Le nouveau chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet.

Legault-Blanchet, même combat?

CHRONIQUE / L’argent rentre au Bloc québécois, mieux que depuis plusieurs années.

L’appel au drapeau d’Yves-François Blanchet, sacré nouveau chef du parti, semble avoir été entendu. On devait le présumer vainqueur d’une potentielle lutte à la direction qui n’a finalement pas eu lieu, car les coffres du parti ont commencé à se regarnir en décembre, alors que pointait seulement sa candidature.

C’est probablement ce qui fait qu’il affiche un sourire quasi indécrochable, inédit chez lui jusque-là.

Les journalistes l’ont d’ailleurs taquiné cette semaine sur cet aspect. Il est vrai que dans son passé politique, il ne nous avait pas habitués à la grande allure d’homme politique affable, décontracté et chaleureux qu’il trimbale depuis deux semaines.

Quand il a été, dans le gouvernement Marois, ministre responsable de la Mauricie, c’était déjà pas facile à digérer puisqu’il venait de la région de Drummondville, une ville qui dans le passé a souvent voulu donner des leçons à Trois-Rivières.

Mais en plus, quand il traversait le fleuve, il avait plutôt un air qui nous paraissait hautain, à tout le moins distant, et avec un ton qui n’était pas loin d’être cassant. Le ciment ne voulait pas prendre.

On connaît la suite, puisqu’il s’est fait naturaliser Shawiniganais. L’homme, transformé en analyste politique, était devenu un peu plus fréquentable.

Bref, le chef du Bloc a vraiment l’air d’être content d’être le chef du Bloc. Il se précipite sur toutes les tribunes avec entrain et cela fait en sorte que le rappel au clairon des troupes bloquistes semble être entendu et que la grande réconciliation familiale qu’il propose devient possible.

On va devoir cependant attendre encore un bout de temps avant de parler de la grande marche re-victorieuse du Bloc.

Si une légère brise d’euphorie s’était répandue au sein des troupes bloquistes, le sondage de Mainstreet dévoilé cette semaine a pu la transformer en bad trip.

Le chef du Bloc, qui vient de partir en grande tournée messianique, a quand même du temps, presque neuf mois, avant les élections, pour faire bouger un peu plus en sa faveur l’aiguille des sondeurs.

Dans la région comme dans l’ensemble du Québec, tout le monde va avoir besoin de ce temps pour retravailler ses affaires, car pour l’instant, les libéraux de Justin Trudeau dominent outrageusement les intentions de vote au Québec.

Chez les bloquistes, à 13,5 %. même la réélection du doyen de la Chambre des communes, Louis Plamondon, dans Bécancour-Nicolet-Saurel ne serait plus acquise. Ce qui le priverait du titre historique de député de langue française ayant siégé de façon continue le plus longtemps à la Chambre des communes, un exploit hors du commun, pour un «séparatiste» en plus.

Avec les chiffres de Mainstreet, ce n’aurait pas été plus joyeux pour les conservateurs qui n’auraient soufflé au cou de personne et encore moins pour le NPD. À 8,9 pour cent de popularité au Québec, c’est l’assèchement de la marée basse orange. Même Ruth Ellen Brosseau, qui serait l’une des dernières néo-démocrates à perdre au Québec, après Alexandre Boulerice, serait plus que fortement en danger.

Ce qui explique qu’on ne voit pas beaucoup de mains se lever pour annoncer des intentions de candidature. On risque de renifler le vent électoral pour encore un bon bout de temps avant de proposer sa binette à afficher sur les poteaux.

Seul Pierre Jolivet l’a fait dans Saint-Maurice-Champlain pour le Bloc. Il a beau être le fils de Jean-Pierre, il fait un peu kamikaze dans les circonstances puisqu’il affronte le ministre François-Philippe Champagne, que même son chef Blanchet admire. Et dans Trois-Rivières, l’ex-attachée politique de Julie Boulet, Amina Chaffaï, a confirmé être en réflexion, on peut dire «très avancée», pour une candidature libérale. C’est tout.

Les choses peuvent cependant changer pour mieux, en particulier pour le Bloc, peut-être pas au point de livrer un siège dans l’une ou l’autre des trois circonscriptions de la Mauricie, mais dans l’ensemble du Québec.

Le Bloc québécois a maintenant à sa tête un chef présentable, à l’abri des contestations internes, capable de débattre avec n’importe lequel des chefs des autres partis politiques et d’articuler des positions bloquistes cohérentes.

Les militants ne sont plus mal à l’aise ou gênés de s’afficher comme bloquistes. C’est un grand atout qui va bien finir par générer des gains électoraux.

Mais le «Bloc nouveau» pourrait aussi fortement profiter d’un allié aussi inattendu qu’involontaire, le gouvernement caquiste de François Legault.

C’est le chroniqueur politique au Montreal Gazette, Don Macpherson, un Anglo, certes, mais de Montréal et qui suit la politique québécoise depuis de nombreuses années, qui le pense.

Parce qu’il est en mauvaise position de l’Ontario jusqu’en Colombie-Britannique, Justin Trudeau a désespérément besoin du Québec pour espérer se maintenir au pouvoir.

Ce qui le fragilise. François Legault a compris sa vulnérabilité. Il en profite donc pour multiplier les demandes auprès du gouvernement Trudeau, dont certaines s’annoncent déjà impossibles à concéder.

En réclamant entre autres de nouveaux pouvoirs sur l’immigration et avec l’adoption d’une loi sur la laïcité qui va heurter de plein front les valeurs fédérales et la Charte canadienne des droits et libertés, Legault prépare une nouvelle crise identitaire émotive au Québec. Il met le chef libéral en contradiction avec les volontés qu’il exprime pour le Québec. Il veut en faire le méchant.

Legault-Blanchet, même combat? Cela va donner beaucoup de munitions et d’élan au Bloc québécois.

Louis Plamondon va finalement être inscrit au Guinness de la Chambre des communes et tirer ainsi la langue à ce ROC qui ne veut pas nous aimer.

Coup de griffe

La Mauricie est opposée au registre montréalisé des armes à feu, sauf La Tuque. À s’en gratter la tête d’incrédulité.

Coup de cœur

On avait déjà dans la région les meilleurs producteurs indépendants de pot illégal. On aura maintenant les meilleurs savants, légaux, en biochimie du pot à l’UQTR.