Jean Lamarche

L’élu, le miraculé, le crucifiant...

CHRONIQUE / Yvon ! Yvon !Yvon !

Si la pluie n’avait pas été si tapageuse hier, peut-être qu’on aurait entendu ce grand bruissement d’appels émanant des chaumières de Trois-Rivières à l’endroit du maire de Louiseville, Yvon Deshaies pour qu’il passe des intentions à l’acte en confirmant sa candidature aux prochaines élections fédérales.

En avouant aux médias qu’il songeait «sérieusement» à se présenter comme candidat indépendant dans Trois-Rivières, parce qu’il connecte mieux, semble-t-il, avec Trois-Rivières qu’avec l’ouest de Berthier-Maskinongé, Yvon Deshaies a un peu volé le show à Yves Lévesque qui a admis cette semaine qu’il sera de la course pour le Parti conservateur.

La candidature, aussi inattendue que surréaliste, du coloré maire de Louiseville a fait jaser autant que celle de Lévesque et détourné l’attention qui était portée à ce dernier.

Bien fait pour lui, diront certains. Car après s’être précipité à la soirée électorale du nouveau maire Jean Lamarche pour s’en presque approprier la victoire, il n’a même pas laissé à celui-ci vingt-quatre heures de gloire.

Dès le lendemain, comme cela avait été planifié, advenant une victoire de Lamarche, Yves Lévesque s’est précipité au 106,9 FM pour qu’on parle de sa candidature au fédéral.

On peut se demander, connaissant son opinion là-dessus, s’il en a tiré une touche au petit déjeuner, mais en confirmant sa possible candidature dans Trois-Rivières, Yvon Deshaies a, au moins sur le plan médiatique, sans complexe, jeté momentanément dans l’ombre son ancien collègue.

Quand on connaît ses opinions bien tranchées sur certains sujets, il faut reconnaître qu’il mettrait beaucoup de piquant dans la campagne fédérale.

Avec lui, le projet de loi 21 sur la laïcité ne serait que de la petite bière. Il a déjà prévenu que s’il voyait une femme portant le tchador déambuler dans les rues de Louiseville, il la décapinerait sur le champ. À Louiseville, on ne niaise pas avec le puck. Faut regarder où on marche et à visage découvert.

En plus de vouloir ruiner financièrement les criminels en saisissant une partie de leur fortune, quand ils en ont une, et on peut penser de les nourrir au pain sec et à l’eau, pour réduire les frais, Yvon Deshaies voudrait, pour les plus méchants d’entre eux, qu’on les crucifie. Disons qu’on les pende, on suppose idéalement haut et court sur la place publique, pour l’exemple.

Pourquoi candidat indépendant? Parce que lui, bedeau de profession, il n’y a qu’à l’église qu’il se met à genoux, alors qu’à l’intérieur d’un parti politique, il lui faudrait le faire devant son chef.

Yvon Deshaies veut demeurer un libre-penseur.

Cela veut-il dire que s’il change d’idée et qu’il abandonne son projet de candidature, on va tomber en déficit de plaisir durant la campagne fédérale?

Peut-être pas si… Il s’exerce beaucoup, beaucoup de pression sur la conseillère municipale Valérie Renaud-Martin pour qu’elle sollicite la candidature libérale dans Trois-Rivières.

Elle affronterait ainsi Yves Lévesque, qui l’avait pourtant désignée comme sa dauphine pour occuper, après lui, la mairie de Trois-Rivières. La politique a ses raisons que la raison ignore.

Yvon Deshaies

Mme Renaud-Martin avait un peu jonglé avec l’idée d’être candidate à la mairie, où des organisateurs politiques d’Yves Lévesque la poussaient, mais elle a préféré suspendre ses intentions... jusqu’en 2021?

Si elle était choisie candidate libérale, on peut déjà tenir pour acquis qu’il y aurait une grande fracture dans l’équipe électorale habituelle d’Yves Lévesque. Déjà qu’il y en a qui ne le suivent pas parce que le Parti conservateur leur serait indigeste, avec Valérie Renaud-Martin, il y en aurait d’autres qui changeraient de camp.

On aurait un drôle de cas de figure. Celle que Lévesque voulait couronner à la mairie de Trois-Rivières, qui a hésité à être candidate en remettant peut-être ça pour dans deux ans et demi voudrait barrer la route à son ancien «parrain» et déloger le député néo-démocrate sortant, Robert Aubin... qui a décliné sa candidature possible à la récente partielle pour la mairie de Trois-Rivières parce qu’il se réserverait, selon certains, pour les prochaines élections à cette même mairie... s’il était défait en octobre.

J’imagine que tout est clair.

Dans un tel contexte, on serait presque porté à dire «pauvre Jean Lamarche».

Il est en dehors de tout cela, bien sûr, mais il va s’y trouver concerné par la bande.

Le nouveau maire aura besoin de beaucoup de doigté et d’un grand sens de la diplomatie pour manœuvrer à travers les méandres qui l’attendent à l’hôtel de ville d’ici les prochaines élections municipales.

D’abord, ce n’est pas vrai que c’est à l’équipe électorale d’Yves Lévesque qu’il doit sa victoire. Il y en avait très peu dans son organisation. Par contre, les anciens piliers de Lévesque lui étaient tous favorables.

C’est davantage les simples et loyaux militants de l’ex-maire, ceux qui le pleuraient encore, qui en voulaient au groupe des huit et dont un grand nombre d’entre eux avait adhéré à Trifluviens contre Vision zéro qui ont été très actifs dans la campagne en faveur de Lamarche.

Or, l’une des grandes promesses à laquelle s’est engagé le nouveau maire, c’est de ramener l’harmonie autour de la table du conseil. Ce qui serait une bonne chose mais ce qui risque de décevoir un grand pan de ses électeurs qui voudraient le voir boxer les conseillers qui ont fait de la peine à Lévesque.

Jusqu’à présent, il y a eu comme un ralliement derrière Lamarche, même de la part des conseillers qui avaient publiquement pris position contre lui.

Question de temps, soutiennent quelques-uns, avant qu’ils lui glissent des pelures de bananes.

Disons que certains conseillers, qui n’étaient pas dans sa frange, auraient intérêt à analyser le résultat électoral dans leur district. Il y a peut-être là quelques messages des électeurs, faciles à décoder, qui ont été envoyés.

Coup de griffe: Il y a un championnat qu’on ne souhaitera pas à Shawinigan: celui des pires routes du Québec.

Coup de cœur: Au Doc, Mailloux bien sûr, qui a retrouvé son droit de pratique auprès des ados, finalement reconnu plus visionnaire que délinquant.

Yves Lévesque