C’est à Trois-Rivières, au Centre ressources naissance, que le ministre Jean Boulet a annoncé jeudi les modifications au régime québécois d’assurance parentale.

Le chouchoutage des régions

Comme ça, on a fait une petite montée de lait jeudi à l’Assemblée nationale parce que le ministre Jean Boulet est venu à Trois-Rivières annoncer les détails du nouveau régime québécois d’assurance parentale.

Passons vite sur les récriminations de la presse parlementaire qui a trouvé choquant qu’après le dépôt du projet de loi, le premier forum journalistique officiel du ministre sur le sujet ne leur soit pas réservé, comme à l’habitude.

Faudrait-il leur rappeler que tous les grands réseaux médiatiques sont présents à Trois-Rivières et que la nouvelle a été diffusée avec autant de talent et de rapidité sur tous les grands réseaux nationaux du Québec qu’elle ne l’aurait été émanant de sous les lambris dorés des couloirs de l’Assemblée nationale.

On s’étonnera surtout que cette décision du ministre Boulet de présenter les détails de son projet dans la circonscription qu’il représente ait aussi offusqué les partis d’opposition jusqu’à parler de manque de respect...

Manque de respect envers qui? En venant à Trois-Rivières tenir sa conférence d’information, Jean Boulet n’est quand même pas descendu dans une lointaine et obscure colonie, peuplée d’indigènes encore un peu rustres. Il est resté dans la civilisation. Même pas dans l’arrière-pays. Trois-Rivières, c’est entre Québec et Montréal et la ville et sa région sont même traversées par des autoroutes.

On a parfois l’impression que tout le territoire à l’extérieur de Montréal ou de la Capitale nationale est perçu comme des DOM ou des TOM, Départements ou Territoires d’outre-mer, pour faire à la française.

C’est assez paradoxal que des partis politiques aient pu exprimer de la frustration.

À peu près tous les partis politiques, tant au fédéral qu’au Québec, ont réalisé qu’il n’y a pas d’accession au pouvoir sans disposer d’un solide appui du Québec des régions.

On oublie le NPD, qui a eu son tour de piste, et les conservateurs parce que les Québécois ne se sont pas retrouvés dans la personnalité de leur chef Andrew Scheer et dans certaines de ses valeurs.

Mais les libéraux de Justin Trudeau ont aussi reçu une solide rebuffade régionale. Ils ont compris, à l’instar des libéraux provinciaux, qu’une fois traversés les ponts de l’île de Montréal, on peut facilement s’enliser.

Comme si les deux derniers scrutins, fédéral et provincial, avaient été une révélation. Tout le monde a soudainement compris qu’il faut plaire à ce Québec «des profondeurs» si on veut obtenir des succès électoraux.

On le voit en ce moment, le discours mielleux à l’endroit des régions est devenu prédominant. Il faudra cependant, car en région on a l’habitude du jargonnage politique complaisant, bien que la formule soit usée, mais parce qu’elle a une petite sonorité campagnarde qui va leur plaire, que les «bottines suivent les babines».

Depuis qu’ils ont été, à toutes fins utiles presque éradiqués du Québec d’outre-Montréal, les libéraux provinciaux ne cessent de tendre l’oreille aux régions et cela se reflète dans leur campagne à la direction.

Outre ses compétences, qui ne font de doute à personne, le plus grand mérite d’Alexandre Cusson, candidat à la direction du PLQ, est que c’est un gars de région, puisqu’il est maire de Drummondville. C’est ce que ses supporteurs font ressortir chez lui. En suggérant, évidemment, que ce n’est pas le cas de son adversaire, Dominique Anglade, une insulaire montréalaise.

La députée de Saint-Henri-Sainte-Anne vient de répliquer en nommant Marc H. Plante à la direction de sa campagne pour tout l’est du Québec, ces vastes étendues qui chevauchent le Saint-Laurent et s’étirent jusqu’à l’Atlantique.

Plante, Louisevillois d’origine, ex-député de Maskinongé, est un régionaliste invétéré. Il a préféré Anglade à Cusson parce qu’elle propose une charte des régions.

On s’amusera en passant que les militants libéraux leur préféreraient Denis Coderre. Il n’y pas d’incongruité là. Coderre a beau avoir été maire de Montréal, il ne fait pas «plateauiste» du tout et s’il est sorti de Joliette depuis longtemps, Joliette n’est pas totalement sorti de lui.

Même tendance chez les péquistes, qui veulent regagner le Québec. Le seul candidat annoncé à ce jour, Sylvain Gaudreault, est député de Jonquière. Et ceux que les péquistes lui préféreraient sont Pascal Bérubé, député de Matane-Matapédia ou le chef du Bloc, Yves-François Blanchet, député de Beloeil-Chambly, Drummondvillois d’origine et honorable citoyen de Shawinigan. Ça fait région mur-à-mur.

Le chef conservateur Andrew Scheer s’est appuyé sur Alain Rayes, l’ancien maire de Victoriaville, pour l’aider à conquérir les Québécois et c’est à Trois-Rivières qu’il avait lancé sa campagne nationale. Beau coup d’œil aux régions du Québec, mais ça n’a pas été suffisant.

Quant aux libéraux de Justin Trudeau, il leur est maintenant assez clair qu’un gouvernement majoritaire passe par des députés libéraux en région. On comprend que François-Philippe Champagne sera traité aux petits oignons.

Tous les partis politiques ou presque sont engagés dans une grande opération de séduction des régions.

C’est flatteur de se faire courtiser. L’histoire se répète. Sauf que quand on regarde les statistiques socio-économiques des régions du Québec, on constate un glissement continu sur tous les plans, dont démographique et économique.

Il faudra peut-être apprendre, pas jusqu’à rançonner nos politiciens, mais à être plus profiteur en mettant un bon prix à nos affections politiques consenties.

Coup de griffe: Pop-Sac-A-Vie-Sau-Sec-Fi-Co-Pin. Est-ce qu’il y a quelque chose de trop? C’était Desjardins, à l’époque coopérative.

Coup de coeur: Bravo aux Noël des Nôtres, au Noël du Pauvre et, bientôt, à la Guignolée des médias.