Trois-Rivières, ville pour milléniaux...

Les milléniaux, il nous les faut

Alors qu’on la soupçonnait plutôt être en voie de s’installer confortablement dans son titre de capitale nationale de la marchette et du manger mou, en raison du caractère très vieillissant de sa population, voilà qu’on nous apprend que Trois-Rivières se classe dans le Top ten des villes canadiennes les plus attrayantes pour les milléniaux.

Les milléniaux, ce sont ces nouveaux jeunes, en gros ceux nés entre 1980 et 2000, que les sociologues, psychologues, pathologues et parfois même psychiatres, tentent de décrypter, pour les expliquer au reste de la population qui ne s’y retrouve pas toujours.

Comme toutes les hordes générationnelles précédentes, on leur soupçonne plein de défauts et une grande source d’inquiétude. Qu’est-ce qu’il va bien arriver d’eux, dans l’avenir? Vont-ils pouvoir se débrouiller? Ils ne voient plus le ciel et n’entendent plus le chant des oiseaux, puisqu’ils ont tout le temps la tête dirigée vers le sol, plongés qu’ils sont dans leur tablette électronique et leur smartphone, avec en plus les oreilles bouchées par les écouteurs de leur iPod.

Des extraterrestres, c’est sûr. D’autant que c’est bien eux qu’on appelait les enfants-rois, parce qu’ils étaient souvent enfant unique dans leur famille, forcément surprotégés par des parents qui n’avaient pas de risque à prendre et qui n’avaient surtout pas le goût, ou les moyens, d’en créer davantage, ne serait-ce qu’au cas ou… Des parents qui les ont toujours placés sur un piédestal jusqu’à tenir leurs profs responsables de leur moindre échec scolaire, chose inconcevable quand on est décrété génie.

Alors qu’on soit tenté de décrire les milléniaux comme des enfants capricieux et gâtés, grossièrement indépendants d’esprit et même narcissiques, on ne s’en surprendra pas.

Mais cela reste assez injuste. Ils sont juste un peu différents des boomers et des X. 

Ils ont commencé à arriver à l’âge adulte avec le millénaire et d’avoir été baptisés en conséquence les milléniaux, cela les décrit plutôt bien. Car ils sont justement les mieux adaptés pour affronter et façonner ce millénaire techno qui s’annonce si fascinant et si inimaginable en même temps, car on n’a plus aucune idée des limites de la technologie moderne.

Ils sont apparus avec la montée en puissance de l’Internet, de la création de Facebook et de toutes les autres formes de réseaux sociaux, des tablettes électroniques et autres ordis de poche et de l’utilisation massive des téléphones intelligents, avec lesquels ils aiment s’autophotographier en toutes circonstances.

Qu’on ne s’inquiète pas trop. Ils devraient survivre à leur univers de gazouillis. Les boomers, qui ont grandi avec l’arrivée de la télévision, devraient se rappeler qu’ils n’ont pas vieilli, comme on le leur prédisait, avachés devant leur téléviseur, leur menton hyperallongé à force de reposer dans la paume de leur main, au bout d’un bras accoudé au plancher du salon.

On leur présume des valeurs un peu différentes de leurs prédécesseurs. Ils ont la bougeotte, aiment se lancer à l’aventure et visiter le monde. Ils s’installent aussi plus tard qu’avant dans leur vie professionnelle et conjugale. C’est en général moins fusionnel que par le passé. Mais fondamentalement, les milléniaux ne sont pas si différents que cela et surtout, pas un danger public.

C’est une très bonne nouvelle d’apprendre que parmi les 85 villes canadiennes analysées par Point2Homes, un spécialiste du marché immobilier, Trois-Rivières apparaisse dans le peloton de tête des villes susceptibles de satisfaire à leurs attentes et aspirations.

Trois-Rivières n’en finit plus de caracoler en tête dans différents classements et palmarès, parfois flatteurs, mais parfois aussi un peu gênants.

On l’a déjà située comme une ville pesante parce qu’elle recelait, plus qu’ailleurs, des personnes grasses. Ce qui pouvait s’expliquer par un taux de pauvreté plus élevé que la moyenne. Quand les budgets familiaux sont courts, on mange moins bio. On le sait, les revenus moyens ou médians, par ménage comme par personne, sont parmi les plus bas du Québec et du Canada. Les transferts gouvernementaux, ce qui comprend les chèques de soutien social, sont abondants.

Il est vrai qu’en plus, Trois-Rivières s’est hissée l’an dernier au premier rang canadien des villes de plus de 100 000 habitants pour la moyenne d’âge de sa population.

L’Organisation mondiale de la santé a même prétendu que Trois-Rivières arrivait au premier rang québécois et en quatrième position pour l’ensemble du Canada pour la pollution microscopique. Difficile à croire. C’est tellement microscopique qu’on ne les voit vraiment pas ces particules qui flotteraient dans l’air trifluvien.

Mais, en même temps, Statistique Canada nous a déjà appris que Trois-Rivières était la deuxième ville du bonheur au Canada, selon l’appréciation qu’en faisaient ses citoyens. Et l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques nous désignait comme la ville par excellence des bienheureux.

Nous voilà au nombre des grandes séductrices de la génération milléniale. Pour en arriver à cette conclusion, Point2Homes pondère un certain nombre de critères, dont le coût de la vie, l’accès à la propriété, la qualité et l’accessibilité aux soins de santé, le revenu moyen des milléniaux, les taux de chômage et de criminalité, le pourcentage de bacheliers dans la population, le climat ou le plaisir de vivre qu’on y ressent.

Trois-Rivières se classe plutôt bien sur le prix des maisons (2e rang canadien), les soins de santé (1er rang) ou la satisfaction de vie (4e rang).

Le problème, c’est qu’on a beau avoir raisonnablement ce qu’il faut pour plaire aux milléniaux, ceux-ci représentent à peine 18 % de la population trifluvienne. On arrive à ce niveau, au 58e rang canadien.

Il faut non seulement convenir à cette génération, mais encore, il faudrait qu’elle le sache que Trois-Rivières répond à la plupart de ses critères pour être heureuse. Car la ville est en déficit sévère à cet égard. Or, qu’on le réalise ou pas, qu’on le veuille ou non, c’est l’importance de cette horde qui va faire dans l’avenir la différence dans le bien vivre à Trois-Rivières.

Coup de griffe: On se rue pour obtenir un emploi à la future usine de pot de Louiseville. C’est que la région compte tellement d’experts en la matière, de la plantation au trimage des cocottes.

Coup de cœur: Encore une fois, au mois de mai, la région va crier «Cours, cours Patrick». Avec cette fois, dix marathons en dix jours, dans les dix provinces canadiennes, Patrick Charlebois mérite une fois de plus qu’on l’encourage.