Jean-Marc Beaudoin
Il n’y aura pas de grondement de moteur et d’odeur d’essence sur les coteaux cet été.
Il n’y aura pas de grondement de moteur et d’odeur d’essence sur les coteaux cet été.

L’arc-en-ciel des régions?

CHRONIQUE / Ce que les écolos et les brigades mercenaires de la SPCA de Montréal n’étaient pas parvenus à faire, la COVID-19 y est arrivée sans difficulté.

Après avoir exploré la possibilité de reporter son événement à l’automne, le Grand Prix de Trois-Rivières a dû se résigner à tout remettre à l’an prochain. Pas de grondement de moteur et d’odeur d’essence sur les coteaux cet été.

De son côté, la direction du Festival western de Saint-Tite, même s’il devait se dérouler à la mi-septembre, a bien compris que ce ne serait pas possible de tenir l’événement dans le contexte actuel. Trop risqué. Pas de prière du cow-boy dans l’estrade ou de crottins de cheval qui viendront parfumer les rues de Saint-Tite en septembre.

Après l’annulation forcée jusqu’à la fin du mois d’août, par décret gouvernemental, de tous les événements de masse au Québec, ce sont maintenant les grandes activités d’automne qui tombent sous l’assaut du coronavirus.

Il y a peut-être deux mètres qui séparent les canotiers dans leur embarcation, mais avec le prolongement probable des règles de distanciation sociale, tout va se compliquer dans la préparation et la tenue éventuelle de la Classique internationale de canots. On analyse encore la possibilité de tenir cette grande compétition à haute saveur mauricienne, mais avec une conviction en déclin. La Classique a déjà été interrompue... pendant la dernière Grande Guerre. Il se trouve qu’on est en guerre.

Si on oublie les Délices d’automne, il ne reste comme événements de masse que les poètes à Maryse et Gaston et la galette de Louiseville, qui tous deux ont le mot «international» dans leur nom. C’est début octobre. Certes, outre quelques congrégations européennes farineuses, les sarrasins du Festival de la galette de Louiseville viennent surtout de la région et du Québec. Mais c’est cordé serré pour assister au défilé sur la Saint-Laurent.

Quant aux poètes du Festival international de la poésie de Trois-Rivières, qui se tient en même temps, ils proviennent effectivement, pour un grand nombre d’entre eux, d’un peu partout où la pandémie sévit dans le monde.

Le directeur général de Culture Mauricie, Éric Lord, a de son côté fait état de 3000 activités à caractère culturel qui ont dû être annulées.

Sur le plan économique, les pertes sont considérables. Une étude de Raymond Chabot Grant Thornton avait évalué il y a deux ans à près de 5000 le nombre des emplois générés à Trois-Rivières par la seule industrie touristique, avec trois millions de visiteurs et des retombées de 213 millions $. Pour l’ensemble de la Mauricie, on peut facilement parler de 300 millions $ qui vont s’évaporer dans les mois qui viennent.

Après la pause économique allongée et la morosité du confinement, non pas obligé, mais fortement suggéré, on aurait assurément eu besoin, pour revamper notre moral collectif, d’un peu d’ambiance festive, d’atmosphère chaleureuse, de frottement communautaire.

Il faut au moins espérer que le déconfinement annoncé soit plus vigoureux et plus accéléré qu’on le laisse prévoir.

Après un confinement appliqué de façon précoce et exemplaire, les Québécois ont bien droit à respirer un peu plus d’air.

On voit bien que les trois quarts des cas de contamination, de soins intensifs et de mortalité sont situés dans la région métropolitaine de Montréal. On constate aussi que pour l’ensemble du Québec, les trois quarts des décès attribuables à la COVID-19 ont été recensés pour la moitié dans les CHSLD, où c’est l’hécatombe, et qu’un autre quart provient de résidences pour personnes âgées.

On commence à cerner le problème et à concevoir où doivent maintenant se concentrer les contraintes et les forces d’intervention.

Après nous avoir à au moins deux reprises promis des beaux jours, le premier ministre François Legault a, enfin, reconnu lui-même vendredi qu’en dehors de Montréal, c’est redevenu respirable.

À quelques cas d’exception à ce jour bien identifiés, on peut demander qu’on desserre l’étau sur les régions du Québec, même en Mauricie, où les statistiques sont en apparence inquiétantes, sauf si on les dissèque un tant soit peu.

Si on retranche les cas du Centre-du-Québec, qui s’en tire plutôt bien, et qui relève du même CIUSSS, la Mauricie se compare bien avec l’Estrie, qui a une population semblable.

Sauf qu’en Mauricie, il y a eu deux situations d’exception: l’abattoir d’Olymel, à Yamachiche, qui a fait gonfler les cas avérés de COVID-19 et le CHSLD Laflèche, qui a affligé les statistiques en cas confirmés, et terriblement en décès.

Mais pour ce qui est de la population, dans son sens général, la Mauricie n’est pas plus particulièrement affectée qu’ailleurs au Québec.

En Mauricie, la soixantaine de décès attribuables à la COVID provient presque exclusivement de CHSLD ou de foyers pour personnes âgées.

Le problème est d’évidence parfaitement reconnu du gouvernement et des autorités de la santé. Alors, puisqu’on est comme en guerre localisée, qu’on poursuive l’état de conscription pour regarnir le personnel des CHSLD.

Qu’on y arrive à pied, à la course, en taxi ou en autobus, ou même en véhicules blindés ou en rutilantes BMW, l’important c’est qu’on y arrive en nombre suffisant et rapidement, car les récits qu’on nous rapporte de l’état des lieux sont révoltants. Et si c’est vrai, comme l’a assuré François Legault, que le matériel de protection est suffisant, qu’on cesse de niaiser au Laflèche et qu’on le distribue sur-le-champ aux employés.

Il est plus que temps que le «ça va bien aller» soit plus qu’un slogan.