Maxime Bernier

La journée de gloire de Mad Max?

Pour plusieurs d'entre vous, je vais vous en apprendre une bien bonne.
Dans seulement quelques heures, le Parti conservateur du Canada aura un nouveau chef.
Ce n'est pas un scoop, mais presque, tant la course au leadership conservateur, dont le choix du nouveau chef sera dévoilé samedi à Toronto, s'est déroulée, au moins au Québec, dans une indifférence presque totale. 
Pourtant, la course est engagée depuis plus d'un an et il n'y a pas moins de 13 candidats à la succession de Stephen Harper. 
Il est vrai que les grandes vedettes du parti, du moins pour ce qui en restait des rescapés de la dernière élection générale, ont tous choisi de prendre la voie d'évitement. Ce qui a laissé l'impression que les militants tories en étaient finalement réduits à devoir se choisir un chef dans l'équipe B du parti.
Dans les bulletins de nouvelles, on a à peine eu droit à quelques rappels de la fin de la course conservatrice, toujours en fin de bulletin. C'est dire.
Pourtant, l'un des grands favoris pour remporter cette bataille n'est nul autre que Maxime Bernier, un Québécois. 
On élimine bien sûr l'autre Québécois qui aspire à devenir chef du parti, Steven Blainey. Aucun sondage au sein des partisans conservateurs ne l'a désigné comme ayant quelques chances de succès. 
Il n'est pas impensable que si c'était son voisin de circonscription qui était élu chef conservateur, Blainey préférera tirer sa référence. Ce n'est pas une suggestion qu'on lui fait, mais il se raconte qu'il pourrait alors reluquer à l'automne la mairie de Lévis. On verra.
Il reste que c'est une grande surprise de découvrir que le député de Beauce puisse être devenu l'un des grands favoris chez les militants du PC. 
Au Québec, où le Parti conservateur recueille en ce moment un niveau d'intentions de vote qui se compare à celui du Parti vert du Canada, soit même pas 10 % de la faveur populaire, il est difficile d'imaginer que Maxime Bernier puisse jouir d'une popularité conservatrice pancanadienne. On en est éberlué. 
Depuis son histoire de documents top secret négligemment oubliés chez son ancienne blonde, Julie Couillard, amie de motards criminalisés, Bernier a fait les gorges chaudes des caricaturistes. Il y est toujours présenté comme un parfait innocent, qui oublie tout, qui ne comprend rien, un espèce de grand tata qui distribue des Jos Louis. 
À la longue, ça laisse des traces dans l'opinion publique et ce n'est pas sa représentation en Mad Max autoproclamé qui a pu relancer ses affaires québécoises. En fait, Mad Max, c'était pour les anglos du reste du Canada, pour faire viril à leurs yeux parce que son prénom de Maxime, ça fait un peu féminin en anglais. 
Ses réflexions libertariennes qui le définissent comme à droite de la droite l'auraient rendu très populaire dans l'Ouest, là où le PC possède ses plus profondes racines. Bernier, qui aime bien se décrire lui-même, se présente d'ailleurs comme «l'Albertain du Québec». Un argument de séduction pour le Québec? Hum...
N'empêche que Kevin O'Leary, un unilingue anglophone têtu, un clone de Trump (à moins qu'il faille dire clown), qui s'était rapidement, à coups de gueule, hissé au premier rang dans la course conservatrice, s'est désisté en faveur de Maxime Bernier, parce qu'à son avis, il était le meilleur pour rivaliser au Québec avec Justin Trudeau. 
À chacun ses analyses. N'empêche que Maxime Bernier est effectivement premier dans les sondages et celui qui a profité du plus grand nombre de donateurs à sa caisse électorale et récolté aussi, et de loin, le plus d'argent au total.
On ne sent quand même pas de vague se former au Québec et pas davantage dans la région. Bernier s'est arrêté ici une fois quand Marie-Claude Godue, candidate pour le PC à trois reprises dans Berthier-Maskinongé, a confirmé son entrée à plein temps dans sa campagne au leadership. 
Le vote des militants conservateurs de la région est quand même resté discret. Il faut dire que depuis 1993, soit depuis la fin de l'époque Mulroney, malgré quelques sursauts à l'occasion, les conservateurs n'ont jamais même failli remporter une circonscription en Mauricie. Malgré un gros effort la dernière fois avec Dominic Therrien dans Trois-Rivières, le vote bleu n'a même pas atteint les 20 %. 
Même en montant sur le toit de la Place Royale équipé de fortes lunettes d'approche, on n'apercevrait pas de terres conservatrices. La circonscription conservatrice la plus proche est celle de Richmond-Arthabaska, à la hauteur de Victoriaville. 
Il y a bien eu à travers le Québec une remontée du membership conservateur, que certains ont attribué à l'intérêt qui se manifeste pour Maxime Bernier. Il est vrai que selon un sondage récent, il pourrait faire doubler le vote conservateur au Québec. Mais d'autres affirment que beaucoup de ces nouveaux venus au PC ont pris leur carte de membre afin de pouvoir voter contre Bernier parce qu'il promet d'abolir, s'il accédait au pouvoir, le système protectionniste de la gestion de l'offre. Au Québec, c'est un blasphème.
Ce qui est intéressant dans le vote pour le nouveau chef conservateur, c'est que tous les comtés auront un poids égal en raison d'un système de pondération des votes exprimés. Avec 78 comtés, le Québec sera plus pesant que l'Alberta. 
Les militants conservateurs doivent inscrire leur premier choix, mais aussi leur second choix et ainsi de suite.
Le vote a surtout été fait par la poste. Il est donc déjà rendu à Toronto, prêt à être dépouillé.
Bernier a ses chances. Mais aussi Erin O'Toole, un Ontarien qu'appuie Gérard Deltell et Andrew Scheer, de Régina, soutenu par Alain Rayes. Tout un suspense...  
Coup de coeur
Un sinistre restera toujours un sinistre. Mais on dirait que c'est plus sinistre encore quand les victimes sont parmi les plus démunis de notre société, comme avec cet incendie au Centre Le Havre.
Coup de griffe
J'imagine que les Américains sont impressionnés par la grande classe internationale de leur président.