Gabriel Nadeau-Dubois

GND: un Trump québécois?

Il se réclame de Bernie Sanders. On peut le comprendre. Mais dans le ton adopté pour son entrée sur la scène politique, c'est plutôt baveux comme Trump qu'il est apparu.
Comme ce dernier, il a donné un coup de pied au cul de toute la classe politique actuelle et passée, tous des traitres à la nation québécoise, Parti québécois et son chef mythique René Lévesque compris dans le tas de m...
Même le parti qu'il veut représenter et dont il se configure déjà comme en étant le chef messianique, Québec solidaire, s'est conduit à ses yeux, par ses façons de faire de la politique, comme le reste de cet establishment plus que passé date.
On a vu qu'il ne s'est pas confondu en éloges à Françoise David, dont il aspire à reprendre son ancien comté de Gouin et qu'il n'a pas eu de grands états d'âme à l'endroit d'Amir Khadir.  
Le Québec, comme Québec solidaire, vient de naître avec lui. Si ce n'est pas du Trump ça, il ne reste à Gabriel Nadeau-Dubois qu'à tweeter la nuit et les genres vont se confondre. On s'entend. Aussi excessif que Trump, mais à gauche.
On comprend que GND ne va pas s'enfarger dans les délicatesses, qu'on va entrer dans les vérités «alternatives», et qu'il n'entend pas prendre davantage de précautions pour ménager les susceptibilités des gens de politique, d'hier et d'aujourd'hui. Il est même allé un peu plus loin que son prétentieux modèle oratoire américain. 
Après Paul St-Pierre Plamondon qui suggérait aux vieux croutons de plus de 50 ans du PQ de prendre une retraite anticipée de politique active, GND n'en était pas loin jeudi de laisser comprendre que l'âge de péremption pour s'impliquer en politique pourrait difficilement dépasser les 30 ans.
Le jeune homme à la tête des Carrés rouges de 2012 a certainement donné l'image d'un être prétentieux, fortement imbu de lui-même, béat de sa personne. On pourra l'excuser en se disant que c'est générationnel, qu'il est difficile d'en être autrement quand on est issu de la fournée des enfants-rois, adulés de leurs parents, présentés comme des génies incarnés. 
On sent chez lui une propension résolue à l'irrévérence. Pourtant, si on lit les commentaires incisifs, méchants, grossiers, vulgaires, diffusés à grande échelle sur les réseaux sociaux, qui forgent un peu le monde sans réserve verbale dans lequel on vit présentement, qui ne sont pas l'exclusivité des plus jeunes, mais dont la contribution au marécage haineux reste dominante, GND, en dépit de sa suffisance, devrait finalement être considéré comme un... modéré.
Compte tenu de son propos, on peut s'attendre à ce que le candidat de Québec solidaire ratisse d'abord et avant tout chez les jeunes, qui se reconnaissent dans ses réflexions, dans ses façons d'être, dans ses bravades contre les aînés, contre ces boomers surtout qui n'ont plus rien de bébé et qui auraient spolié à leur avantage quasi exclusif la richesse collective. 
Tant pis pour tous ces sacrifiés «âgés» qui ont accepté dans le passé d'aller à l'abattoir pour Québec solidaire pour une pitance électorale. Tasse-toé matante pis mon'oncle. À vos Depends et seringues urinaires!
Peut-être Nadeau-Dubois parviendra-t-il à intéresser les jeunes à la politique et à leur faire consentir l'ultime effort de se rendre jusqu'aux urnes le jour des élections. Les directions générales des élections, à Québec comme à Ottawa, n'en finissent plus de se casser la tête pour trouver des moyens pour faire voter les jeunes électeurs. Alors que plus on gagne en âge, plus on exerce son droit de vote et plus en consolide son pouvoir d'influence politique.  
Il faudra à ce Québec solidaire branché sur certains secteurs seulement de Montréal élargir son audience, traverser les ponts et tâcher de se faire accepter plus massivement dans les régions du Québec, ces colonies éloignées. Le Printemps érable était loin d'y être parvenu. Les collégiens de la région avaient préféré suivre leurs cours pour aller «casher» au plus vite le fruit de leurs études, surtout ceux qui étaient inscrits au professionnel.
Il y aura bien sûr des soixante-huitards, trippeux nostalgiques de leurs années contestataires, qui vont se rallier à un Québec solidaire guidé par GND. Mais pour l'instant, ce n'est pas sa clientèle la plus naturelle.
Les boomers devraient quand même se rappeler quel était leur état d'esprit social lorsqu'ils avaient l'âge de Nadeau-Dubois, quels leaders les inspiraient, eux qui ont fait la Révolution tranquille, vécu avec un grand soupçon de sympathie la Crise d'octobre et porté au pouvoir un Parti québécois qui promettait de révolutionner la société. Des boomers qui sont descendus dans la rue plus souvent qu'à leur tour et qui brandissaient avec autant de fierté que de conviction leurs pancartes de grévistes... pour continuer le combat! 
Des boomers qui regardaient leurs prédécesseurs un peu beaucoup comme de vieux schnocks soumis au paternalisme politique et de leurs employeurs.
Qui aurait cru qu'ils deviendraient les embourgeoisés d'aujourd'hui dont l'intérêt est que les choses ne changent plus vraiment. Au cimetière, leur vieil esprit révolutionnaire!
On se disait qu'avec Trump, au moins on aurait du fun. On peut dire, sans devoir partager ses intentions, qu'on a été gâté là-dessus. C'est ce que Nadeau-Dubois promet à sa génération: du fun. Attendons voir! On devrait en avoir avec ce Trump-de-gauche. Au moins dans ses provocations politiques. Car le pouvoir prolétarien est encore bien loin.
Coup de coeur
À Marie-Sol, dont on n'oublie jamais la solide mais si douce poignée de main et encore bien davantage, le sourire généreux et réconfortant. Que tous ses projets les plus fous se réalisent.
Coup de griffe
On saura le 22 mars, avec le budget fédéral, si un train de passagers passera de nouveau un jour à Trois-Rivières. Après plus de 30 ans à attendre sur le quai d'une gare déserte, il serait plus que temps qu'on monte à bord.