François-Philippe Champagne.

La région a gagné en influence politique

CHRONIQUE/ On ne devrait pas trop s’inquiéter du caractère minoritaire du nouveau gouvernement fédéral.

On est beaucoup plus habitué à cette forme de gouvernement qu’on ne se l’imagine puisqu’à l’issue des vingt dernières élections générales au Canada, les électeurs ont envoyé à Ottawa pas moins de dix gouvernements minoritaires, soit un sur deux.

D’ailleurs, au cours d’une conversation téléphonique cette semaine avec l’ex-premier ministre Jean Chrétien, ce dernier se réjouissait bien sûr de la réélection des libéraux à laquelle il a contribué, puisqu’il s’était autorisé quelques sorties publiques partisanes. Mais en même temps, il disait envier Justin Trudeau parce qu’il n’avait pas eu comme lui et son père avant lui, la «chance» de diriger un gouvernement minoritaire.

Les trois élections générales durant lesquelles Jean Chrétien était à la tête du Parti libéral ont toutes livré un gouvernement majoritaire et même, plutôt fortement majoritaire. Or, avec toutes les stratégies et tous les jeux de coulisse, concessions, ruses, calculs fins ou mesquins qu’implique un gouvernement minoritaire, on peut effectivement penser qu’un homme comme Jean Chrétien aurait été comme un poisson dans l’eau. Il aurait trippé fort.

Comme citoyens, on devrait donc survivre.

On doit par contre se poser la question si la région pourra s’en tirer mieux ou pis avec la confection du nouveau gouvernement et la députation qu’elle a choisie pour la représenter à Ottawa.

À première vue, c’est pas évident. Avec un seul député libéral et trois députés bloquistes, un énorme doute vient tout naturellement à l’esprit.

La région détient pourtant de bien meilleures cartes politiques qu’il n’y paraît.

D’abord, il n’y a peut-être toujours qu’un seul député libéral dans la région avec François-Philippe Champagne, mais on ne peut même pas douter qu’il va accroître sa stature politique, qui était déjà très costaude.

Dans le Québec des régions, il a été le seul libéral réélu avec Diane Lebouthillier, députée de Gaspésie-Les-Îles-de-la-Madeleine. Il sera donc très précieux pour le Parti libéral. Il est clair qu’on va lui confier de grandes responsabilités ministérielles, lui qui est déjà perçu comme le véritable lieutenant de Justin Trudeau au Québec et sa meilleure tête d’affiche.

Mais, comme l’a relevé à juste titre mon confrère à l’éditorial Martin Francoeur, selon toute vraisemblance, Steven Guilbault devrait aussi accéder au cabinet et, on s’en doute, vraisemblablement à l’Environnement, le ministère le plus sensible en ce moment et à la mode.

Comme il est originaire de La Tuque, l’ancien patron fondateur d’Équiterre devrait tout naturellement soutenir et même défendre les dossiers émergeant de sa Mauricie natale.

La région, comme en a déduit mon confrère, pourrait bien compter sur deux ministres influents pour défendre ses intérêts.

Ça ne s’arrête pas là. On sait que le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, habite Shawinigan et que sa conjointe, Nancy Déziel est conseillère municipale et fortement impliquée dans son milieu. Il ne voudra pas lui faire de la peine.

Le chef bloquiste connaît bien sa région d’adoption, ses besoins, ses attentes et ses espoirs.

On ne peut douter qu’il constituera à Ottawa un solide appui dans tous les dossiers de la région qui réclameront une décision favorable ou une aide du gouvernement fédéral.

Ce n’est certainement pas dans sa députation régionale qu’on pourrait émettre des réserves, car celle-ci compte le doyen des parlementaires à la Chambre des communes, Louis Plamondon et un homme fort dans le Bloc, Yves Perron, nouveau député de Berthier-Maskinongé, mais aussi président du Bloc québécois dont il a été un artisan de le «refondation» du parti.

Ce dernier a certes un large territoire à représenter, mais plus de la moitié de sa circonscription et de ses électeurs est située en Mauricie.

Parmi tous les dossiers régionaux qui dépendent d’Ottawa, il y en a au moins un qui pourrait être enfin servi par la nouvelle influence et contexte politiques dont devrait jouir la région: le train à grande fréquence.

L’étude de 71 millions $ pour l’élaboration du futur réseau Québec-Trois-Rivières-Montréal devrait aboutir en cours de mandat et forcer le gouvernement à prendre une décision.

La position en faveur du projet de François-Philippe Champagne a toujours été sans ambiguïté et, même s’il a été moins affirmatif dans les derniers jours de la campagne, son chef Justin Trudeau s’est prononcé à quelques reprises en faveur du projet.

Avec trois députés dans la région et un chef qui habite la Mauricie, il y a du monde au Bloc québécois qui peuvent dire «la Mauricie, c’est nous» et qui vont en faire la preuve chaque fois qu’ils le pourront en réclamant la réalisation du projet et en l’appuyant si le gouvernement libéral veut aller de l’avant avec le TGF.

Bien sûr, l’ex-député néodémocrate de Trois-Rivières, Robert Aubin, ne sera plus là pour se lever chaque semaine, en Chambre, pour réclamer son train.

Mais le chef du NPD, Jagmeet Singh sera mal avisé de ne pas soutenir le projet. D’abord, parce qu’il était en parfait accord là-dessus avec Robert Aubin. Aussi, il ne peut perdre de vue que s’il veut à la prochaine élection refaire des gains au Québec, la région avait été un terrain fertile pour son parti.

Quant au Parti conservateur, Yves Lévesque a déjà fait savoir que si les prochaines élections étaient déclenchées d’ici deux ans, il serait de nouveau candidat dans Trois-Rivières.

Il a été un ardent défenseur du TGF et, venu l’appuyer dans Trois-Rivières, son chef Andrew Scheer s’est prononcé sans retenue en faveur du projet, affirmant que c’était un dossier qui «traîne depuis trop longtemps».

Puisque tout le monde s’est mouillé en faveur du TGF, qu’il est de l’intérêt politique de tous les partis d’aller de l’avant avec le projet et que la région a des ténors politiques de son bord, alors, all aboard.

Coup de cœur: À Shawinigan, longtemps reconnue comme la «Ville de l’électricité», pour être la première dans la région à avoir été dotée d’une superstation publique de recharge rapide pour véhicules électriques.

Coup de griffe: Ce serait peut-être s’autoflageller un peu trop fort, mais ça accélérerait sûrement les choses si on boycottait la SAQ tant et aussi longtemps qu’elle ne reprendra pas ses bouteilles vides.