Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste
Jean-Marc Beaudoin
La nouvelle cheffe du Parti libéral du Québec Dominique Anglade.
La nouvelle cheffe du Parti libéral du Québec Dominique Anglade.

La COVID et ses faveurs politiques

CHRONIQUE / Une première femme portée à la tête du Parti libéral du Québec sans ostentation. Une campagne à la direction du Parti conservateur à Ottawa relancée dans la quasi-indifférence générale. Et une pause qui risque de devenir sans échéance de la lutte à la direction du Parti québécois.

On a dit de la COVID-19 qu’elle ne tue pas seulement des humains, mais aussi la démocratie. Un mode politique qui semble lui aussi avoir été confiné et qui est même apparu par moment inadapté, pour ne pas dire désuet.

Faute d’adversaire après l’abandon pour impuissance à susciter de l’intérêt public de la part d’Alexandre Cusson, l’ex-maire de Drummondville, relégué dans un quasi-anonymat, Dominique Anglade s’est retrouvée seule candidate à la succession de Philippe Couillard.

Genre une poignée de main et quelques bravos à l’interne, et c’est sans plus de cérémonie que Mme Anglade s’est présentée dans les heures suivantes à l’Assemblée nationale comme cheffe du parti. Un couronnement sans éclat. Rien pour redonner un élan, ou un simple goût à la saveur libérale à Québec, alors que l’arrivée d’une première femme à la tête du parti aurait dû prendre des allures de moment historique.

Probablement éberlués par la montée en apparente popularité du premier ministre libéral Justin Trudeau, les conservateurs ont dû juger urgent de redémarrer la campagne pour désigner leur nouveau chef.

Cela n’a pas suscité de commotion d’une mare à l’autre, l’intérêt coast to coast ayant continué d’être clivé sur le grand argentier fédéral, et sur l’énigme de vers qui ira la prochaine manne quotidienne qu’il distribue au pied des marches de son balcon.

Le seul intérêt qu’on pourrait y avoir dans la région, c’est que la popularité d’Erin O’Toole aurait peut-être atteint ou dépassé celle de Peter MacKay, perçu jusque-là comme seul dans la course.

Il est vrai qu’O’Toole a profité depuis de l’appui officiel de l’ex-maire et ex-candidat du PCC dans Trois Rivières, Yves Lévesque. Mais est-ce vraiment ce qui l’a propulsé dans le cœur des conservateurs? On peut aussi penser qu’avec la réflexion forcée qu’a permise la pause-COVID, les conservateurs ont commencé à analyser qu’ils auraient de meilleures chances avec un chef bilingue qui a déjà affiché quelques sensibilités québécoises qu’avec un chef qui au mieux, balbutierait le français.

À l’issue cette semaine du rendez-vous annuel du maire à la Chambre de commerce et d’industries de Trois-Rivières, l’actuel maire Jean Lamarche n’a pas eu droit à la plus ou moins spontanée ovation debout, nourrie de longs et chaleureux applaudissements, mains hautes en l’air, avec quelques petits bravos bien sonores de marketing par-ci par-là, pour conclure sa prestation.

Pour une bonne raison. Confinement oblige, la Chambre a dû substituer à son habituel déjeuner, un Webinaire.

Le déjeuner du maire est toujours l’un des événements qui génèrent parmi les plus grandes participations aux activités de la Chambre.

Outre l’intérêt des membres, il y a toujours une forte représentation d’officiers municipaux, de membres de comités paramunicipaux, surtout quand leur nomination a été un peu politique, et beaucoup de gens qui doivent y être par reconnaissance de quelque chose, ou dans l’espoir de devoir un jour avoir de la reconnaissance à exprimer. Pour beaucoup, il vaut mieux s’y faire voir.

Ça fait donc beaucoup de monde et ça donne de la vigueur aux applaudissements. Avec Yves Lévesque, c’était pensé pour que ça prenne presque des allures d’apothéose.

Jean Lamarche n’en aurait pas obtenu ou mérité moins, bien que sa personnalité soit très différente de celle de son prédécesseur. Il aurait cependant assurément moins cherché à remplir la salle de complices. Même si un an après son élection à la mairie et à un an et demi de la prochaine échéance électorale, il aurait pu avoir intérêt à faire une démonstration de popularité et de force.

Mais avec le Webinaire, c’est plus froid, certes d’intérêt, mais cela prend un caractère plus pédagogique qu’émotif. La saveur politique y est plus que dissipée et l’émotion dure à transparaître.

D’ailleurs, Jean Lamarche a cédé la plus grande partie de l’heure qui lui était accordée à ses principaux directeurs de services qui ont fait un bilan des efforts faits pour aider les Trifluviens depuis la pandémie.

Une approche voulue par le maire pour illustrer l’esprit plus collégial, coopératif et consultatif, moins conflictuel, dont il cherche à imprégner la conduite des affaires municipales à Trois-Rivières et dont il souhaiterait qu’on prenne acte.

La COVID exige beaucoup des dirigeants, mais elle étouffe bien des occasions de mise en valeur.

Ce n’est pas le cas du premier ministre du Québec, François Legault et du premier ministre canadien, Justin Trudeau.

De François Legault, dont le gouvernement jouissait toujours d’une certaine lune de miel, on s’étonnera moins que la pandémie ait permis de pousser sa popularité personnelle à des sommets inimaginables (95 %).

Pas davantage d’ailleurs qu’elle ait à peine décliné malgré les problèmes de Montréal.

La pandémie l’a bien servi.

Que Justin Trudeau l’ait rejoint dans le cœur des Québécois (76 %) est peut-être un peu plus surprenant. Il y a tellement de gens qui expriment des inquiétudes sur sa «générosité» pour le moins pandémique, parce qu’il poussera la dette des Canadiens à mille milliards $.

C’est parce qu’il connaît la recette. On a oublié qu’à l’élection de 2015, la campagne libérale faisait du surplace... jusqu’à ce que Justin Trudeau, chéquier à bout de bras, annonce que le souci presque maladif d’équilibre budgétaire de ses adversaires conservateurs, ce n’était pas son souci. La pandémie lui a apporté l’occasion de ressortir le chéquier et de sortir son gouvernement minoritaire de l’instabilité électorale où il se maintenait.

Même en politique, la COVID en mène large.