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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste
Jean-Marc Beaudoin
Jean-Guy Dubois
Jean-Guy Dubois

Le maire de la Zen se retire

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CHRONIQUE / Si on le comprend bien, maintenant qu’il a contribué à hisser la population de Bécancour à un état de bonheur élevé, il se sent libéré pour pouvoir enfin se consacrer à une passion refoulée, l’écriture.

Le maire Jean-Guy Dubois a fait savoir cette semaine qu’il ne serait pas candidat en novembre à la mairie de Bécancour. Après y avoir siégé au conseil municipal pendant 24 ans, dont 17 comme maire, en deux épisodes, l’homme a jugé que le moment était venu pour lui de passer à autre chose.

L’âge! Jean-Guy Dubois a invoqué son âge, 74 ans, pour justifier sa décision. Ce qui a fait sourire bien des gens, car il est difficile d’imaginer qu’on pourrait être président des États-Unis mais un peu âgé pour diriger une ville comme Bécancour.

D’ailleurs, le député de Bécancour-Nicolet-Saurel, Louis Plamondon, qui marche en partie dans les mêmes terres, s’est au contraire référé à la présidence américaine pour expliquer qu’à 77 ans, lui qui est déjà devenu le doyen des doyens à la Chambre des communes, se sent toutes les aptitudes requises pour solliciter un nouveau mandat aux prochaines élections fédérales.

Il est vrai que déjà, aux dernières élections municipales, Jean-Guy Dubois avait été un peu hésitant, soulevant déjà la question de l’âge et prévenant que ce serait fort probablement son dernier mandat, s’il était réélu. Non seulement il l’a été, mais à 75 pour cent des voix exprimées en sa faveur, c’était presque un plébiscite.

Mais, même si en novembre il avait affirmé qu’il gardait la porte ouverte (ou entre-ouverte) sur un possible mandat additionnel, les confidences qu’il faisait à gauche et à droite, mais surtout à ses proches, allaient dans le sens qu’il allait tirer sa révérence à l’automne.

On ne peut vraiment pas dire que dans son cas une certaine incertitude sur l’issue électorale aurait pu peser de quelque poids que ce soit dans sa réflexion.

Jean-Guy Dubois jouissait toujours d’une grande popularité et la véritable avalanche de remerciements, de compliments, même d’éloges à son endroit, qui a suivi l’annonce de sa retraite prochaine de la mairie de Bécancour, atteste du grand respect qu’il avait acquis au fil des ans de ses concitoyens, mais aussi de la population régionale et de la classe politique qui la représente.

On peut croire que c’est normal qu’il en soit ainsi après une carrière politique de 24 ans. C’est pourtant souvent le contraire qui se produit. Avec le temps, la popularité des politiciens a plutôt tendance à s’effriter.

On ne trouve pourtant pas grand-chose à redire contre Jean-Guy Dubois et on ne lui connaît pas vraiment d’ennemis. S’il y en a, ils se sont toujours faits très discrets.

Il faut lui reconnaître qu’il a acquis beaucoup de respect auprès de la classe politique, peu en importe les allégeances.

D’autre part, s’il a l’affabilité et l’amabilité naturelles des politiciens, on a toujours décelé chez lui un haut niveau de sensibilité, d’amour du prochain avec cette faculté plus rare de laisser à son interlocuteur l’impression d’avoir une plus grande importance que lui.

En mars, la mairesse de Nicolet, Geneviève Dubois, et le maire de Trois-Rivières Jean Lamarche avaient eu la délicatesse d’assister à sa conférence économique annuelle, signe de la bonne entente qui règne entre eux.

Il faut dire que depuis quelques années, Jean-Guy Dubois avait resserré les liens sur les plans économique, touristique et récréatif avec Trois-Rivières pour concrétiser ce qu’on a informellement appelé la Zone économique naturelle, la ZEN.

Et comme il a parfois tendance à parler comme un philosophe, on l’a rapidement qualifié de zen de la ZEN; en fait, de maire de la ZEN.

Il y a eu cette navette fluviale qui l’été faisait le lien entre Trois-Rivières et Bécancour, mais on est allé beaucoup plus loin dans les interrelations entre les deux villes.

L’interdépendance économique de Trois-Rivières et Bécancour a déjà été évaluée à 525 millions $. Le fleuve est moins large qu’il n’y paraît.

Chaque jour, juste pour le travail, il y a 3500 personnes qui traversent le fleuve pour se rendre à Bécancour, mais il y en a autant qui empruntent le pont dans l’autre sens pour la même raison.

S’il y a eu quelques reproches adressés au maire Dubois, c’est venu de cette alliance, peut-être de cœur, mais avant tout de raison. On avait plutôt mal digéré, au sud de la 20, ce flirt publiquement avoué entre Bécancour et Trois-Rivières, jusqu’à suggérer que Bécancour quitte le Centre-du-Québec pour intégrer la Mauricie.

Il avait simplement répliqué, non pas cette fois-là en citant un grand philosophe, mais son père dont la sage devise était de «bien faire et laisser braire».

Jean-Guy Dubois laissera en novembre une ville de Bécancour en bon état. Il y a eu des périodes difficiles à traverser comme la fermeture de Gentilly 2, les grands projets industriels abandonnés l’un après l’autre et le lock-out de l’ABI, dur sur le plan humain, mais qui menaçait aussi de plomber les finances de la Ville.

Aujourd’hui, des projets renaissent dans le parc de Bécancour, comme Premier Tech, mais surtout, la ville a été rééquilibrée en devenant autant PME que grande entreprise.

Et quand il dit qu’au fond, c’est le bonheur des citoyens qui compte avant tout, il n’a pas mal réussi.

Money Sense a classé Bécancour au 21e rang des meilleures communautés au Québec où vivre pour les familles et au 2e rang en Mauricie-Centre-du-Québec.

Les revenus par ménage voisinent les 80 000 $, de loin les plus élevés des deux régions et la moyenne d’âge de la population est de moins de 45 ans, encore là nettement plus basse que dans tout son voisinage.

On ne s’étonnera pas que les Bécancourois se proclament heureux dans leur ville à 80%.

Jean-Guy Dubois a rédigé un petit précis à l’intention des futurs aspirants à la mairie.

Un genre d’autodescription? Il faut aimer le monde, résume-t-il.

Coup de cœur: À François-Philippe Champagne, qui retrouvera dans ses nouvelles fonctions ministérielles un chéquier de peut-être 100 milliards $. Il devrait y en avoir un peu pour la région.

Coup de griffe: On verra cette semaine si notre voisin du Sud est une «Amère América». À tout hasard, «Godbless America… my home sweet home?»