Un total de 115 entreprises avaient installé un kiosque à la Bâtisse industrielle dans le contexte du Salon de l’emploi Trois-Rivières – Bécancour.

Il faut régionaliser l’immigration

CHRONIQUE / Il y avait mercredi 115 entreprises qui avaient installé un kiosque à la Bâtisse industrielle dans le contexte du Salon de l’emploi Trois-Rivières – Bécancour.

Elles y offraient plus de 2000 emplois. Il s’est présenté 1800 personnes pour consulter ces offres, moins que les besoins exprimés.

On s’entend qu’on aurait pu doubler et même tripler le nombre d’entreprises présentes si on avait pu y installer toutes les toutes petites entreprises, commerciales ou autres, qui éprouvent aussi des pénuries de personnel. Mais avec des moyens trop courts et des offres d’emploi en général moins alléchantes, ç’aurait été peine et argent perdus.

On comprend donc que les 2000 emplois offerts, ce n’était que la pointe de l’iceberg par rapport à l’ensemble des besoins en effectifs du marché du travail de la Mauricie et du Centre-du-Québec, car plusieurs entreprises venaient de l’extérieur de l’agglomération Trois-Rivières-Bécancour.

Il y a un gros appétit d’employés non satisfait depuis quelques années et qui, loin de s’apaiser, se creuse d’une année à l’autre.

D’autre part, on se doute bien que pour un grand nombre des visiteurs du salon, ce n’était pas obligatoirement des personnes en chômage, mais qui profitent de l’événement pour explorer les autres possibilités de travail, évidemment amélioré, qui pourraient s’offrir à eux.

S’il y a des employeurs qui ont dû consentir mercredi à des demandes de «congé pour raisons personnelles», ils pourraient avoir quelques soupçons sur ces raisons.

Si ça ne s’est pas produit, ça ne veut pas dire que parmi ceux qui sont demeurés en poste, un certain nombre n’ira pas consulter les offres le 28 mars lors de la partie virtuelle du salon.

Quand l’Aluminerie de Bécancour a fait savoir au début du mois qu’elle organisait une journée-rencontre dans l’espoir de combler 150 postes, elle a reçu 2000 inscriptions, même si ces emplois étaient annoncés comme «occasionnels».

Il faut bien en conclure que le récent et long lock-out de dix-huit mois qui a pris fin à l’été, en mettant en relief les conditions générales de travail à l’aluminerie, a plutôt bien fait comme œuvre de marketing positif pour l’entreprise.

On peut même penser que bon nombre de personnes qui se sont défoulées sur les réseaux sociaux, jusqu’à insulter les travailleurs lockoutés en les traitant des pires défauts, se retrouvent parmi les candidates à un job à ABI. Des jaloux d’hier aimeraient bien être les privilégiés de demain.

Cela démontre surtout l’état de la concurrence insoutenable pour beaucoup d’entreprises qui peinent à garder leur personnel ou même à en recruter pour soutenir des projets d’expansion. Même quand les conditions de travail sont «généreuses», il n’y a pas d’assurance qu’on pourra rencontrer ses besoins en personnel, surtout si en plus, certains emplois impliquent un certain niveau de spécialisation.

C’est un défi majeur qu’il faudra relever, car c’est tout le tissu social, le niveau de services et la qualité de vie générale à venir qui en seront affectés. Certes, tout le Québec apparaît en situation de pénurie de main-d’œuvre. Mais il se révèle plus d’acuité et plus difficile à assumer dans les régions du Québec.

Quand on regarde les statistiques, la Mauricie est inquiétante à cet égard. Sa population est l’une des plus âgées et vieillissantes du Québec et selon les prévisions, compte tenu de sa pyramide des âges, l’équilibre entre les départs à la retraite et leurs remplaçants naturels ne sera pas atteint avant 2040.

À moins d’une forte compensation venant de l’immigration. Même si ce n’est pas la seule solution, c’est celle qui s’impose le plus en ce moment.

Le problème, c’est qu’il faudra rivaliser avec tout le reste du Québec et que la partie est assez inégale entre les régions et Québec, mais principalement Montréal.

Même si les régions représentent 35 pour cent de la population du Québec, elles ne reçoivent que 10 pour cent des nouveaux arrivants, comme l’a déjà fait valoir Jacques Demers, le président de la Fédération québécoise des municipalités, en réclamant une «nécessaire régionalisation de l’immigration».

En Mauricie, on attire à peine un pour cent de cette clientèle étrangère.

Le célèbre Charles Taylor a même suggéré de «disperser» l’immigration en favorisant l’entrée au Québec de ceux qui accepteraient de d’abord demeurer cinq ans en région. La Fédération des chambres de commerce du Québec a produit un livre blanc pour des «régions économiquement dynamiques», après avoir constaté que le marché du travail n’embauchera pas suffisamment de jeunes au cours des vingt prochaines années pour remplacer les départs à la retraite.

Il ne faut pas être exagérément alarmiste, mais il faut en prendre conscience. À cet égard, c’est ce qui se produit. Les efforts en ce sens se multiplient depuis quelques années dans la région.

La MRC de Mékinac, l’une des plus vieillissantes au Québec, dispose maintenant d’une ressource à plein temps affectée à l’accueil et à l’intégration des nouveaux arrivants. Partout, que ce soit au niveau du Service d’accueil des nouveaux arrivants, dans les villes ou les MRC, on multiplie les initiatives pour favoriser la venue et la rétention d’immigrants.

La semaine qui vient de s’écouler a été très éloquente dans les soucis qu’on en a et les mesures qu’on met de l’avant.

Lundi, AAR Aircraft Services Trois-Rivières annonçait qu’elle pourrait obtenir un contrat de 720 millions $ pour l’entretien de gros porteurs d’Air Canada… à la condition de pouvoir construire un nouveau hangar et d’avoir le personnel requis, très spécifiquement par l’immigration. C’est de 100 à 125 emplois potentiels de bon niveau.

Mercredi, Stéphanie Austin, professeure au département de gestion des ressources humaines à l’UQTR, venait à la Chambre de commerce et d’industries de Trois-Rivières rappeler l’importance de la rétention du personnel, quand on sait que 60 pour cent des futurs emplois seront remplis par des immigrants.

Jeudi, le ministre du Travail, Jean Boulet élargissait à 226 le nombre des professions admissibles au traitement simplifié pour les travailleurs étrangers.

Vendredi, à peu près tout le monde se retrouvait chez AAR, à l’initiative de la CCITR, non pas pour annoncer la construction du grand hangar, mais pour faire décoller le programme «un emploi en sol québécois», car sans employés, pas d’agrandissement.

Coup de cœur: Plutôt mal au cœur avec le meurtre odieux d’Océane Boyer, une ado, et de l’insoutenable récit de ces petites mains de bébé qu’on aurait plongées dans de l’huile bouillante.

Coup de griffe: Santé publique nous rassure sur nos risques d’infection au coronavirus, mais on a dû faire mettre sous clé dans les hôpitaux les masques thérapeutiques parce que le personnel les volait.