L'A.B.I.

L’avenir incertain de l’A.B.I.

On ne peut qu’espérer que la livraison, par le M/V Federal Mosel, le premier navire à se présenter au port de Bécancour en 2018, de 11 500 tonnes métriques de coke de pétrole destinée à l’Aluminerie de Bécancour… soit utilisée.

La région va retenir son souffle, car c’est dans les prochains jours que les 1030 employés syndiqués devront se prononcer sur les offres dites globales et finales déposées par l’employeur quelques jours avant Noël, avec avertissement patronal qu’on n’est pas autorisé à aller au-delà de ce qui a été mis sur la table. Un genre d’ultimatum. 

Lock-out ? Grève ? C’est un vocabulaire, on pourrait dire presque routinier chez A.B.I., chaque fois qu’on entreprend les négociations pour le renouvellement de la convention collective. On y est rompu aux affrontements costauds et, comme ce fut aussi le cas la dernière fois, en 2012, on arrive aussi, en général, à s’entendre. 

On est capable, de part et d’autre, de jouer sur la corde raide. La roulotte de grève est déjà rendue sur place, au cas où et pour envoyer un message de la détermination des travailleurs à monter des piquets de grève, s’il le faut.

Il faut dire que les troupes du président de la section locale 9700, Clément Masse, apparaissent toujours comme les plus mobilisées dans le secteur industriel régional. Le marché mondial de l’aluminium n’est pas toujours à son meilleur, mais avec un prix de 2250 $ en ce début d’année, et une croissance annoncée assez solide de l’économie mondiale en 2018, le syndicat des Métallos profite d’un certain rapport de force. Les réserves mondiales d’aluminium sont par contre élevées en ce moment. 

Il fait quand même peu de doute que la rentabilité de l’usine est encore acquise, au moins à court terme. On comprend que la direction n’ait pas pu déplorer les conditions actuelles du marché de l’aluminium, mais plutôt expliquer qu’elle souhaitait disposer de conditions d’opération qui lui permettront de traverser de façon compétitive les prochains cycles du marché.

Les travailleurs de l’A.B.I. jouissent déjà des meilleures conditions de travail ouvrières de la région. Avec un salaire horaire de base de 40 $ l’heure et des conditions générales de travail exceptionnelles, ces employés font l’envie de beaucoup de gens en Mauricie et au Centre-du-Québec et même, de frustration pour certains et de jalousie pour d’autres.

Personne ne devrait se plaindre de cela. C’est autant d’argent qui est d’abord déversé dans la région qui irait autrement dans les poches d’un actionnariat très dispersé dans le monde. Ce qui manque toujours, ce sont des emplois de qualité. Chez A.B.I., on en a.

Justement ! Est-ce qu’on en a pour longtemps ? L’aluminerie est assurément rentable et pas en mauvais état. Mais on peut craindre qu’elle commence à manquer de modernité. On a investi des centaines de millions de dollars dans les autres alumineries du Québec pour les mettre à jour sur le plan technologique et pour accroître la production. On n’a rien vu de cela à Bécancour. On a plutôt l’impression qu’on use les lignes de production, à la faveur d’un prix élevé pour le métal et d’un dollar canadien faible.

Dans la présente négo, la volonté de l’employeur d’introduire un nouveau régime de retraite pour les futurs employés a été présentée comme le point le plus litigieux. Le gouvernement a d’ailleurs vaguement en projet d’adopter une loi qui interdira ce genre de clauses qu’on appelle «orphelines». 

En raison des nombreuses retraites à venir, l’A.B.I. devra éventuellement procéder à plusieurs centaines d’embauches. La compagnie voudrait donc en profiter pour alléger ses charges à venir.

Le syndicat a été jusqu’ici farouchement opposé à un tel changement, par principe, par conviction et par équité pour les futurs employés auxquels on veut pouvoir préserver les mêmes solides conditions de travail qu’on a actuellement. 

C’est magnanime. Mais ce qui aurait été davantage conséquent, ç’aurait été que toute concession à laquelle on aurait pu consentir soit assortie d’un engagement de la part d’Alcoa d’investir enfin dans la modernisation de l’usine.

Que le régime de retraite soit à prestations ou à cotisations déterminées, cela fait peu de différence si l’usine vivote et est sujette à une fermeture, aux premiers soubresauts du marché. Mise en exploitation en 1986, en raison de la faiblesse des investissements qu’on y a consentis depuis, l’A.B.I. est probablement l’aluminerie la plus fragile au Québec. Or, le syndicat n’a pas usé du militantisme exemplaire de ses membres pour réclamer des investissements et l’employeur n’a pas de son côté brandi une telle monnaie d’échange. 

On peut sourire quand on reconnaît le militantisme syndical soutenu des travailleurs de l’A.B.I. 

Quand on avait procédé à l’embauche des premiers travailleurs, ceux-là qui vont bientôt prendre leur retraite, on leur avait fait passer toute une batterie de tests avec des questions parfois douteuses comme combien de fois par semaine vous faites l’amour. Ça ne s’invente pas. L’idée était d’établir le profil du travailleur qui ne cherchera pas à se syndiquer. Et à la fin de la semaine de travail, avec tout le paternalisme patronal que cela impliquait, on laissait quelques caisses de bière en bordure de la rivière Godefroy à l’intention des ouvriers.

Un maudit bon boss ! Qui devint sans doute un incompris.

Coup de griffe : Fire and Fury. En furie, avec le livre explosif de son ancien conseiller Steve Bannon, Donald Trump l’est . Quant au feu, il l’a quelque part… et on ne va pas essayer de l’éteindre. 

Coup de cœur : Julie (Boulet) est pas fine de faire attendre Bob (Trudel) pour sa subvention. Il risque d’en perdre le dernier poil qu’il a sur la tête. Pire. De faire un numéro de cirque.