Jean-Martin Aussant

La fin de tous les exils péquistes?

C’est, assurément sans le faire exprès, Noëlla Champagne qui a probablement eu la remarque la plus suave à l’endroit de Jean-Martin Aussant et de sa réintégration au Parti québécois.

L’ex-députée de Champlain et probable prochaine candidate du parti dans cette circonscription, commentait: «Comme on dit parfois, vaut mieux avoir la personne à côté de toi que de l’avoir dans le dos…» Elle n’aurait évidemment pas ajouté : «armée d’un couteau»», mais sur le moment, on aurait pu le craindre.

Il est en effet difficile de ne pas concevoir Jean-Martin Aussant comme un autre potentiel chef messianique du Parti québécois qui s’est mis en réserve de la république. De là à déduire que ce ne sera qu’une question de temps avant qu’il aspire à remplacer Jean-François Lisée ou à défaut d’y parvenir, à claquer les talons, il n’y a qu’un petit pas que beaucoup ont déjà franchi.

C’est sa carrière en coups de vent, parsemée d’infidélités politiques, qui autorise à le percevoir comme un homme déterminé certes, souverainement convaincu, mais aussi à la loyauté plus qu’incertaine, si on ne fait pas les choses comme il l’entend.

Il suffirait peut-être d’aller cueillir les commentaires de l’ex-première ministre Pauline Marois pour s’en convaincre et d’obtenir d’elle quelques conseils qu’elle pourrait prodiguer à Jean-François Lisée.

Il faut dire qu’il y a peu d’hommes ou de femmes qui aient obtenu tant d’importance en politique, du moins dans le camp souverainiste, avec un capital électoral aussi modeste.

Jean-Martin Aussant a été élu dans Nicolet-Bécancour par une très courte majorité de même pas 200 voix à l’élection de 2008. Il quitta le Parti québécois en juin 2011 pour fonder l’Option nationale qui n’obtint même pas deux pour cent des votes à l’élection de 2012, parti qu’il abandonna en 2013.

Comme instabilité politique, c’est dur à battre. On aurait cru qu’après sa grande tournée d’assemblées de cuisine aux côtés de Gabriel Nadeau-Dubois, et la fusion d’Option nationale avec Québec solidaire, Aussant, devenu apatride politique, aurait mis fin à ses exils en joignant à ce qui semblait être devenue sa vraie famille politique naturelle, Québec solidaire. On y est socialement très à gauche et fortement souverainiste.

Avec son Option nationale, il allait même plus loin que GND en proposant la gratuité scolaire de la maternelle jusqu’à l’université. Au fait, l’ON promettait aussi la construction d’un monorail entre Québec et Montréal. Un rappel qui sera peut-être doux à l’oreille du premier ministre Philippe Couillard. Là-dessus, on n’a pas à s’inquiéter. Ce ne sera quand même pas Couillard-Aussant, même combat.

Le retour au bercail péquiste de Jean-Martin Aussant ne videra pas les rangs des solidaristes, pas plus qu’il permettra de donner le coup de grâce à la Coalition Avenir Québec qui flotte présentement dans les sondages. Par contre, le grignotage d’appuis dans ces deux formations politiques aidera à au moins freiner l’érosion du vote péquiste qui est observée d’une élection à l’autre.

Aussant pourra servir de caution aux «exilés» du PQ, en raison du projet de référendum mis en berne pour cause d’électoralisme, qui éprouveraient un petit remords ou une légère tentation de remettre ça, une ultime fois.

C’est qu’Aussant, ce fils spirituel de Jacques Parizeau, désigné comme tel par Monsieur lui-même, a toujours été perçu par les purs et durs de la mouvance souverainiste comme un idéal politique. Il apportera donc à cet égard une caution morale au Parti québécois.

En même temps, cette frange d’ardents souverainistes a toujours voulu le voir comme le chef par excellence du PQ.

Son retour risque de réactiver bien du grenouillage au sein de la formation. Lisée se rendra en claudiquant jusqu’aux élections d’octobre.

Il a nommé comme co-cheffe Véronique Hivon, qui a déjà aspiré à devenir chef. On peut penser qu’avec Aussant comme grand conseiller, il y a aura comme une neutralisation entre eux des prétendants à son trône.

Mais voilà que Pierre Karl Péladeau a pris prétexte hier d’une contestation du prêt gouvernemental accordé au Groupe Capitales Médias pour laisser savoir que lui aussi était en grande réflexion en vue d’un retour plus que possible au Parti québécois dont il a été le chef…

Le PQ ne manquera pas de têtes à couronner.

Est-ce que cela sera suffisant pour réinstaller le Parti québécois au rang de première opposition réelle et de principal aspirant à former le prochain gouvernement dans l’opinion publique? On peut en douter.

Durant sa brève présence comme chef, PKP n’avait pas fait décoller en faveur du PQ l’aiguille des sondeurs et Aussant, bien que rassurant pour les souverainistes pressés, ne peut pas vraiment prétendre pouvoir interférer dans l’esprit des caquistes, qui sont ailleurs, vers la droite, dans le spectre politique.

Le retour de l’enfant prodigue ou prodige, c’est selon, a sans aucun doute fait le bonheur d’une grande partie de la famille péquiste. Cela a contribué à rediriger les phares médiatiques sur le parti.

Mais les plus soulagés de ce détournement d’attention étaient peut-être les libéraux, en particulier un certain ministre Gaétan Barrette dont on a signé cette semaine à deux mains plutôt qu’une la pétition qui réclame à Philippe Couillard sa destitution.

Coup de griffe: Il n’y a pas que le décalage horaire qui pourrait expliquer l’esprit d’Halloween qui a marqué la visite en Inde de Justin Trudeau. Avec tous ses déguisements, c’est à se demander s’il n’a pas devancé en pratique sa législation sur le pot.

Coup de griffe: Dans sa pensée géniale, pour diminuer les étudiants tués dans les écoles et collèges américains, Donald Trump a suggéré d’armer les enseignants. Pour diminuer les tués accidentels, il pourrait désarmer les policiers américains qui font un millier de victimes chaque année.