Jean-Guy Dubois

Il est où le bonheur? À Bécancour?

CHRONIQUE / Ce n’est pas parce qu’à la faveur de l’élection d’un gouvernement caquiste, le sud s’est pris d’idées sécessionnistes en réclamant de casser en deux le CIUSSS Mauricie-Centre-du-Québec que le maire de Bécancour, Jean-Guy Dubois va modérer ses ardeurs collaboratrices avec le nord, et surtout avec Trois-Rivières.

Dans un langage qu’il se plaît souvent à colorer, le maire Dubois a réaffirmé les grandes fréquentations de sa ville avec Trois-Rivières qui vont si bien qu’après quelques années, on peut parler de mariage, a-t-il suggéré.

De quoi faire monter une fois de plus d’un cran la pression au-delà de la 20 où on digère toujours mal ces relations ténues entre Bécancour et Trois-Rivières, qu’on est déjà allé jusqu’à qualifier d’incestueuses.

Des gros mots qu’il faut bien encaisser, mais qui illustrent à quel point les intérêts de Bécancour sur les plans économique, social, récréatif et même touristique sont davantage liés à Trois-Rivières qu’au reste de la zone économique 17 à laquelle elle appartient.

Puisque ce mariage, qu’on a appelé la Zone économique naturelle TR-Bécancour, est maintenant consommé, il fallait bien une récompense… La «dote» a peut-être pris la forme d’un nouveau commissaire industriel d’IDE Trois-Rivières qui sera consacré exclusivement au développement économique de Bécancour. Il s’agit, on le sait, de l’ex-député de Champlain, Pierre Michel Auger.

On peut soupçonner qu’il y a beaucoup d’interrelations entre les deux rives, mais on n’en mesure pas toujours l’ampleur.

Chaque matin, il y a 3500 personnes qui empruntent le pont pour aller travailler sur la rive sud, principalement dans le parc industriel de Bécancour. Mais il y en a tout autant qui partent de la rive sud pour venir travailler à Trois-Rivières.

«C’est une interdépendance économique de 325 millions $», a indiqué le directeur général d’IDE Trois-Rivières, Mario De Tilly, qui atteint 525 millions$ quand on y ajoute les échanges d’une rive à l’autre en biens et services.

Les choses ne vont donc pas mal dans la ZEN, ce qui n’empêche pas Bécancour d’avoir traversé avec certaines difficultés les quatre dernières années et où on va devoir dissiper certains nuages qui pointent sur l’état des finances de la ville.

Dans son déjeuner-causerie annuel devant la Chambre de commerce et d’industrie du Coeur-du-Québec, le maire Dubois, qui émaille toujours ses exposés d’images fortes, de métaphores ou d’allégories n’a pas hésité à parler de «nos guerres» pour décrire les années 2014-18.

Les suites de la fermeture de la centrale Gentilly-2 ont commencé à se faire sentir, de gros projets pour le parc industriel ont refusé d’aboutir puis se sont ajoutés le lock-out de l’Aluminerie de Bécancour et maintenant la faillite de Sural.

Alors que Bécancour devra investir dans les trois prochaines années 28 millions $ dans le traitement des eaux usées, la fibre optique et des infrastructures domiciliaires, il y a des sources de revenus qui s’érodent. Le service de la dette va forcément grimper, dans un contexte de taux d’intérêt qui pourrait aussi être à la hausse, tandis que l’évaluation foncière industrielle a subi une baisse de 43 %.

On se croise les doigts pour qu’une usine comme ABI, qui représente plus de 20 pour cent des revenus fonciers de la ville, continue ses opérations et que l’usine d’urée et de méthanol (1,2 milliard $) se rende jusqu’à la pelletée de terre.

La pelle chromée du maire Dubois est tellement reluisante qu’on pourrait s’y mirer, signe qu’elle n’a pas beaucoup servi.

À moins que le parc industriel se mette à bouger dans le bon sens, Bécancour risque de vivre ce qu’ont vécu les anciennes villes industrielles.

Michel Angers, le maire de Shawinigan, en faisait lui aussi le constat il y a deux semaines, dans un semblable déjeuner-causerie devant sa chambre de commerce.

La nouvelle économie, celle de l’information et du savoir, relance certes l’emploi et l’économie, mais elle repose moins sur les énormes bâtiments qui caractérisaient les anciennes usines et qui fournissaient une généreuse source de taxation foncière.

Le problème risque d’être moins ressenti à Bécancour, mais avec la fulgurante croissance du commerce en ligne, ce sont les espaces commerciaux qui vont se vider. Le taux de taxation des unités commerciales est toujours plus élevé que celui des unités résidentielles.

À Trois-Rivières, par exemple, ce taux est de plus de 1 $ du 100 $ d’évaluation supérieur à celui de la taxe foncière résidentielle.

On comprend que les villes se plaignent que la taxe foncière est une façon dépassée pour assumer leurs obligations avec équité fiscale.

Ce qui n’est pas et plus perçu d’un côté doit l’être de l’autre et c’est systématiquement le côté résidentiel qui doit compenser.

Cela donne des assemblées houleuses, comme à Shawinigan, de contribuables en colère parce qu’ils sont étouffés par des comptes de taxes qui galopent alors que leurs revenus sont au mieux au petit trot, quand ils ne sont pas tout simplement figés sur place.

C’est pourquoi, à l’exception de Jean-Guy Dubois, qui dans un effort subliminal utilise des formules imagées pour faire pénétrer son message, les «power point» des maires se ressemblent beaucoup.

Mais au bout de tout ça, la seule question que le citoyen-contribuable devrait dans le fond se poser, et le maire de Bécancour l’a posée, en l’illustrant d’une paire de lunettes aux verres teintés rose: «Il est où le bonheur?»

Ce n’était pas innocent comme question. Car le bonheur, il est à Bécancour… ou presque, selon Money Sense, qui en ferait la première ville régionale (Mauricie et Centre-du-Québec) à cet égard… juste après Victoriaville, mais bien avant son alliée ZEN.

Coup de griffe

Que ça soit par arbitrage, par hypothèse de règlement ministérielle ou par négociations normales, si c’est encore possible, il est plus que temps que le conflit d’ABI se règle.

Coup de cœur

Dernière séance aujourd’hui d’information et de consultation sur Vision zéro. Allez-y… mais, pour le fun, à 40 km/h.