Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste
Jean-Marc Beaudoin
Si les coups d’Yves-François Blanchet étaient droits et francs, ce n’est pas le cas de celui qui lui a été asséné cette semaine, sans jeux de mots, en bas de la ceinture et qui lui a, au moins momentanément, coupé la parole.
Si les coups d’Yves-François Blanchet étaient droits et francs, ce n’est pas le cas de celui qui lui a été asséné cette semaine, sans jeux de mots, en bas de la ceinture et qui lui a, au moins momentanément, coupé la parole.

La justice se porte mieux sans masque

CHRONIQUE / Depuis son arrivée à la tête du Bloc québécois, Yves-François Blanchet s’est révélé d’une redoutable efficacité, tant comme parlementaire que chef de parti.

Les coups qu’il porte à ses adversaires politiques sont toujours incisifs mais précis, bien placés et plus souvent qu’autrement déstabilisants pour ceux à qui ils sont destinés.

À chacune de ses attaques, Yves-François Blanchet apparaissait comme un roc inébranlable et on ne voyait pas quel adversaire pourrait rivaliser avec lui.

On ne s’étonnera pas qu’après avoir ramené le Bloc québécois au rang de parti officiellement reconnu à la Chambre des communes, les sondages plaçaient toujours le parti et son chef en excellente position dans le Québec francophone, advenant la tenue d’élections générales.

Ce n’est pas Justin Trudeau qui aurait pu l’intimider, pas davantage le chef néo-démocrate Jagmeet Singh, empêtré dans une histoire de racisme, pas plus que du côté du Parti conservateur ou du Parti vert, tous deux à la conquête d’un nouveau chef.

Si les coups d’Yves-François Blanchet étaient droits et francs, ce n’est pas le cas de celui qui lui a été asséné cette semaine, sans jeux de mots, en bas de la ceinture et qui lui a, au moins momentanément, coupé la parole.

L’assaut n’est pas venu du monde politique, du moins on l’espère, mais d’une femme qui, réfugiée dans un anonymat douteux, l’a accusé d’une inconduite sexuelle survenue il y a 21 ans, dans les toilettes d’un bar clandestin, fréquenté par des Hells Angels full patchs, alors qu’il était en compagnie d’Éric Lapointe, dont il était l’imprésario.

Le récit de cette inconnue, rapporté dans le site de dénonciations «Hyènes en jupon», sur Facebook, est carrément rocambolesque et, sur certains aspects, plus ou moins incongru. On peut penser qu’à moins que la personne n’y ajoute des détails et des explications, certains passages auraient mal résisté à un contre-interrogatoire serré, devant un tribunal.

En se contentant de répliquer, après avoir nié fermement les faits, en suggérant à la présumée victime d’inscrire sa cause en justice, Yves-François Blanchet a ainsi voulu faire comprendre qu’en procès, il serait innocenté.

Il s’est depuis replié dans un silence qui ne lui convient pas et, à l’exception du député Louis Plamondon qui a exprimé sa pleine confiance dans son chef, le caucus bloquiste a été plutôt mou, avec un «pas de commentaires… pour l’instant.»

Le chef et son parti se retrouvent donc muselés par une obscure plaignante, ce qu’aucun adversaire politique n’était parvenu à réussir jusqu’à présent.

Tout le monde s’entend que les agresseurs sexuels doivent être dénoncés ainsi que les comportements qui conduisent à des abus de pouvoir ou d’autorité où la faveur sexuelle s’inscrit en filigrane. Ce sont avant tout les femmes qui en sont les victimes et on assiste depuis quelques années à un vaste mouvement de dénonciations à l’échelle du monde .

On doit cependant regretter que celles-ci, pour une grande majorité, ne suivent pas un processus judiciaire. Il devient autrement difficile de parfois juger du fondement de certaines plaintes. Comment disséquer le vrai du faux? Car si on peut penser que dans la majorité des allégations qui sont faites il y a matière à plainte, il se glisse aussi bon nombre de fausses accusations.

On peut avoir toutes sortes de raisons de ne pas se rendre en justice. Le fardeau de la preuve qui incombe à la plaignante est lourd et peut même être hasardeux. Un procès, c’est une épreuve, pour toutes les parties. Mais en dépit d’imperfections, il n’y a pas de société démocratique réelle s’il elle ne repose pas sur une société de droit.

Si, dans certains cas, on n’y a pas recours, c’est peut-être parce que le tribunal populaire est d’une extrême efficacité car celui-ci ne s’embarrasse pas, dans les cas de nature sexuelle, de la nécessité d’une preuve irréfutable. On passe directement d’accusé à coupable et la sentence, quand des réputations et des carrières sont ruinées, même si c’est injustement, est amplement satisfaisante pour les dénonciateurs ou dénonciatrices.

Il est vrai que ce sont des chefs d’accusation qui peuvent être difficiles à démontrer, car il y a rarement de témoins. Avec parole contre parole, le doute est toujours permis.

On peut à la limite comprendre qu’à défaut d’accepter de s’en remettre au système judiciaire, on préfère souvent aller sur la place publique pour étaler ses accusations. C’est très expéditif.

Mais au moins, qu’on le fasse à visage découvert. On peut ainsi apprécier la crédibilité des gens mis en cause, selon bien sûr les perceptions qu’on en a.

Les accusations anonymes, par contre, sont difficilement acceptables. Les tolérer, c’est ouvrir la voie toute grande aux esprits les plus tordus, capables de fabriquer les plus odieux mensonges, par intérêt, par vengeance, pour nuire et parfois même par simple plaisir sinistre. C’est glorifier les porteurs de ragots. Personne n’est alors à l’abri de leurs malversations.

Il faudra voir comment les choses vont évoluer pour Yves-François Blanchet.

Sur le plan politique, mais pas seulement politique, l’expérience récente nous apprend plutôt que, dénoncé à visage découvert ou pas et même, peu en importe l’issue, qu’il y ait eu enquête policière ou procès, on ne se remet pas de telles allégations.

Les prétentions d’Alice Paquet, une jeune femme de Québec, ont eu beau avoir été démolies par l’enquête policière, cela a mis fin à la carrière du député libéral Gerry Sklavounos.

Tout comme celle de Pierre Paradis, ancien président de l’Assemblée nationale, accusé lui aussi faussement d’agression sexuelle.

Même acquitté, la partie est jouée. On l’a vu avec l’animateur vedette du réseau CBC, Jian Ghomeshi, libéré sur le banc, parce que victime de flagrants témoignages fallacieux. Il n’a pas pour autant retrouvé son micro.

Alors, bonne chance, monsieur Blanchet.

Coup de cœur : Bonnes vacances de la construction… sans diffuser ou rapporter la COVID.

Coup de griffe : Une amende, mais aussi un bon coup de pied au c… c’est bien là, aux mal-léchés qui engueulent nos employés municipaux.