réclame presque chaque année son tribut en canot renversé et que les portages de Grand-Mère, de la Promenade Saint-Maurice et de la Gabelle seront moins exigeants et périlleux pour les canotiers.

La Classique, c’est la compétition de canots au long cours la plus ancienne au Canada. Elle en sera à sa 86e édition.

C’est vénérable. Si on sent qu’elle jouit à nouveau d’une belle poussée de popularité, c’est qu’on y a opéré depuis cinq ans, depuis l’arrivée de Stéphane Boileau, d’abord à la présidence puis à la direction générale de la Classique, un grand virage.

La compétition de C2, qui était depuis toujours son unique centre d’intérêt, était en régression constante. Au point qu’en 2013, Richard Toupin, le président de la Fédération québécoise de canotage long parcours, exprimait publiquement ses grandes craintes sur l’évolution de la Classique.

Il y a eu une trentaine d’équipes inscrites, ce qui n’était pas beaucoup par rapport aux années glorieuses de la Classique. Il n’y en aura guère davantage cette année.

Modeste ne serait même pas le bon mot pour décrire les budgets dont on disposait pour organiser l’événement et les aides gouvernementales qui pouvaient tomber par-ci, par-là avaient souvent des allures d’aumônes. Il faut dire que la Classique pourrait difficilement installer sur les 200 kilomètres de rive des guichets pour collecter comme un prix d’entrée.

La différence aujourd’hui, c’est que la Classique a beaucoup élargi ses horizons en y introduisant des compétitions en rabaska et, avec beaucoup de succès aussi, en paddleboard. On y a aussi invité les kayakistes. En dépit de la popularité mondiale grandissante de la pratique du kayak, plus simple et moins coûteuse que le C2, les inscriptions de ce côté restent modestes et, on peut le dire, assurément décevantes.

N’empêche. Il y aura plus de 300 athlètes ce week-end sur la rivière. C’est énorme et c’est un super-spectacle assuré.

Justement… Puisqu’on parle de spectacles, sous l’impulsion de Boileau et de son équipe, la Classique a beaucoup développé son volet culturel. Il y aura six spectacles grand public, un à La Tuque, deux à Shawinigan et trois à Trois-Rivières.

Les budgets se sont améliorés et les commanditaires sont plus disposés à s’associer à la Classique.

C’est un événement global, une grande fête de la rivière, une super-fête mauricienne que l’on veut réserver pour ce week-end de la fête du Travail.

Et l’on courtise beaucoup Trois-Rivières, qui représente plus de la moitié de la population de la Mauricie. Trois-Rivières qui lui avait déjà tourné le dos en retirant son aide financière à la Classique avant de la rétablir, non sans se demander par après si elle en avait pour son argent.

Avec un spectacle vendredi, un autre samedi et un troisième dimanche soir, et la finale à l’île Saint-Quentin, on comprend que la Classique veut courtiser Trois-Rivières… la mettre en atmosphère, la faire entrer dans l’ambiance de la Classique, même si le départ se fait à La Tuque et que c’est à Shawinigan que ça se passe dimanche.

Parce que des fois, même si Trois-Rivières est la capitale de la Mauricie, on peut se demander si les Trifluviens ont encore de la fibre mauricienne dans leurs gênes. Si, outre quelques chasseurs ou pêcheurs, ils fréquentent souvent Grandes-Piles, ou Saint-Jean en face, Saint-Roch-de-Mékinac, Mattawin, Rivière-aux-Rats… Est-ce que ces noms leur disent encore quelque chose?

Est-ce que, par un beau dimanche d’été, les Trifluviens remontent toujours, en petite famille, comme ils l’ont toujours fait dans le passé, la 155 pour admirer les paysages, frôler les petites falaises et montagnes basses qui encaissent la rivière Saint-Maurice, qu’on appelle éminences, pour s’extasier des reflets du soleil qui rebondissent sur les eaux douces et sombres de la rivière, pour simplement se détendre et se réconforter, même se régénérer d’une nature si généreuse. Oui, diront certains. Mais pas assez et pas si souvent. Dommage!

La Classique internationale de canots peut être ce prétexte annuel aux grandes retrouvailles mauriciennes, du fleuve jusqu’au lac Saint-Louis.

C’est l’événement de masse le plus identitaire de la Mauricie. C’est un grand pan de son histoire qui est restituée par la Classique. La Classique, c’est la couleur régionale.

Coup de griffe: L’urgence de Cloutier transformée en nouvelle clinique interdisciplinaire avec des infirmières spécialisées! C’est beau mais… où sont les IPS, les super-infirmières?

Coup de coeur: Profitons-en. C’est l’abondance agricole mais aussi la grande récolte électorale qui fait pleuvoir de beaux millions sur la région.