Philippe Couillard lors de son passage en Mauricie.

Le chef Couillard plante des clous

En sortant de l'usine du groupe Duchesne, à Yamachiche, jeudi après-midi, le chef libéral Philippe Couillard n'a pu s'empêcher de dire aux membres de la presse qui l'entouraient qu'il allait en frapper des clous durant la campagne électorale. Il venait d'en voir des milliers. Quelques instants auparavant, il avait été presque admiratif devant un clou de douze pouces, que lui avait présenté Françoise Duchesne, la présidente de l'entreprise. «Ça commence à me donner des idées», avait-il lancé en boutade.
C'est une longue visite de plus d'une heure, en compagnie de son candidat dans Maskinongé, Marc-H. Plante, qui a eu un caractère un peu bonhomme. Le chef libéral s'est beaucoup renseigné sur les procédés de l'usine, sur les marchés de l'entreprise qui fabrique des clous, mais aussi des treillis, des produits en polyéthylène et une large gamme de revêtements métalliques. Il a distribué des poignées de main à tous les employés qu'il a croisés, échangeant à l'occasion quelques blagues.
Les caméramans des réseaux de télévision n'avaient pas été autorisés à l'accompagner dans l'usine. C'est d'ailleurs à l'extérieur des bâtiments qu'ont été confinés tous les membres de la presse nationale.
Peut-être, en cette deuxième journée de campagne, le chef libéral ne voulait-il prendre le risque que se produisent des incidents. Un honnête travailleur qui refuse la main qu'on lui tend ou pis, qui vous invective, ça s'est souvent vu et quand ça arrive, ça sort en boucle sur les grands réseaux. Ça peut être assassin. C'était quand même sans danger hier après-midi et pour une pratique de visite d'usine, elle a été plutôt bien réussie.
Après cette visite, la caravane de Philippe Couillard a pris le chemin de Grand-Mère pour un cocktail au bureau de Julie Boulet, où l'attendaient des militants libéraux. Encore là, on a joué de prudence. C'est sa seconde visite cette semaine, la première s'étant déroulée lundi pour présenter son candidat dans Trois-Rivières, Jean-Denis Girard. Encore là, tout cela s'est passé en zone protégée, tout comme ce fut le cas mercredi avec Pauline Marois. On comprend qu'il faudra attendre pour les bains de foule.
Le chef libéral s'est plu à rappeler aux journalistes du Nouvelliste qu'il en était à sa sixième visite dans la région depuis un an et demi. On l'avait notamment vu au Festival de la galette de Louiseville et au Festival western de Saint-Tite. «Moi, la région, je la connais bien. Je l'ai parcourue à pied, pas en hélicoptère.»
Si les péquistes voudraient récupérer la Mauricie, la «bleuir» partout, Philippe Couillard est parfaitement conscient que sa formation détient trois des cinq circonscriptions, dont deux seront représentées pour son parti par de nouveaux candidats, un défi plus grand. Il ne tient pas à les perdre. Il s'est même trouvé de vieilles petites racines mauriciennes en raison de ses parents qui ont déjà possédé un chalet à Maskinongé.
Comme Pauline Marois, Philippe Couillard a admis que la Mauricie sera le théâtre d'âpres luttes électorales durant la présente campagne.
Il a d'ailleurs prévenu qu'on le reverrait sûrement dans la région dans les prochaines semaines. Sa visite d'hier chez Duchesne lui permettait de démontrer la volonté de son parti de développer les PME au Québec, qui représentent 50 % des emplois et plus de 75 % des futurs emplois manufacturiers. Mais la Mauricie pourrait aussi servir d'endroit d'où annoncer les politiques du parti pour ce qui touche l'industrie forestière et le secteur agricole.
Le chef libéral se plaît à se présenter comme un homme de région qui dirige un parti déterminé à renforcer l'économie des régions. Il faut bien réaliser que les libéraux n'ont pas le choix d'améliorer leurs positions dans les régions du Québec. C'est là que va se faire pour eux la différence entre une victoire ou une défaite électorale. Or, l'un après l'autre, les sondages le leur rappellent: leur popularité dans l'électorat francophone est très faible. Elle tire de plus de 20 points d'arrière avec le Parti québécois et parvient à peine à rivaliser avec celle de la CAQ, qui a pourtant culbuté dans les intentions de vote.
Le PLQ a donc une grosse côte à remonter. Il ne faudra pas se surprendre que le mot «région» soit constamment dans la bouche du chef libéral jusqu'à la fin de la campagne. Une façon de courtiser le vote francophone sans le dire carrément.
Qu'on n'en doute pas. On reverra le chef libéral en Mauricie. Peut-être même plus souvent qu'on pense.