Hérouxville et son instant planétaire

Cela fait maintenant dix ans et on est loin d'avoir oublié. Loin de là, on en parle encore.
Ce fut une véritable commotion à travers tout le Québec, mais aussi dans l'ensemble du Canada et même à travers le monde.
Un conseiller municipal d'Hérouxville, André Drouin, avec le support d'un voisin, Bernard Thompson, alors webmestre de la municipalité, avait rédigé une liste de «normes de vie» à l'intention des immigrants québécois, qui devaient devenir le Code de vie de la place.
Il s'agissait d'expliquer aux nouveaux venus d'origines et de confessions religieuses diverses, à peu près inexistants à Hérouxville, dans quel esprit la société québécoise qui les a accueillis fonctionne et comment les choses se passent ici. En leur suggérant, évidemment, de s'y conformer et d'éviter toutes les dérives de leur part qui contreviennent aux us et coutumes et aux lois et qui nécessitent parfois des accommodements «raisonnables»... jugés déraisonnables.
Aujourd'hui, les gens d'Hérouxville sont carrément las de l'attention qui leur a été portée et, tout comme Bernard Thomson, qui est devenu leur maire et qui a pris ses distances avec son célèbre concitoyen, ne souhaitent plus qu'une chose: qu'on tourne la page sur cette histoire et qu'on leur fiche la paix avec ce code, finalement simplement classé comme document historique municipal.
Il faut dire que malgré un accueil positif considérable et international, stimulé par un étonnant intérêt venu spontanément des grands réseaux médiatiques, beaucoup de gens se sont aussi spontanément appliqués à ridiculiser le Code de vie d'Hérouxville.  
Les étalons du bien-pensée québécois ont rapidement déployé tout leur mépris sur le texte et l'esprit du document, et leurs auteurs pointés par ceux-ci comme des ruraux mal dégrossis, probablement un peu demeurés. Avec le Bye Bye de RBO de fin d'année, c'est toute la population d'Hérouxville, rebaptisé «Hérouxtyville», qui était ridiculisée, présentée comme habitant un bled perdu dans la vallée mauricienne, peuplé de consanguins congénitaux. Bref, des tarés présumés.
On comprend les gens d'Hérouxville de ne même plus vouloir commenter de quelque façon que ce soit cette page de leur histoire. Qu'on en pense ce que l'on veut, la place a quand même connu quelques célébrités plus que respectables, comme Mgr Albert Tessier, écrivain-historien de renom, fondateur de Tavibois, qui a donné à la région son nom de Mauricie ou de Sylvain Vaugeois, un visionnaire à qui on doit la venue à Montréal d'Ubisoft et l'implantation de la Cité du multimédia... pour n'en nommer que deux.
Il est vrai que si les normes de vie d'Hérouxville recensaient simplement un ensemble de malaises partagés par beaucoup de Québécois à propos de compromis et de tolérances agaçantes consentis à gauche et à droite pour des considérations ethniques, mais surtout religieuses, elles contenaient aussi quelques éléments détonnants.
Par exemple, le fait qu'on y mentionnait que la lapidation était interdite à Hérouxville, qu'il était défendu de brûler des femmes à l'acide, que l'excision n'y serait pas tolérée ou même que les bains publics sont mixtes, a fait sursauter beaucoup de monde et largement contribué aux moqueries qui allaient suivre.
C'est peut-être pour se dégager de ce côté un peu risible de la chose que quelques années plus tard, André Drouin tentera de banaliser ces mentions en affirmant qu'il avait été pris d'un fou rire aux larmes au moment où il les avait écrites.
Peu importe les nuances qui suivront et l'image dont veut aujourd'hui se débarrasser Hérouxville, ces excès de propos avaient permis le déclenchement d'une grande réflexion qui ne voulait pas se faire, au Québec comme à beaucoup d'autres endroits dans le monde, sur les règles qui doivent régir les rapports au quotidien des citoyens d'un état, dans le respect identitaire de chacun.
Aujourd'hui encore, peu importe le pays et on le constate en particulier au Québec, les politiciens ne parviennent toujours pas à aborder la question avec sérénité, sans provoquer de controverses et sans devoir en payer un certain prix politique. Alors, c'est du bout des lèvres qu'on en parlait en s'efforçant d'évacuer le plus possible le dossier du débat public. C'est encore comme ça.
La publication du Code de vie d'Hérouxville a fait en sorte il y a dix ans de faire sauter la marmite populaire qui bouillonnait fort. Il était l'expression d'une large volonté publique, à tort ou à raison, de rétablir des normes de vie qui fassent consensuelles... à la majorité.
Dans la controverse générale qui avait alors éclaté, dans le besoin d'apaiser le jeu, le gouvernement du Québec avait compris la nécessité de créer d'urgence une grande commission d'enquête... Un vieux truc. 
Lors des audiences à Trois-Rivières de la Commission Bouchard-Taylor sur les pratiques d'accommodements reliées aux différences culturelles, Drouin et Thompson ont présenté un mémoire, intitulé cette fois Mode de vie, pas moins explosif. Car ils en avaient remis en ajoutant l'infibulation (coudre le vagin) et l'esclavagisme. Surtout, ils arrivaient avec un ultimatum politique: Amendement ou indépendance! Amendement de la Charte canadienne des droits et libertés ou l'indépendance du Québec.
Sur le plan politique, ce n'est pas le Parti québécois qui tira profit de l'effervescence déclenchée à Hérouxville, mais l'Action démocratique du Québec de Mario Dumont, qui prit la balle au bond et fit élire dans les mois suivants une quarantaine de députés.
Pour spectaculaire que prévoyait être leur intervention, elle fut marginalisée par l'avalanche de mémoires et d'interventions soumis à la commission et les deux hommes, folklorisés. Même pas un an après avoir lâché leur bombe, les ondes de celle-ci ne leur appartenaient déjà plus.
Quoi qu'on en pense ou quoi qu'on en dise, l'ampleur prise pendant des semaines au Québec et dans plusieurs sociétés par le Code de vie projeté d'une toute petite municipalité sans histoires a été révélatrice du grand problème de cohabitation ethnique et religieuse qu'éprouvent plusieurs de nos sociétés modernes. Et qui se traduit probablement par de déstabilisants résultats électoraux, comme on l'a vu aux États-Unis récemment et comme cela se manifeste en Europe.
Hérouxville a été... internationale.
Coup de griffe
Avec cette histoire de Golden Shower à Moscou, est-ce qu'on aurait là un début d'explication sur l'origine de l'étrange couleur blond-orange de la toison de Donald Trump?
Coup de coeur
À défaut de bonnes espadrilles, on va te suivre avec le coeur. Cours, cours à travers le monde Patrick.