Les chefs des quatre principaux partis : Françoise David, François Legault, Pauline Marois et Philippe Couillard.

Le blues des candidats

Après un débat des chefs qui n'a pas vraiment fait de gagnant, la vie doit être un peu plus dure ce matin pour les candidats de la plupart des partis politiques.
Les débats sont une occasion privilégiée, à la mi-campagne, de stigmatiser les troupes et de requinquer des candidats, qui, après l'euphorie du départ et deux bonnes semaines de vie de fou, peuvent ressentir un peu d'épuisement et une chute d'adrénaline.
Du coup, le 7 avril peut paraître loin. Il leur faut une bonne cannette de Red Bull ou de vitamine D pour retrouver les énergies perdues. Malheureusement, la boisson énergisante ça peut surexciter. Un paquet de nerfs survolté, ça ne fait pas un candidat rassurant. Quant au soleil, avec les dernières semaines qu'on a connues, il s'est fait plutôt pingre.
C'est plutôt du froid mordant, de la pluie, de la bruine, de la neige mouillée, parfois du vent à écorner les boeufs qu'ont dû affronter les candidats. Ça ne dispose pas au porte-à-porte quand on se lève le matin ou à faire le pied de grue aux portes des usines. Même dans les incontournables résidences pour personnes âgées ou les grandes allées protégées des centres commerciaux, il y a toujours ces lourds manteaux qu'il faut traîner avec soi et ces bottes d'hiver qui ralentissent la cadence.
Oui, on échappe ce matin une petite larme sur la misère au quotidien de nos candidats pour avoir dû affronter cette campagne quasi hivernale.
Mais le problème aujourd'hui, c'est que le vrai tonus qui aurait pu effacer toute cette grisaille et cette langueur de mi-campagne, que pouvait apporter le débat de leurs chefs, n'est pas venu. La meilleure tape dans le dos, c'est une super performance de son chef et un espoir que le vent tourne qui est ravivé.
Certes, on convient qu'il n'y a pas eu de contre-performance de la part d'aucun d'entre eux. À part peut-être les libéraux, en raison des plus récents sondages qui leur accordent une avance dans les intentions de vote, le fait que Philippe Couillard ait connu une bonne performance est suffisant pour les encourager à continuer de frapper aux portes, tempête des corneilles ou pas. Tant qu'on peut continuer à renifler l'odeur du pouvoir, on va continuer volontiers à travailler son cardio à marcher dans les rues et à grimper les escaliers. C'est un bon dopant.
Ça pourrait être plus ardu pour les candidats péquistes. Leur chef Pauline Marois s'est bien défendue, tout le monde en convient. Mais il lui fallait marquer des points, sonner un peu Couillard, idéalement l'envoyer au tapis au moins une fois pour convaincre que le combat n'est pas terminé et s'impatienter de voir les prochaines rondes. Dans la mesure où cela ne s'est pas produit, les aspirants députés péquistes se retrouvent livrés à eux-mêmes. Ce n'est certainement pas le meilleur des remontants de s'être perçus, au départ de la campagne, comme de probables gagnants et d'en n'avoir plus aucune certitude.
On ne peut plus, pour l'instant du moins, chez les aspirants péquistes, comme Alexis Deschênes dans Trois-Rivières ou Patrick Lahaie dans Maskinongé, deux candidats perçus comme ministrables, miser sur le seul vote national pour faire la petite différence qui était requise pour arracher leurs circonscriptions aux libéraux.
Si la tendance ne s'inverse pas, ils ne pourront compter que sur eux et leur organisation pour combler l'écart. Ce n'est pas évident. Car avec les rares débats et le peu de controverses qu'on observe sur les enjeux régionaux, il leur sera extrêmement difficile d'aller chercher une prime à l'urne. La campagne est plus nationale que locale ou régionale de sorte que les occasions de se distinguer, de se faire simplement connaître des électeurs, sont trop peu nombreuses pour qu'ils y arrivent.
Les élus sortants, comme Julie Boulet dans Laviolette, Noëlla Champagne dans Champlain et Luc Trudel, dans Saint-Maurice, profitent à l'inverse d'une campagne régionale terne où on ne se confronte pas vraiment dans l'espace public. Les adversaires ont donc très peu de chances de se faire connaître, de se faire valoir ou de vous scier une jambe.
On pourrait penser que les libéraux Jean-Denis Girard et Marc Plante ont le même défi de reconnaissance publique que leurs adversaires. Ils ont cependant au moins l'avantage de défendre une circonscription libérale et de sentir la poussée libérale générale dans les intentions de vote.
Il y a aussi les caquistes, les solidaires, les onistes et même des conservateurs. Sauf que, pour presque tous, qui peut seulement les nommer en ce moment?