Le maire Yves Lévesque n’a pas assisté à la première de l’hommage aux Colocs à l’Amphithéâtre Cogeco.

Le grand disparu de l’été

On n’en est pas encore rendu à l’appeler «le grand disparu», mais on peut commencer à se demander si on ne va pas finir par y arriver.

Il est difficile de ne pas constater que le maire de Trois-Rivières, Yves Lévesque, n’a peut-être pas brillé, comme l’expression courante le suggère, par son absence, mais celle-ci, à plusieurs événements récents, a été remarquée et suscite des interrogations.

On sait qu’il ne s’est pas présenté lundi à la réunion préparatoire au prochain budget municipal convoquée, non sans une certaine controverse, par la conseillère Ginette Bellemare.

La rencontre de travail était d’autant importante qu’on y abordait principalement les projets d’investissement majeurs qu’on choisira de prioriser pour les trois à cinq prochaines années. Ce n’est pas qu’Yves Lévesque était à l’extérieur puisque le soir même, il assistait à la générale du Cirque du Soleil.

Or, non seulement Yves Lévesque ne s’y est pas présenté et qu’il n’a pas jugé pertinent par la suite d’apporter de justifications à son absence, mais il avait été l’un des rares élus à favoriser cette date de réunion qui ne convenait pourtant pas à tout le monde autour de la table du conseil.

Cela est intrigant. Ce qui ne l’est pas moins, c’est qu’on ne l’a pas davantage vu mercredi, soir de première à l’Amphithéâtre Cogeco, alors qu’au-delà des artistes et des invités de marque et de l’abondante faune médiatique présente, tout le gratin régional s’y était donné rendez-vous pour entrechoquer verres et grignoter les petites bouchées façonnées par les établissements les plus réputés de Trois-Rivières.

La date de la tenue du tapis rouge étant fixée longtemps à l’avance, elle ne pouvait pas non plus ne pas être inscrite à son agenda… en gros caractères.

C’est le genre d’événement qu’Yves Lévesque n’a à peu près jamais raté dans le passé. C’est presque taillé sur mesure pour lui avec sa propension naturelle à distribuer avec prolixité sourires et poignées de main solides. Il est, comme on le sait, dans ces occasions, comme un poisson dans l’eau et agit comme une queue de veau tellement il ne sait plus où donner de la main.

Ce n’était pas normal qu’il n’assiste pas à cette première, d’autant qu’avec le glamour de la soirée et le succès du Cirque, c’était une occasion de plus pour lui d’affirmer qu’il avait eu raison de mener à terme le dossier de l’amphithéâtre et d’avoir envoyé à la déchiqueteuse un registre défavorable.

Sans compter que s’il aspire vraiment à être candidat pour le Parti conservateur aux prochaines élections fédérales, même s’il est très connu, il n’a quand même pas intérêt à négliger ses contacts grand public.

C’est pourtant ce qu’il a fait. Et il avait fait la même chose durant tout le FestiVoix.

Le festival a eu beau profiter d’un temps superbe et connaître des records d’assistance, le maire de Trois-Rivières ne s’y est pas davantage fait voir.

C’est très intrigant car on avait plutôt l’habitude de le voir pratiquer sa marche forcée à l’heure du souper sur la rue des Forges, allant d’un trottoir à l’autre pour saluer un maximum de personnes et sauter d’une estrade à l’autre sur les différents sites du FestiVoix pour voir tout le monde.

Il est impensable qu’en 11 soirs, l’homme n’ait jamais trouvé un moment pour aller à la rencontre de ces masses bienheureuses, lui qui avait dans ses habitudes de n’en pas sauter un seul.

Encore là, ce n’est pas parce qu’il n’était pas en ville car il a bien fait acte de présence à l’inauguration d’une garderie canine… à chacun d’interpréter la chose comme il l’entend.

Disons qu’en productivité électorale, les foules du FestiVoix étaient susceptibles d’être plus productives que nos amis à quatre pattes.

Si Yves Lévesque ne nous avait pas habitués à ses plaisirs de bain de foule, on pourrait trouver ses absences juste un peu étranges. Mais là, cela force à un plus grand questionnement pour comprendre ce qui se passe avec lui.

Bien sûr, un cinquième mandat à la mairie d’une grande ville, c’est le plus glorieux, mais souvent aussi le plus pénible. Il peut générer beaucoup de lassitude, chez l’élu, mais aussi chez les autres, les opposants, les aspirants et le public en général.

Quand il est aussi acquis que ce sera le dernier mandat, comme c’est le cas pour Yves Lévesque, il faut réaliser que cela génère une certaine perte de pouvoir. Vous n’êtes plus, pour bien des gens et même pour la fonction publique de la ville, qu’un avenir à très court terme.

Il y a aussi que le maire Lévesque aurait déclenché, en raison de propos perçus comme belliqueux tenus à Catherine Le Matin sur les ondes du 106,9, «la guerre», rien de moins, contre une partie de son conseil, qu’il a appelée le Groupe des huit.

Depuis, il essuie une salve de tirs réprobateurs.

Comme il aime bien monter dans l’arène, même quand on ne l’y invite pas, ce n’est pas ces jabs qui auraient pu le déstabiliser et faire qu’il fuit les événements de masse de sa ville.

Bien sûr, il a pu réaliser que quoi qu’il fasse et quoi qu’il dise, le Groupe des huit est… majoritaire. Et qu’il a ainsi les moyens de le neutraliser à volonté.

Lévesque donne l’impression d’avoir lancé la serviette politique, mais il faut peut-être chercher ailleurs les raisons de son effacement public. Toutes les hypothèses sont autorisées.

On verra bien s’il monte dans une auto de course au Grand Prix de Trois-Rivières pour rivaliser avec l’humoriste Michel Barrette, qu’il a défié. On verra…

Coup de cœur : Au Cirque du Soleil qui nous fera passer pas une, mais une vingtaine de p’tites nuites cet été.

Coup de griffe : Au plus que bruyant «aspirateur» municipal qui réveille une partie du centre-ville toutes les p’tites nuites où il passe.