L’effet Lévesque

CHRONIQUE / Il serait présomptueux de concéder dès maintenant qu’avec l’entrée en scène officielle de l’ancien maire Yves Lévesque comme candidat du Parti conservateur, les jeux sont déjà faits dans la circonscription électorale fédérale de Trois-Rivières.

Il y aura un printemps à finir, un été à traverser et un automne à entamer avant la tenue du scrutin fédéral. Il y aura surtout plus de cinq mois d’une campagne électorale qui s’annonce chaotique, où tout peut arriver.

On perçoit trop de mouvements en ce moment dans l’humeur électorale pour se risquer à tirer des conclusions.

Si on ne peut décider hors de tout doute du sort électoral qui sera réservé à l’ex-maire de Trois-Rivières, qu’on l’apprécie ou pas, il faut reconnaître que c’est une candidature de calibre.

On ne peut vraiment pas dire qu’il part en campagne avec un déficit de notoriété.

Si le néo-démocrate sortant, Robert Aubin a confirmé sa candidature, celle de Louise Charbonneau pour le Bloc québécois reste à venir et les libéraux, même si les pressions se font très fortes sur la conseillère municipale Valérie Renaud-Martin, n’ont toujours pas de candidature confirmée.

Peu importe les cas de figure, ne serait-ce que pour combler nos impatiences, on peut quand même se demander si Yves Lévesque aurait de bonnes chances de l’emporter si les élections avaient lieu aujourd’hui..

Il faut alors s’en rapporter à un site de prévision électorale comme Québec 125. En ce moment, la lutte serait assez serrée entre libéraux et conservateurs dans Trois-Rivières. Il n’y aurait que quelques points qui les sépareraient dans les intentions de vote.

Dans l’ensemble du Québec, ce sont les libéraux de Justin Trudeau qui marchent nettement en tête alors que les conservateurs d’Andrew Scheer, loin derrière, rivalisent avec le Bloc québécois, le NPD étant de plus en plus marginalisé.

Probablement parce que la candidature d’Yves Lévesque était anticipée, mais dans la quinzaine de comtés québécois que les plus récents sondages destinent aux conservateurs, Trois-Rivières, à une virgule près, est du nombre.

On peut en effet présumer que l’effet Lévesque n’a pas attendu jeudi soir pour se faire sentir.

L’homme ne laisse pas indifférent et s’il est susceptible d’attirer en faveur des conservateurs une clientèle qui n’y serait pas autrement, il va mobiliser contre lui, à n’en pas douter, ceux qui ne l’apprécient vraiment pas et ils sont au moins aussi nombreux que les premiers. Mais leur désaccord risque de se répartir dans différents partis et être ainsi moins dommageable pour Lévesque.

Les adversaires des comtés voisins doivent-ils craindre un effet domino?

Dans Saint-Maurice-Champlain, le ministre François-Philippe Champagne apparaît imbattable. Il est devenu l’un des ministres les plus respectés du gouvernement Trudeau et certains le voient déjà comme un futur chef du Parti libéral du Canada. Une idée qui a déjà plus qu’effleuré Yves Lévesque, qui s’était déjà vu en premier ministre.

Dans Berthier-Maskinongé, si la néo-démocrate Ruth Ellen Brosseau est menacée, c’est avant tout par le Bloc québécois et peut-être par les libéraux.

Si on traverse le fleuve, avec la remontée du Bloc depuis l’arrivée comme chef de Yves-François Blanchet, Louis Plamondon peut presque tenir pour acquis qu’il sera réélu pour une onzième fois dans Bécancour-Nicolet-Saurel et ce n’est pas le PCC qui va lui souffler dans le cou.

L’influence de Lévesque risque d’être plutôt courte dans la région. Par contre, ça pourrait être différent au niveau du Québec.

Après dix-sept ans à la mairie de Trois-Rivières et plusieurs prises de position qui ont attiré l’attention médiatique sur lui, il peut revendiquer un rayonnement national.

Avec l’attention que le Parti conservateur lui a portée, à commencer par Scheer qui est venu en personne l’applaudir à son investiture, un signe, le parti pourrait être tenté de lui confier un rôle plus large au Québec; en faire une vedette confirmée.

Ce ne serait par contre pas sans danger. Yves Lévesque est volubile. Il s’enflamme facilement et n’est souvent plus arrêtable. Les mots sortent de sa bouche comme en mitraille.

L’ennui, c’est qu’il ne maîtrise pas toujours bien la langue française et qu’il ne parvient pas toujours à exprimer ses idées avec la clarté nécessaire. Il lui arrive même de dire le contraire de ce qu’il veut dire. Oui, il faut parfois le décoder. Dans une mêlée de presse où tout se bouscule, ça peut entraîner des impairs.

On a souvent redouté que Lévesque, qui dit facilement ce qu’il pense, se comporte en électron libre, ce qui pourrait faire de lui un «loose cannon», susceptible de mettre son chef dans l’embarras en raison de propos controversés ou contradictoires avec le programme du parti qu’il pourrait tenir.

C’est ce qui avait fait hésiter à l’époque Paul Martin puis par la suite Michaël Ignatieff, quand il flirtait avec les libéraux.

S’il devenait un peu trop vedette pour les conservateurs, il ne serait pas impensable que, pour l’embêter, on ramène quelques-unes de ses vieilles déclarations, dont celle sur le sort qu’il réserverait, s’il n’en tenait qu’à lui, aux meurtriers. De quoi faire de lui un comparse d’Yvon Deshaies, le maire de Louiseville.

C’est peut-être pour l’empêcher de lui voler le show que Deshaies menace d’être candidat indépendant dans Trois-Rivières. À moins que ce soit parce que Lévesque a parlé contre le pot.

Le plus grand danger pour Yves Lévesque, c’est la longueur de la campagne électorale. Plus de cinq mois à contenir son impulsivité, ça sera beaucoup lui demander.

COUP DE COEUR

Qu’il est beau le trolley de Tourisme Bécancour. Il donne le goût d’aller faire une balade à son bord.

COUP DE GRIFFE

Avec le nouveau réseau de la STTR, collégiens et universitaires vont être déposés à la porte de leur école et les «vieux» vont devoir marcher, été comme hiver, pour aller faire leur magasinage.