Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste
Jean-Marc Beaudoin
Le maire de La Tuque, Pierre-David Tremblay.
Le maire de La Tuque, Pierre-David Tremblay.

La Tuque-Wemo: même combat?

CHRONIQUE / Pierre-David Tremblay, le maire de La Tuque, interpelle les Atikamekw pour qu’ils fassent consensus sur le projet de gazoduc GLN Québec et, compte tenu du contexte d’incertitude qui le menace, il les invite à parler ouvertement en faveur de celui-ci.

On lui souhaite bonne chance.

On comprend que le maire de La Tuque craint que le projet, qui devrait générer d’importantes retombées économiques dans sa ville ainsi que pour la communauté autochtone, puisse en arriver à être abandonné.

Ce serait tout un précédent qu’une première nation prenne les devants pour favoriser la concrétisation d’un projet de transport d’un carburant fossile, avant même que les compensations et autres redevances demandées n’aient été obtenues.

Mais rien n’est impossible. Il y a à peine une semaine, le conseil des Atikamekw de Wemotaci a senti le besoin de rappeler qu’aucun consentement n’avait encore été donné au projet.

On n’a par contre pas manifesté d’opposition formelle à celui-ci. Mais il est évident qu’avant d’entreprendre des négociations, on veut informer et consulter toute la communauté, évaluer tous les impacts du projet… et tenter d’en tirer un maximum d’avantages. Et en profiter pour ressortir quelques vieux dossiers qui traînent, dont les revendications territoriales.

Les Atikamekw réclament depuis des décennies une autorité sur le Nitaskinan, un immense territoire de 80 000 km2 qui englobe Trois-Rivières, Shawinigan, La Tuque, Batiscan, Louiseville… Ils ont donc quelques revendications en réserves. En 2014, les quatre chefs de la nation s’étaient autoproclamés souverains du Nitaskinan.

Ça ressemble un peu à ce qui s’est produit en Colombie-Britannique avec la nation wet’suwet’en.

À la lumière des expériences passées, on peut cependant croire qu’advenant une acceptation du projet, la fiabilité de la parole des Atikamekw serait plus solide que celle des wet’suwet’en où une poignée de chefs a renversé ce qui avait été accepté par la majorité d’entre eux et par leur communauté.

Ce qui a rendu le maire Tremblay nerveux, c’est évidemment l’annonce que le fonds Berkshire Hathaway, qui devait investir quatre milliards $ dans le projet, y renonce.

Bien sûr, on peut penser, comme c’était le cas pour l’abandon récent de Teck Ressources, un projet pour l’exploitation de sables bitumineux dans le nord de l’Alberta, que la rentabilité n’était plus vraiment acquise.

N’empêche que, comme dans le cas de Teck Ressources, le désintérêt de Berkshire Hattaway dans le financement de GNL Québec a été attribué au contexte politique actuel où la conciliation entre le développement des ressources gazières et pétrolières avec la protection de l’environnement semble impossible.

Un blocus ferroviaire temporaire avait eu lieu à Wemotaci en février dernier.

En bref, aussi en raison de la mollesse politique devant «une minorité bruyante qui s’oppose presque inévitablement à des développements spécifiques.», avait aussi expliqué le président de Teck Ressources. Il s’agissait d’un projet de 20 milliards $ devant créer 88 000 emplois et contribuer pour 8 milliards $ au produit intérieur brut.

La construction du long gazoduc de GLN, qui passerait au nord du Québec, nécessiterait un financement de 9 milliards et la construction d’une usine de liquéfaction, à Saguenay, 5 milliards $.

Le maire de La Tuque a raison de s’inquiéter, car le président de Berkshire Hattaway, Warren Buffet, qu’on qualifie d’oracle de la finance, est éminemment respecté ou écouté dans les milieux d’affaires.

Le message qui est envoyé est qu’il est devenu très (trop?) difficile de faire des affaires au Québec et au Canada et pas seulement en matière d’énergies fossiles.

Il suffit de passer en revue tous les grands projets annoncés au parc industriel de Bécancour qui ont toujours traîné en longueur, soumis à une réglementation coûteuse et tatillonne, systématiquement ostracisés par des sauveurs planétaires et qui n’ont jamais pu être menés à terme.

Ce sont plusieurs milliards d’investissements échappés et des emplois, à haute rémunération, comme on les souhaite, qui n’ont pas été offerts à la région. Une région qui, comme par hasard, se classe toujours dans les dernières pour les revenus par ménage.

On mesure l’acceptabilité sociale, toujours présumément non atteinte, à l’ampleur du tintamarre des protestataires, souvent venus d’ailleurs.

Pourtant, à La Tuque, le maire Tremblay est convaincu que l’ensemble de sa population est plus que favorable au projet de GNL Québec et qu’il appartient à une région ressource comme l’est la Haute-Mauricie de décider de l’acceptabilité sociale d’un projet.

S’il faut consulter les éminences montréalaises, ces prétendus étalons de la bonne conscience, ces néo-bien-pensants, on ne devrait même plus couper un arbre en région, en extraire du minerai, harnacher un cours d’eau, en pomper du gaz ou du pétrole (pour nos populaires VUS) et encore moins laisser passer une conduite souterraine pour transporter des hydrocarbures.

Parlez-en à Jean-Guy Doucet, le maire de Saint-Léonard-d’Aston. Il vous expliquera comment ses citoyens sont à l’aise et rassurés à propos du pipeline qui traverse sa municipalité. On ne pense même plus au «tuyau» qu’on y a enfoui il y a quatre ans. Il y a là une très forte acceptabilité sociale. Dire que la conduite passe même sous la rivière Nicolet!

Après 30 jours de blocage de voies ferrées à travers le Canada pour faire obstacle à la construction d’un pipeline qui avait franchi toutes les étapes administratives, obtenu toutes les autorisations environnementales et reçu l’appui majoritaire d’une nation autochtone, on peut en effet se demander si le Québec et le Canada ne sont pas devenus politiquement trop affaissés.

Pour favoriser le développement social et économique de la Haute-Mauricie, le maire de La Tuque tente de mettre les Atikamekw dans le coup. Qu’ils deviennent de véritables partenaires.

Tant mieux s’il y arrive. Ce serait bien qu’un tel exemple d’entente nous vienne du nord.