Le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, en entrevue éditoriale au Nouvelliste, en compagnie de son équipe régionale, les députés Jean-Denis Girard, Pierre Giguère, la ministre Julie Boulet ainsi que les députés Marc H. Plante et Pierre Michel Auger.

Le buzz mauricien du PM

Il reconnaît volontiers que cela ne le met sans doute pas à la mode du jour, mais le premier ministre Philippe Couillard assure sans détour et sans hésitation qu'il n'a jamais consommé de marijuana. Pas même tiré une touche sans l'inhaler, selon la formule un peu tordue qu'avaient empruntée jusqu'à il y a peu certains politiciens pour tenter d'être «in» aux yeux des uns sans être «out» aux yeux des autres.
C'est qu'il n'a sans doute pas besoin de griller un joint pour se bercer d'une euphorie tranquille.
À moins de dix-huit mois des élections québécoises, c'est un chef libéral marqué d'une évidente sérénité qui s'est présenté à nos bureaux du Nouvelliste, vendredi matin, pour une rencontre éditoriale.
Les choses ne vont pas si mal pour son gouvernement qui a traversé la rude et périlleuse épreuve de l'austérité budgétaire, perdu des ministres au combat, été attaqué de toutes parts sur tout comme sur rien et dont l'image d'intégrité a été constamment mise à l'épreuve du doute populaire. 
Même au plus creux de sa popularité, une période qui a duré une grande partie de l'année 2016, le Parti libéral du Québec que dirige Philippe Couillard est toujours demeuré le préféré des Québécois. Depuis le dépôt du dernier budget, excédentaire, il caracole de nouveau dans une zone d'intentions de vote qui le reporterait au pouvoir. Mais ce serait faiblement majoritaire, donc encore fragile.
On comprend que la division du vote d'opposition entre trois partis politiques et principalement entre le Parti québécois et la Coalition avenir Québec contribue beaucoup à l'aisance libérale. Cependant, même si, selon un dernier sondage, le PLQ frôle les 40 pour cent nécessaires pour former un prochain gouvernement, il reste qu'il demeurera malgré tout mal aimé d'une majorité d'électeurs. Il y aurait encore beaucoup de travail à faire, même si électoralement, ça peut aller.
On ne se surprendra donc pas que l'actuel premier ministre voit d'un bon oeil l'arrivée au marginal Québec solidaire de Gabriel Nadeau-Dubois, qu'il situe, avec toute la délicatesse dans les propos qu'on lui connaît, ou si l'on veut avec tout l'enrobage verbal même un peu mielleux dont il est capable, à l'extrême gauche de l'échiquier politique... Ce qui est à la bonne place, mais surtout, à un bout du spectre politique où il ne risque pas de détourner de votes libéraux acquis.
Ce qui rendait léger et heureux vendredi matin le premier ministre Couillard, c'était quand même avant tout sa satisfaction de sa grande visite mauricienne, qui s'était jusque-là déroulée plutôt à son goût. Débarqué mercredi à La Tuque où il a passé l'après-midi et la soirée, le chef libéral y a entrepris comme une descente de la rivière Saint-Maurice.
Il a commencé la journée de jeudi à Shawinigan et celle de vendredi a été répartie dans les circonscriptions de Champlain, Trois-Rivières et Maskinongé. Il quittera Trois-Rivières samedi midi, après avoir rencontré en avant-midi les libéraux et donné le coup d'envoi au colloque régional libéral qui marque un grand anniversaire pour les libéraux. Car comme le Canada, le PLQ célèbre cette année ses 150 ans d'existence.
Philippe Couillard n'a pas caché qu'il apprécie beaucoup ce genre de visite pas pressée. Des visites d'entreprises performantes ou innovantes, des rencontres plus serrées de gens, d'affaires ou pas, en petits groupes, décontractées. Une distribution de poignées de main plus amicales et convaincantes, avec beau sourire de circonstance, regards droits au creux des yeux, une spécialité où le PM excelle particulièrement, avec ça et là quelques chèques de subventions bienveillantes dans les mains, tout cela permet de créer des ambiances chaleureuses, de salon, presque des intimités.
Avoir ce qui semble être l'oreille privilégiée du premier ministre, ça crée des sympathies. Pour le chef libéral, ce sont autant d'occasions qui lui permettent de vérifier la réceptivité des gens aux programmes et aux décisions de son gouvernement, explique-t-il. On peut penser de recevoir les critiques aussi, car il doit bien y avoir quelques dégênés qui osent dire, même en balbutiant d'inconfort, ce qu'ils pensent, en y mettant les manières, bien sûr. 
Pour bien montrer qu'il connaît la région, le premier ministre a parlé non pas de la Mauricie, mais des Mauricie. Il y en aurait au moins trois selon lui: celle du haut Saint-Maurice, Trois-Rives, en partie Mékinac et La Tuque en montant; celle du centre, soit Shawinigan et ses environs; puis la Mauricie riveraine du fleuve, avec Trois-Rivières au centre.
C'est vrai que le tissu social et économique, et les préoccupations des uns et des autres peuvent différer beaucoup entre le bas, le centre et le haut du Saint-Maurice.
La sérénité mauricienne du premier ministre peut aussi s'expliquer par le fait que la région a été totalement libérale, rouge d'une frontière à l'autre, aux dernières élections. Un 100 pour cent de réussite qu'il aimerait bien réobtenir en octobre 2018. 
Dans une lutte serrée et il n'y a rien qui puisse dire que ça ne sera pas le cas, une telle générosité électorale régionale, ça compte. D'autant que la réforme de la carte électorale fera disparaître un comté. Il n'en restera plus que quatre en Mauricie. 
Ça valait quand même une petite séduction préélectorale de sa part, en attendant de gagner avec son épouse le petit chalet familial du lac Masteuiatsh ou sa partie de pêche annuelle au saumon, «mon voyage de l'année», s'est-il illuminé à dire, avec cette fois, un seul compagnon de pêche, mais qui traverse sans embûche tous les plumitifs.
À ses côtés, le député Pierre Giguère n'a pas osé lui proposer son «trou à Giguère», une baie qui porte son nom parce qu'elle longe sa terre agricole, le long de la rivière Saint-Maurice, où on y attrape de la barbotte au printemps et de la très démocratique petite perchaude à l'été. Allez savoir pourquoi il s'est gardé une petite gêne... pour préserver, peut-être, le buzz mauricien de son boss.
Coup de griffe: Trump ne mérite pas de manger du Baluchon ou de n'importe lequel des meilleurs fromages du Québec.
Coup de coeur: Aux Montréalais. Si vous voulez voir un super-rodéo, ne perdez pas de temps chez vous, venez plutôt à Saint-Tite en septembre.