Jean-Marc Beaudoin
On peut parler «d’engouement» de la part des Montréalais pour Trois-Rivières.
On peut parler «d’engouement» de la part des Montréalais pour Trois-Rivières.

La région est chouchoutée

CHRONIQUE / S’il faut en croire les échos qui nous en parviennent, la Gaspésie subirait comme une invasion de barbares, qui encombrent tous les espaces publics, les jonchent de leurs déchets et même de leurs évacuations corporelles.

On comprend qu’avec un accès interdit aux provinces maritimes, mais surtout en raison de la fermeture de la frontière canado-américaine, les habitués d’Old Orchard ou des eaux glaciales d’Hampton Beach ont réorienté leurs vacances pandémiques vers le rocher percé.

On ne peut prétendre que ce sont tous des Montréalais, mais on peut soupçonner qu’ils forment le gros de la cohorte des touristes civilisés ou sauvages qui ont choisi de respirer enfin de l’air non-covidé en allant s’époumoner et s’épivarder dans le Bas-du-Fleuve et en Gaspésie.

On peut d’autant le penser que les immenses rues piétonnes montréalaises manquent de piétons, les Montréalais ayant comme fui leur île et le reste du Québec refusant d’emprunter les ponts qui les mèneraient vers l’épicentre bien identifié de la pandémie québécoise.

Plusieurs régions semblent chouchoutées par les Québécois et des régions comme le Centre-du-Québec ou la Mauricie, cette «Belle d’à côté», avec sa nature explosive, à moins d’un plein d’essence (aller-retour) des grands centres urbains du Québec, n’échappent pas à cette vogue… malotrus en moins.

Mais ce sont des fréquentations furtives, le temps de quelques moments de vacances.

Il y a en Mauricie, en particulier à Trois-Rivières, une autre invasion montréalaise, qui elle sera beaucoup plus conséquente. Elle nous a été rapportée par le courtier immobilier Royal LePage.

Depuis le déconfinement, qui a libéré les Québécois, même si c’est masqués, de leur éprouvante assignation à domicile, Royal LePage a vu exploser les demandes de propriétés venant de résidents de la grande région montréalaise.

Avec 40 pour cent des chercheurs de propriétés provenant de la région de Montréal qui ont consulté le courtier, on peut en effet parler «d’engouement» de leur part pour Trois-Rivières.

Bien sûr, il s’agit principalement de gens qui ont accédé à la retraite ou sur le point d’y arriver.

Ce n’est pas un phénomène nouveau.

Quand on compare le prix des maisons, on peut comprendre l’avantage économique d’un tel choix. Le prix médian d’une maison de plain-pied à Trois-Rivières approche, ou aurait même atteint, les 200 000 $ alors qu’il dépasse les 350 000 $ dans la région métropolitaine.

Chaque année, au moment de l’adoption de leurs prévisions budgétaires, les maires de la région s’évertuent à expliquer leurs taux de taxation plus élevés de cette énorme différence de la valeur foncière résidentielle imposable.

Cette différence est cependant très avantageuse pour quelqu’un qui vend sa propriété montréalaise pour s’en racheter une à Trois-Rivières. On parle d’écart positif facile de 150 000 $ et souvent, de bien davantage. Les revenus obtenus de la vente d’une propriété résidentielle n’étant pas imposables, la «différence» trifluvienne génère un joli pactole qui peut apporter ou ajouter une belle aisance financière pour la retraite.

Depuis plusieurs années, on pouvait observer cette tendance, qui est loin d’être mauvaise pour l’économie locale et régionale, car beaucoup de retraités d’aujourd’hui jouissent d’une raisonnable liberté financière.

Le confinement en aurait fait réfléchir davantage et accentué fortement ce mouvement en faveur de la région.

On pense bien sûr qu’il doit s’agir de gens qui, issus de la région ou qui y ont déjà travaillé un certain nombre d’années, veulent y revenir pour y écouler leurs vieux jours. C’est sûr. Mais c’est beaucoup plus large que ça.

Il y a le profit qu’on peut réaliser, mais il y a aussi un coût de la vie qui est beaucoup plus acceptable et, surtout, une douceur et une facilité de vivre qui ne se comparent pas.

Venir vivre à Trois-Rivières, c’est s’installer dans l’une des dix plus grandes villes du Québec, avec une université, deux collèges, des services de santé complets, un environnement exceptionnel (fleuve, rivière, nature) et une vie sociale, culturelle et récréative relevée.

D’ailleurs, les grands événements qui ponctuent depuis des années l’été trifluvien, avec l’ajout du Cirque du Soleil, ont fait découvrir à des dizaines de milliers de voisins cette qualité de vivre. Sans oublier les vues aériennes du spectacle de la fête nationale.

La lourdeur de l’atmosphère pandémique telle qu’elle a été vécue dans la région de Montréal et l’établissement durable du télétravail sont certes des facteurs qui comptent pour beaucoup dans la décision de venir s’installer dans la région. L’expérience que beaucoup ont eue en venant à un moment ou l’autre à Trois-Rivières a aussi assurément donné le goût d’y venir vivre.

Cela va raffermir une croissance de la population qui est nécessaire pour maintenir des services, une vie sociale et une offre récréative intéressantes. S’il y a une poussée de la demande de propriétés, cela va aussi stabiliser et même souffler un peu par le haut leur prix, ce qui est une bonne chose pour les Trifluviens qui veulent aussi changer leur univers résidentiel, souvent des retraités aussi, en empochant au passage un petit profit.

Tout cela est excellent, mais ce qui viendrait vraiment consolider la qualité du milieu de vie, c’est que la relève, dans la force de travail, se fortifie.

S’il y a eu croissance démographique ces dernières années, on a aussi observé dans le flux migratoire interrégional que Trois-Rivières et la Mauricie gagnaient en âge, mais étaient perdantes dans la catégorie des jeunes travailleurs. Bref, on en perdait plus qu’on en recrutait d’ailleurs.

Cela s’explique par le volume des emplois offerts, leur niveau de rémunération et les perspectives d’avancement et de carrière qui apparaissent plus élevés à Québec, mais surtout à Montréal.

Le télétravail pourrait bien changer la donne. Peut-être qu’un train à grande vitesse accélérerait ce processus. Mais le train, c’est un autre débat.

Coup de cœur: Tant mieux si on améliore la sécurité des cyclistes sur la 138 entre Baie-Jolie et Pointe-du-Lac et qu’on apaise la nervosité des automobilistes, qui redoutaient toujours d’en renverser un.

Coup de griffe: Épargnés de la COVID, les Latuquois, ces «Gaulois du nord» comme les a appelés le Dr Arruda, n’ont pas attendu la saison de chasse pour que le maire et sa députée provinciale décident de se tirer dessus. Enfin de l’action!