Ce contenu vous est offert gratuitement, il ne vous reste plus de contenu à consulter.
Créez votre compte pour consulter 3 contenus gratuits supplémentaires par jour.
Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste
Jean-Marc Beaudoin
Jean-Guy Dubois
Jean-Guy Dubois

Il restera le maire zen de la ZEN

Article réservé aux abonnés
CHRONIQUE / Si sur le plan autant psychologique que sanitaire, il ne fait pas le début d’un doute que la pandémie qui nous terrasse depuis un an est une véritable catastrophe, on va finir par se demander par contre si pour la démographie et l’économie, elle ne s’est pas révélée un grand avantage pour la région.

Après Louiseville, Shawinigan et Trois-Rivières où on a récemment fait état de poussées de construction, d’emballement du marché immobilier, de croissance démographique et de déblocage important d’activités économiques, c’était au tour de Bécancour cette semaine d’étaler un même constat.

L’année pandémique a été traumatisante partout, mais elle semble avoir à certains égards contribué à plutôt bien positionner la région pour les années à venir. «Il y a quelque chose qui se passe», a reconnu Jean-Guy Dubois, le maire de Bécancour, en dressant le bilan de la dernière année dans sa ville. «On est devenu attractif», s’est-il plu à constater, d’autant que l’élan observé en 2020 s’est maintenu et s’est même accentué depuis le début de la présente année.

Même s’il passait en revue les derniers mois, c’était en fait le bilan, principalement de ses deux derniers mandats à la mairie, car il avait déjà auparavant siégé dix-huit ans comme conseiller municipal et maire de la ville, qu’il présentait.

Un bilan qui a été reçu comme un genre de «testament politique», car on le sait, Jean-Guy Dubois a annoncé il y a quelques semaines qu’il ne sollicitera pas un nouveau mandat en novembre. Sa conférence économique annuelle était donc sa dernière.

Comprenons que si la pandémie a pu aider à faire ressortir certains avantages de la région, en particulier sur le plan de la qualité de vie (à Bécancour aussi, on nagerait, selon un sondage, dans le bonheur d’y vivre), les solides avancées économiques qui se manifestent sont essentiellement l’aboutissement des efforts qui ont été consentis depuis plusieurs années.

À Bécancour, outre le parc industriel et portuaire, c’est un grand chantier lancé en 2013, un incubateur industriel inauguré en 2019, un parc industriel destiné aux PME qui est presque déjà rendu à capacité, mais aussi une entente fructueuse entre IDÉ Trois-Rivières et Développement économique de Bécancour. La «noce» comme s’amusera à noter Jean-Guy Dubois pour imager ce grand resserrement qui s’est opéré en 2015 entre Bécancour et Trois-Rivières.

D’ailleurs, «ces fréquentations», considérées comme une infidélité à la région 17 (Centre-du-Québec), à laquelle est rattachée Bécancour, avaient solidement indisposé au-delà de l’autoroute 20, en particulier Alexandre Cusson, alors maire de Drummondville.

La navette fluviale qui relie durant l’été Trois-Rivières et Bécancour est à cet égard assez symbolique. Sur le plan des esprits, on peut dire que les deux rives se sont tellement rapprochées qu’on en oublie presque le fleuve.

Il y a une forte complémentarité entre les deux villes. Leurs interrelations sont d’une telle évidence et il en est de même de leur interdépendance économique.

«Nos habitudes de vie sont là. Notre cœur est là», a reconnu le maire de Bécancour qui n’a pas hésité à nommer cet espace commun, la région 417 (contraction de 04 et 17).

On l’a surtout baptisée Zone économique naturelle et, même si cette dénomination n’a jamais été officielle, Jean-Guy Dubois a toujours été considéré publiquement comme le maire de la ZEN, titre officieux qui ne lui a jamais été contesté.

À l’évidence, pour son dernier bilan économique annuel, il entendait répliquer une ultime fois à ses détracteurs d’outre-20 et à réaffirmer ses convictions.

Il a d’ailleurs illustré sa conception en invitant Bécancour à faire en sorte de continuer à travailler à effacer son «déficit de positionnement», parce que située à l’extrême nord d’une zone économique avec laquelle elle a peu de liens et un si faible sentiment d’appartenance.

Il a même dit regretter de ne pas avoir été invité à participer à la demande commune de Trois-Rivières et Shawinigan pour la tenue des Jeux du Canada.

Il aurait bien aimé faire partie de cette alliance, d’autant que Bécancour possède à Gentilly l’un des plus grands complexes équestres du Canada.

Reste qu’avec sa synergie avec Trois-Rivières, une orientation de décarbonisation des grandes usines du méga-parc industriel, «qui doit prendre le virage écologique», insiste-t-il, un éventuel centre de recherche sur les énergies vertes, l’implantation plutôt acquise d’une zone d’innovation, Bécancour est probablement engagée dans cette fameuse 5e révolution industrielle à laquelle Jean-Guy Dubois appelle d’adhérer avec insistance, celle de l’environnement.

Le portrait qu’il a dressé de l’évolution de sa ville était plutôt éloquent et les perspectives qu’il en a esquissées apparaissent emballantes.

Un exposé dont on pourrait soupçonner qu’il met la table à la sollicitation d’un nouveau mandat. Il y avait énuméré les grands «défis» pour les prochaines années de Bécancour, un genre de cahier de charges pour la personne qui va lui succéder.

À ce point que la seule question qui lui a été posée à la fin de sa web-conférence est venue de mon confrère Marc Rochette : «Regrettez-vous votre décision ?»

Non seulement Jean-Guy Dubois ne la regrette pas, mais il avait invité les futurs prétendants à assister à sa conférence.

Après avoir rédigé un «guide de l’élu», il a invité les candidats à se présenter pour «les bonnes raisons».

À quelques semaines des élections municipales de novembre, Bécancour devrait inaugurer les «Chemins de la Bécancouriale», inspirés de Compostelle.

Si Jean-Guy Dubois ne dirigera plus la ville, on peut tenir pour acquis qu’il restera dans wl’esprit de tous, le maire zen de la ZEN.

Il aura à l’œil sa succession, tout en s’appliquant a, comme le lui répétait son père, «bien faire et laisser braire».

Coup de cœur: Le vaccin serait comme notre char d’assaut. S’il n’apportera pas la résurrection pour Pâques, il promet la libération pour la fête nationale.

Coup de griffe: Montréal aurait grand besoin de la Coupe Stanley pour relancer ce printemps son centre-ville. Faudra peut-être penser à autre chose.