Petits et grands pourront s'amuser dans l'un des 25 manèges installés par Beauce Carnaval sur le site de la 109e Exposition agricole de Trois-Rivières.

La magie de l'Expo fait son oeuvre

Ouf! Il arrive qu'on l'échappe belle.
En petite tournée des manèges du village forain de l'Expo de Trois-Rivières en compagnie du maire Yves Lévesque, je voyais bien que plus on avançait, plus son excitation était grandissante. On connaît l'homme et son goût de tout essayer, surtout si ça comporte des risques. Une façon sans doute de façonner son image d'homme public intrépide et audacieux, qui n'a pas froid aux yeux.
Tout restait quand même paisible jusqu'à ce qu'il me propose, avec insistance, de monter avec lui dans le Super Shot. L'idée de me faire propulser haut dans les airs, à ses côtés en plus, était loin de me séduire. D'autant qu'on ne sait jamais, dans les hauteurs, un accident peut si vite arriver. D'un autre côté, refuser de relever le défi, ça pouvait être interprété comme une faiblesse, un manque de courage. Pour un journaliste, faire «chicken» face à un politicien, c'est jamais une bonne idée.
Mais par le plus heureux des hasards, il s'est trouvé que le Super Shot était le seul manège qui n'avait pas encore été mis en marche. Et comme notre marche ne s'est pas rendue jusqu'au pavillon de l'agriculture, les coqs n'ont pas eu à rivaliser avec qui que ce soit d'autre qu'eux-mêmes, déjà engagés qu'ils étaient, crêtes dressées, dans un puissant concours de cocoricos pour désigner un maître des cages.
L'Expo de Trois-Rivières a pris son envol jeudi sur le coup de midi pour une 109e fois, ce qui en fait, et de loin, l'événement annuel le plus ancien à Trois-Rivières. Cela témoigne d'une popularité qui ne se dément pas à travers le temps.
Certes, il y a eu des périodes plus incertaines et même de déclin inquiétant de fréquentation, comme au début des années 2000, mais les choses se sont grandement replacées depuis quelques années. Il faut dire que la Ville de Trois-Rivières, après avoir boudé l'Expo, apporte depuis un soutien financier qui lui permet de respirer. La subvention municipale atteint cette année 100 000 $ et sera majorée à 110 000 $ en 2015.
Cette aide se justifie compte tenu de l'attrait touristique qu'exerce l'Expo de Trois-Rivières qui génère, durant ses dix jours, plus de visiteurs venant de l'extérieur que beaucoup d'autres événements estivaux. La contribution de la Ville fait aussi en sorte que l'accès à l'Expo de Trois-Rivières, à ses manèges, ses pavillons, ses spectacles, est extrêmement bas. La passe d'entrée est de 15 $ pour toute la journée.
Paule Vallée, de Beauce Carnaval, la compagnie foraine qui y installe ses manèges depuis une quarantaine d'années, raconte que c'est un prix exceptionnel. Partout ailleurs, dans les autres expositions comparables à celle de Trois-Rivières, le prix du billet d'entrée est beaucoup plus élevé et il faut en plus payer pour accéder aux manèges et à différents spectacles.
Ce qui fait de l'Expo de Trois-Rivières l'une des plus grouillantes du Québec. C'est vrai pour la partie foraine, mais elle occupe aussi une place grandissante en importance et prestige dans les jugements d'animaux, selon le constat qu'en a fait le directeur régional du MAPAQ, Norman Houle.
Pourtant, on ne peut pas dire qu'il se fait beaucoup d'agriculture et d'élevage dans les limites de la ville de Trois-Rivières. Mais elle est au coeur de deux régions, la Mauricie et le Centre-du-Québec, riches en agriculteurs de haut niveau, qu'on appelle maintenant des «gestionnaires d'entreprise agricole», ce qui correspond mieux à leur réalité d'aujourd'hui. On est loin du cultivateur d'autrefois et davantage encore de «l'habitant», comme on les a déjà désignés.
En dehors de toutes ces considérations, il reste que la magie de l'Expo opère toujours et qu'il est impossible pour quelque adulte que ce soit, de ne pas voir ressurgir son coeur d'enfant. Alors imaginez ce que ça doit être pour tous ces jeunes qui viennent caresser la croupe d'un cheval, entendre bêler des moutons, s'époumoner des coqs ou monter sur le dos d'un cheval miniature. Mais aussi se griser dans ces manèges qui partent en tous sens.
Il n'était pas midi que déjà des files d'ados impatients étaient formées aux abords des manèges. Puis midi a sonné, le soleil est venu faire un clin d'oeil, la place s'est faite envahir par les enfants des camps de jour de Trois-Rivières.
En un éclair, tout le village forain a brillé de mille feux multicolores, des musiques fusaient de partout, les harangueurs des jeux de hasard s'éclaircissaient la voix à tue-tête, les premiers roll-dogs étaient servis, des barbes à papa s'enroulaient et l'odeur d'oignons frits sur les plaques brûlantes chatouillaient les narines de tout le monde. La magie de l'Expo faisait oeuvre, une fois de plus.