La tour du quai de Sainte-Angèle.

La tour d'où surveiller Trois-Rivières

Même si dans le bonheur et la fierté qui l'habitaient, Jean-Guy Dubois, le maire de Bécancour assurait que du haut de sa tour, le regard du visiteur peut embrasser d'un seul coup les six clochers des villages fondateurs de sa ville, dans les faits, il n'y a que la flèche de l'église de Sainte-Angèle-de-Laval qu'on peut y apercevoir.
Par contre, on y a  une vue panoramique saisissante de la ville d'en face, Trois-Rivières. 
Depuis le quai de Sainte-Angèle et davantage encore du haut de la tour d'observation qu'on y a érigée, c'est de là qu'on obtient la plus belle vue possible de Trois-Rivières, avec l'embouchure de la rivière Saint-Maurice juste en face, et jusqu'au-delà de la basilique de Cap-de-la-Madeleine à l'est et du pont de Trois-Rivières, à l'ouest.
S'il avait pu répondre à l'invitation qui lui avait été lancée pour l'inauguration de la tour, jeudi, Yves Lévesque, le maire de Trois-Rivières aurait pu apprécier cette perspective imprenable sur la ville qu'il dirige. Et on peut penser qu'il aurait éprouvé quelques vibrantes sensations à la vue de Trois-Rivières sur Saint-Laurent qui se serait étalé devant lui et de l'amphithéâtre dominant qui fait son orgueil, avec ses immenses lettres de bois de TROIS-RIVIERES qui vous sautent aux yeux.
La photo de Stéphane Lessard publiée vendredi dans Le Nouvelliste illustrait parfaitement cette vue prenante sur l'amphithéâtre.
Si Yves Lévesque avait été en émotions, il n'aurait quand même pu éviter, non pas des sarcasmes, on reste poli, mais au moins quelques taquineries. Car si ses immenses lettres de bois importé sont visibles à des milles marins à la ronde, celles de BECANCOUR accrochées à la verticale sur la tour du quai  sont beaucoup plus petites au point que de l'autre côté du fleuve, elles sont beaucoup moins visibles, même éclairées. 
On peut dire que si Bécancour avait cherché à narguer Trois-Rivières, on l'a fait avec beaucoup de retenue. Par contre, on ne se privera pas de souligner que si ces lettres sont modestes, elles auront l'avantage d'être «durables», en insistant sur le mot, avec en sous-entendu, «à la différence» de celles d'en face qui ont coûté une fortune et fendillé juste après qu'on les eut accrochées. Celles de Bécancour ont été fabriquées en aluminium, en clin d'oeil à l'Aluminerie de Bécancour.
Mais la comparaison serait allée plus loin. D'un bord, c'est le gros site de TRSL et les grosses affaires avec l'Amphithéâtre et ses gros noms comme le Cirque du Soleil, Céline Dion, ZZ Top. Sauf qu'avec tous les aménagements qu'on y a consentis, la Ville de Trois-Rivières a largement dépassé les 100 millions $ d'investissements. Même avec les subventions, on reste au-delà des 100 millions $ pour les contribuables trifluviens. Juste en face, sur le quai de Sainte-Angèle, on frôle à peine les 750 000 $, dont la majeure partie a été assumée par des subventions ou des dons. 
On y a privilégié la simplicité. On n'avait peut-être pas le choix de faire autrement. Malgré ses grosses usines, la richesse foncière de Bécancour n'approche pas celle de Trois-Rivières. 
On est malgré tout parvenu  à transformer le quai de Sainte-Angèle pour le rendre très agréable,  accueillant, éminemment chaleureux. On y a installé des bancs, érigé une tour et planté un grand chapiteau. 
On en a fait un lieu de convergence citoyenne et il suffit de jeter un coup d'oeil à la programmation estivale pour constater sa grande variété, douce et divertissante et se convaincre que le quai va effectivement être en fête. L'élan, qui avait pu être perçu l'an passé, va se confirmer cet été.
On a fait un quai à hauteur... citoyenne. Les géants sont en face.
Cela dit, il n'y a pas de conflit, de concurrence, de jalousie ou quoi que ce soit du genre, entre Trois-Rivières et Bécancour. Au contraire, à plusieurs égards, entre autres sur le développement économique, les deux villes marchent ensemble.  
Invitée à l'inauguration de la tour, la vice-première ministre du Québec, Lise Thériault s'est appliquée à défendre le soutien financier de 187 160 $ puisé à même le Fonds de diversification économique, qu'elle avait autorisée, pour aider à construire la tour. Cela avait fait un peu jaser, parce qu'on modifiait ainsi les règles du fonds et prétendument son esprit.
Elle a aussi voulu justifier les 25 millions $ de ce fonds qui seront alloués à des projets, outre Bécancour et Trois-Rivières, dans le reste de la Mauricie et du Centre-du-Québec. 
La ministre n'avait pas à le faire, car à Bécancour comme à Trois-Rivières, tout le monde a été parfaitement d'accord avec la façon dont elle a disposé de ce qui restait du fonds. Et il en restait.
Pour compenser la fermeture de Gentilly-2, l'ancien gouvernement avait institué ce fonds compensatoire de 200 millions $. Une enveloppe de 150 millions $ était réservée à Trois-Rivières et Bécancour et 50 millions$ au reste du territoire, des deux côtés du fleuve. 
À l'approche du délai de cinq ans pour l'utiliser, il restait encore une centaine de millions $ non utilisés dans la part réservée à Trois-Rivières et Bécancour.
On craignait d'une part que le fonds ne soit pas reconduit et on tirait pas mal fort du côté de Victoriaville et de Drummondville pour s'accaparer au maximum de ce qui n'avait pas été utilisé, s'il était maintenu. Bref, à faire main basse sur ce pactole réservé.
Il ne faut pas se surprendre. Parce que Bécancour fait partie du Centre-du-Québec, au sud de la 20, on a toujours prétendu que Trois-Rivières et la rive nord devraient être exclues des avantages du fonds. Comme si l'épicentre du séisme économique causé par la fermeture de la centrale ne se situait dans la ZEN, la «zone économique naturelle» de Trois-Rivières-Bécancour. 
La ministre a d'abord accepté de prolonger la vie du fonds jusqu'en 2023, mais en réalité, jusqu'à son épuisement, d'assouplir les règles le régissant et de consentir 25 millions $ aux villes et MRC en périphérie de Trois-Rivières-Bécancour. Il reste donc environ 75 millions $ à la disposition de la «ZEN» Bécancour-Trois-Rivières. 
Cela a fait le bonheur de tout le monde... ici.
Cet été, il y aura de nouveau une navette fluviale, le samedi et le dimanche, entre le quai de Trois-Rivières et celui de Sainte-Angèle-de-Laval... le meilleur endroit pour, de haut, voir Trois-Rivières dans ses précieuses hauteurs.
Coup de griffe: Est-ce que les députés du Bloc québécois sont vraiment heureux et soulagés de leur réconciliation avec leur chef, Martine Ouellet? Tant mieux, si c'est le cas. Autrement, qu'ils endurent...
Coup de coeur: À Claire Mayer et à son Festival international de Danse Encore qui, comme chaque année, donne avec grâce et éclat le grand coup d'envoi à la saison festive de Trois-Rivières.