En éloignant de son équipe ministérielle le député de Nicolet-Bécancour, Donald Martel, François Legault a sans le rechercher donné plus de sens à ce qu’on appelle la ZEN, la zone économique naturelle.

Lâche pas mon Donald!

CHRONIQUE / Ce n’était assurément pas dans ses intentions et cela n’a jamais pu lui venir à l’esprit. Mais en formant son cabinet, le premier ministre François Legault a, sinon presque, asséché le Saint-Laurent entre Trois-Rivières et ses voisines d’en face, Bécancour et Nicolet, à tout le moins rétréci l’espace psychologique entre les deux rives.

En éloignant de son équipe ministérielle le député de Nicolet-Bécancour, Donald Martel, François Legault a sans le rechercher donné plus de sens à ce qu’on appelle la ZEN, la zone économique naturelle, qui fait qu’une ville comme Bécancour a plus de liens aussi bien socio-économiques que récréatifs ou culturels et en conséquence d’intérêt à resserrer davantage ses relations avec Trois-Rivières qu’avec d’autres villes, pourtant de sa région administrative comme Victoriaville ou Drummondville.

La formation du nouveau cabinet aurait dû fortement réjouir les populations et les élites de la Mauricie et du Centre-du-Québec puisque les deux régions disposent chacune de deux représentants au conseil des ministres.

On a déjà vu dans le passé de telles représentations, sous des gouvernements péquistes et plus loin dans le temps, sous l’Union nationale. Mais ce n’est pas chose courante.

Cela n’a pas empêché de vives déceptions exprimées sur la partie nord de la rive sud, mais aussi en Mauricie, parce que le député Martel, non seulement n’a pas été nommé ministre, mais s’est fait retirer les responsabilités de whip qu’il remplissait pour la CAQ quand elle était dans l’opposition.

Sur la rive sud nordique, on se disait qu’une telle nomination était un minimum car on était plutôt convaincu que les états de service à la CAQ de Donald Martel, sa fidélité et ses faits d’armes lui valaient hautement une fonction ministérielle.

Avant lui, le député péquiste Michel Morin avait aussi rempli des responsabilités de whip. Pour retrouver un ministre, il faut remonter au péquiste Yves Beaumier, nommé furtivement délégué à la Politique familiale quelques mois seulement avant sa défaite aux élections générales de 1985. Autrement, on doit reculer à Clément Vincent qui fut ministre de l’Agriculture et de la Colonisation, sous l’Union nationale, de 1966 à 1970.

On ne peut pas dire que la circonscription de Nicolet-Bécancour ou autrefois de Nicolet-Yamaska ait été gâtée à travers le temps sur le plan ministériel.

On croyait la grande heure enfin revenue…

Par cynisme autant que par dérision, des gens tentaient d’expliquer le mauvais sort qui avait été réservé à Donald Martel par quelques hypothèses… «S’il s’était appelé Ginette, il aurait eu plus de chances», en référence aux objectifs de parité hommes-femmes. «S’il était ethnique…», parce qu’il faut de la variété gouvernementale. Et même, dans le flot des explications, «ça l’aurait probablement beaucoup aidé s’il avait été transgenre».

On soupçonne beaucoup de frustration à la base de toutes ces supputations.

Ce n’est pas pour ces raisons et encore moins parce qu’il n’en avait pas les aptitudes ni le mérite que Donald Martel a été laissé sur le carreau par son chef.

C’est parce que Nicolet-Bécancour est, «au sein de la région, comme le trou», comme l’a analysé sans arrière-pensée la mairesse de Nicolet, Geneviève Dubois.

En fait, dans tout ce couloir élargi qui s’étire de chaque côté de l’autoroute 55, entre le fleuve et la 20, on n’est pas toujours très à l’aise dans la région administrative 17. D’ailleurs, jusqu’à la 20, la 55 s’appelle toujours Autoroute de l’Énergie, un nom qui lui vient de la rive nord.

On est dans la 417 (région 04 et région 17). Dans ce territoire, qui est très large, car il englobe beaucoup de municipalités du Centre-du-Québec, les liens en tous genres sont depuis longtemps plus naturellement établis avec Trois-Rivières qu’avec les deux grandes villes-pôles du Centre-du-Québec, Victoriaville et Drummondville.

Au-delà de la 20, on aurait très mal, mais très mal digéré de relever d’un ministre régional qui vienne de l’autre bord de l’autoroute et dont la circonscription est si proche de Trois-Rivières… qui a déjà, en plus, deux ministres.

Pour ménager les susceptibilités sudistes outre-20, la solution était simple: exit Donald. Et pour ne pas non plus qu’il y ait de chicane entre Victo et Drummond, on nomme ministre le député de Johnson (en grande partie Drummondville) et, lâche pas mon Donald, rapporte tes galons de whip pour qu’on les attribue au député d’Arthabaska (Victoriaville).

Car autrement, qu’ont de plus que Donald Martel ces deux nominés d’outre-20 ? Rien de vraiment particulier.

André Lamontagne est certes un vieil ami et relation d’affaires avec François Legault qui remonte à l’époque d’Air Transat, on ne lui connaît pas d’expertise particulière en Agriculture, Pêcheries et Alimentation. On l’a préféré à son voisin caquiste Sébastien Schneeberger… qui doit lui aussi se poser des questions.

Quant à Éric Lefebvre, il a le grand mérite d’avoir ramassé près de 62 % des suffrages exprimés, presque sept points de plus que le député Martel, ce qui lui a permis d’arracher à ce dernier sa ceinture de whip en chef du nouveau gouvernement.

Le non-verbal de Donald Martel était d’une puissante éloquence jeudi à l’assermentation des nouveaux ministres. On pouvait mesurer toute l’ingratitude à son endroit qu’il ressentait.

S’il voulait se faire consoler, il y a quelqu’un qui le comprendrait: Noëlla Champagne, à laquelle on avait préféré en 2008 pour être ministre responsable de la Mauricie, Yves-François Blanchet, alors député de la circonscription de Johnson, aux confins du Centre-du-Québec.

Coup de coeur: Si la Société québécoise du cannabis est en rupture de stock, si ça peut la dépanner, j’ai quelques connaissances qui seraient prêtes à l’approvisionner, en belle qualité full THC, au prix de la rue.

Coup de griffe: Si cela peut rassurer les syndicats, le nouveau ministre du Travail, Jean Boulet, grand spécialiste patronal en relations de travail, a déjà lu avec conviction du Karl Marx… dans sa jeunesse. Comme quoi il peut encore changer!