La plupart des maires sortants préfèrent affronter plusieurs candidats qu’un seul, parce que cela favorise, comme on s’en doute, la division du vote d’opposition.

Les clés de Bécancour et le pot de Louiseville

Dans une campagne électorale municipale, la plupart des maires sortants préfèrent affronter plusieurs candidats qu’un seul, parce que cela favorise, comme on s’en doute, la division du vote d’opposition.

On pourrait croire qu’à cet égard le maire sortant de Bécancour, Jean-Guy Dubois, est particulièrement gâté puisqu’il affronte un groupe, le Groupe Pepin.

Il n’y a en réalité qu’une seule adversaire, Martine Pepin, ex-directrice générale de la Chambre de commerce et d’industrie du Cœur du Québec. L’idée de présenter toutes ses propositions au nom de Groupe Pepin plutôt qu’en son nom personnel, c’est de signaler qu’elle est à la tête d’une équipe qui compte quatre candidats à des postes de conseiller municipal.

On est donc à la mairie de Bécancour en présence d’une véritable lutte à deux et elle a fait beaucoup de flammèches. De nombreux coups ont été portés au haut comme au bas du corps, comme on dirait au hockey.

Cela peut surprendre quand on connaît le tempérament presque zen du maire sortant, d’un général plus conciliant que belliqueux. Mais comme il sait jouer des mots d’esprit et que les réparties assassines lui viennent facilement, la campagne n’a pas manqué de couleurs. «Je ne vous promets pas un mandat parfait, mais un mandant sans pépin», a-t-il conclu ironiquement lundi soir lors du débat organisé et diffusé par la station de radio CKBN.

Un débat qui a pris à plusieurs moments l’allure des bonnes vieilles assemblées contradictoires avec une Martine Pepin très incisive et qui a multiplié à l’endroit de son adversaire, comme elle l’a fait au cours des semaines précédentes, les attaques tous azimuts. Avec, disons-le ainsi pour rester gentil, un brin d’interprétations forcées, à la nouvelle mode américaine, peut-être.

Ce qui a eu comme conséquence de garder le maire Dubois sur la défensive et contraint à réexpliquer, en restituant leur contexte, certaines décisions prises par son administration.

Ce qui lui ouvrait cependant la porte à des répliques cinglantes, comme de s’indigner du fait que son adversaire ait qualifié l’apparence de la tour du quai de Sainte-Angèle-de-Laval de boîte à biscuits soda, ce qui n’a probablement pas été sa meilleure inspiration.

Mais la tour du quai risque peu de devenir la question de l’urne, celle qui fera pencher l’électeur d’un bord ou de l’autre. Surtout dans une ville de Bécancour où près de la moitié de la population se concentre maintenant dans le secteur Saint-Grégoire, au pied du pont.

À qui reviendront ces «clés de la ville» que Martine Pepin a promis de reprendre, parce qu’à son avis, Jean-Guy Dubois les aurait échappées à Trois-Rivières.

Le grand rapprochement qui s’est opéré au cours du dernier mandat entre Bécancour et Trois-Rivières a été la question la plus débattue durant la campagne.

Au-delà de la navette fluviale qui a connu beaucoup de succès, ce sont les ententes de collaboration sur les plans économique et touristique avec Trois-Rivières qui ont suscité les plus vives contestations de la candidate Pepin.

«La meilleure décision» qui a pu être prise, selon l’actuel maire, dans ce qui est convenu d’appeler la Zone économique naturelle. Une quasi-trahison s’il faut en croire son adversaire, qui propose plutôt un resserrement des relations avec des villes comme Drummondville, citée en exemple.

Il faudra voir s’il y a une crise identitaire à Bécancour qui se reflétera dans les urnes. Mais aussi dans quelle mesure la campagne agressive menée par Martine Pepin aura été productive ou improductive.

On se chicane moins fort à Louiseville. En tout cas, on ne peut pas dire que les candidats ont lourdement investi dans l’affichage électoral. Les barbouilleux de moustaches, de lunettes ou de cornes sur les pancartes électorales sont en disette.

À moins qu’on en ait échappé une, il faut être attentif pour repérer sur l’avenue Saint-Laurent, au cœur de la ville, celles de Laurent Robitaille, d’un bleu pâlette, sur lesquelles il promet de s’occuper de l’avenir de Louiseville.

Celles de l’ex-maire Guy Richard, qui veut prendre sa revanche en offrant son expérience, son intégrité et sa fiabilité, sont d’un bleu plus vif. Sauf qu’il n’y en a qu’une seule épinglée à un poteau.

Sur l’Avenue, Yvon Deshaies, le maire sortant, n’en a pas davantage. Mais il est facilement reconnaissable avec son petit chapeau et son nœud papillon d’un rouge vif. Il a éparpillé ses pancartes dans la ville et on peut présumer qu’il estime avoir beaucoup de qualités, car d’une affiche à l’autre il se présente différemment. Tantôt il est à l’écoute et proche des gens, tantôt il fait valoir son expérience et sa capacité d’agir ou bien simplement qu’il est un homme travaillant.

À la Tabagie Grand-Père, au petit coin des placoteux ou sur les banquettes rondes des années ’50 du comptoir à café où le tout-Louiseville vient à un moment ou l’autre prendre ses aises et les potins de la place, on assure que le ton a souvent monté. Mais pas au point qu’on doive sonner la cloche pour calmer le jeu.

La campagne à la mairie ne soulève pas de passion. C’était aussi comme ça il y a quatre ans. «On s’intéresse plus au gros lot de la 6/49», m’a-t-on répondu à une table du Valentine , où une dizaine de retraités sirotaient très lentement leur café quotidien.

Même en insistant, personne n’était en mesure de fournir les noms des candidats. «On garde le fumeux de pot», a finalement fini par avouer l’un d’eux, ce qui témoignait d’un certain niveau de connaissance de la vie municipale de Louiseville.

L’ennui dans son cas, c’est qu’il demeure à Maskinongé, le village voisin et que le maire a bien fumé du pot, mais quand il était dans l’armée. Et que l’usine qui est en construction et qu’on aurait aimé accueillir un peu partout dans la région, ce n’est pas pour les éventuels besoins récréatifs du maire, mais pour produire du cannabis thérapeutique.

Difficile de cerner s’il y en a un qui a plus d’élan que les autres, mais dans une lutte à trois, le maire sortant est susceptible d’être favorisé.