On voit bien que le courant «républicain» pur et dur a investi les instances du Bloc québécois et que la majorité militante sera derrière Martine Ouellet, même s’il y a des défections.

La cavalerie bloquiste de l’indépendance

CHRONIQUE / Si le dicton qui dit «parlez-en en bien ou en mal, l’important c’est qu’on en parle» a du sens, le Bloc québécois devrait exploser dans les sondages sur les intentions de vote des Québécois.

En dehors du premier ministre libéral Justin Trudeau qui a autant fait parler, et rire, de lui en raison de son impressionnante garde-robe indienne, on peut dire que le parti souverainiste fédéral, qui voguait dans une certaine indifférence des électeurs, a réussi le tour de force de s’imposer sur la scène médiatique.

On se doute bien cependant qu’il est peu probable que la grande chicane publique qui est à l’origine de l’attention qui lui a été portée le fasse vraiment monter dans le cœur politique des Québécois.

Il faut dire, malgré ce que plusieurs perçoivent comme un «certain vide politique» dans le choix qui s’offre aux Québécois au fédéral, que le Bloc québécois était loin de faire preuve d’opportunisme.

On verra ce que disent les prochains sondages, mais à 11 % selon le dernier Abacus, il ne reste plus grand place par le bas.

C’est probablement là la grande source de division qui a amené sept de ses dix députés à quitter leur caucus et à exiger pour accepter d’y revenir, la démission de la chef Martine Ouellet.

Bien sûr, on invoquera la personnalité abrasive de celle-ci, son ton cassant, ses directives qui prennent des allures de décret, un autoritarisme qui évacue toutes formes de consultation et de collégialité de sa part, pour expliquer le claquage de portes qu’on s’est permis.

Ces traits de caractère ne devaient pourtant pas être inconnus au sein du Bloc québécois, puisqu’ils lui avaient souvent été mis sous le nez, en particulier lors de ses deux luttes à la direction du Parti québécois où on lui avait notamment reproché son incapacité à faire équipe. Elle n’avait d’ailleurs reçu l’appui d’aucun de ses collègues parlementaires. C’est assez éloquent.

Après ses deux échecs péquistes, si on n’a pas cherché chez les députés bloquistes à éteindre ses prétentions à devenir leur chef transparlementaire, c’est… bien sûr que personne ne voulait occuper le job, mais aussi qu’on croyait que Martine Ouellet pourrait peut-être relancer le parti sur le plan électoral.

Un an après son couronnement, une majorité de députés du Bloc a réalisé qu’aux yeux de l’opinion publique, le parti est loin de produire de l’effet. Au contraire, il s’enlise alors qu’il semble y avoir une place à prendre.

On peut par contre se demander si le calcul électoraliste de ce G7 parlementaire correspondait à l’esprit émergeant de la grande base militante du Bloc. Ces militants ne pouvaient ignorer l’ardeur indépendantiste de leur future chef. C’est ce même courant qui avait amené ces mêmes militants à choisir comme chef Mario Beaulieu, comme Martine Ouellet, un genre de chevalier de l’indépendance. Pour éviter l’éradication parlementaire du Bloc à l’élection de 2015, il avait cependant fallu le camoufler et faire parader Gilles Duceppe.

Le souci électoral des députés dissidents ou putchistes, selon les différents points de vue, n’est assurément pas aussi vif dans la base militante active actuelle du Bloc québécois.

Il y a depuis quelques années une grande frustration chez les souverainistes qui ne voient plus l’heure d’arrivée de leur pays. Ils peuvent concéder en rechignant un peu que le Parti québécois, parce que la tenue d’un nouveau référendum passe par une essentielle prise de pouvoir à Québec, dilue sa saveur souverainiste pour ratisser électoralement plus large. Mais avec un Parti québécois qui mijote dans les 20 pour cent, le prochain référendum apparaît aussi loin qu’improbable.

Ça reste dur à avaler pour les plus irréductibles des indépendantistes qui n’ont plus, avec le discours actuel, de quoi faire vibrer leurs émotions de la République du Québec. Le Bloc n’a pas à se préoccuper de prendre le pouvoir. Ça peut faire réducteur, mais on a le goût d’aller se chicaner avec les Anglais. D’au moins se faire plaisir. De se faire un vrai fun indépendantiste et c’est au Bloc que c’est possible d’y arriver.

On voit bien que le courant «républicain» pur et dur a investi les instances du Bloc québécois et que la majorité militante sera derrière Martine Ouellet, même s’il y a des défections.

Si les députés dissidents pouvaient en douter, ils auraient offert leur démission du caucus au congrès national tenu deux semaines plus tôt à Drummondville.

Mais voilà. Non seulement la légitimité de Martine Ouellet n’a pas été remise en cause, mais les militants lui ont accordé les 95 000 $ de salaire annuel qu’elle leur demandait. Autant d’argent de moins à pouvoir investir dans la prochaine campagne électorale. Ils ont aussi chaudement applaudi son discours férocement indépendantiste qui a été conclu par une dénonciation des résistances au changement qu’elle incarne. Mais aussi à cette gifle monumentale administrée aux députés qui refusent de se «soumettre» en leur reprochant de vouloir continuer d’appliquer les mêmes vieilles recettes depuis 25 ans. Exit les boomers, ces souverainistes pépères.

Les futurs démissionnaires n’avaient pas le choix de comprendre que leurs carottes étaient cuites. Et Louis Plamondon, le député de Bécancour-Nicolet-Saurel, de commencer à se dire que s’il aspire à devenir le doyen des doyens de toute l’histoire de la Confédération canadienne, ça ne pourra pas être sous les couleurs bloquistes. Pas avec Martine, l’égérie indépendantiste de l’heure.

Coup de griffe: Donald a bien hâte de narguer son nouvel ami Kim en lui promettant d’organiser un plus beau défilé militaire que le sien. Et Jong-un de lui prouver qu’il se dénucléarise en lui faisant un beau feu d’artifice avec ses missiles. Deux ennemis qui n’ont plus d’amis, ça peut faire des amis.

Coup de cœur: Souhaitons aux lockoutés d’ABI que leur conflit ne s’éternise pas aussi longtemps que celui des employés de Delastek qui vont enfin reprendre progressivement leur boulot, trois ans moins trois semaines après leur entrée en grève, avec un contrat de travail pas encore signé.