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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste
Jean-Marc Beaudoin
Malgré la pandémie, la Ville de Trois-Rivières s’en sort plutôt bien avec un surplus budgétaire.Du coup, on se demande si ça ne serait pas d’intérêt de webdiffuser les discussions au conseil sur la manière dont seront investis ou redistribués ces surplus.
Malgré la pandémie, la Ville de Trois-Rivières s’en sort plutôt bien avec un surplus budgétaire.Du coup, on se demande si ça ne serait pas d’intérêt de webdiffuser les discussions au conseil sur la manière dont seront investis ou redistribués ces surplus.

Faut-il webdiffuser les surplus?

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CHRONIQUE / On ne saurait dire si toute la population, une partie peut-être, sort de la crise sanitaire les poches pleines de ses économies pandémiques, mais pour la Ville de Trois-Rivières, c’est, pour reprendre une expression populaire, «dans le gros trèfle».

On a appris cette semaine que la Ville a finalement dégagé un surplus de 12,1 millions $ pour l’année 2020.

La surprise, c’est qu’on ait pu dégager un surplus, surtout à cette hauteur, dans le contexte économique que l’on a vécu depuis plus d’un an.

Autrement, les villes nous ont habitués à ces surplus d’opération qui nous sont révélés chaque année vers la fin de l’hiver. D’ailleurs, cette année encore, toutes les villes de la région ont aussi réussi à en présenter un, affichant toujours une évidente satisfaction de résultats.

On déduit dans les villes que ces surplus sont perçus comme la preuve d’une gestion constante et rigoureuse, pour ne pas dire sévère, de l’argent des citoyens.

Ce qu’il faut comprendre, c’est que les villes doivent obligatoirement adopter des prévisions budgétaires équilibrées. Elles n’ont pas le droit d’inscrire ou de faire un déficit.

On n’ira pas jusqu’à prétendre que les villes planifient dégager un surplus, ni même qu’elles en présument la hauteur, mais on n’en est pas loin.

Dans les faits, pour s’assurer de ne pas glisser dans le rouge, on inscrit au minimum les revenus anticipés de différentes sources variables dont, presque toujours, les droits de mutation, mais aussi la vente d’actifs, les droits divers, les subventions non encore acquises lors de l’étude du budget. On se ménage une réserve.

À Trois-Rivières, le «boom» immobilier a généré pour 4,3 millions $ en «taxes de bienvenue», soit près du tiers du surplus dégagé.

Mais quand on dit que la Ville est dans le gros trèfle, c’est qu’il faut ajouter à ses liquidités 9,8 millions $ non dépensés sur les 12,2 millions $ que lui a versés Québec pour affronter la pandémie.

C’est donc 21,9 millions $ d’argent frais… à dépenser.

Bon! Des 12,1 premiers millions $, par règlement, le quart devra être affecté à la dette, soit un peu plus de 3 millions $.

Il en reste presque 19.

Avouez qu’une telle aisance soudaine à même pas six mois des élections municipales, il devra y avoir dans cette cagnotte de quoi faire le bonheur trifluvien, embaumer la ville comme le font les lilas en ce moment.

Du coup, un peu tout le monde dans la ville s’exprime sur la «bonne» façon de dépenser ce pactole: achat de boisés, pistes cyclables, réparation de certaines rues, accélérer le bac brun, l’île Saint-Quentin gratis, replanter des arbres, refaire les mosaïques, réduire les coûts des camps de jour, subvention aux premiers acheteurs de maison, etc. Ce ne sont pas les idées généreuses qui manquent.

Ah oui! Baisser les taxes? Ça revient souvent, mais faut oublier ça. Ça ne se passe jamais comme ça dans quelque ville que ce soit, et c’est le cas aussi à Trois-Rivières où chaque année, on affiche entre 8 et jusqu’à 15 millions $ «d’excédents de revenus sur les dépenses», comme on aime bien décrire la chose dans les trésoreries municipales.

Du coup, on se demande si ça ne serait pas d’intérêt de webdiffuser les discussions au conseil sur la manière dont seront investis ou redistribués ces surplus, comme l’a suggéré le conseiller Claude Ferron, pour l’analyse des crédits budgétaires... vivement soutenu par sa collègue Mariannick Mercure.

On s’entend que la webdiffusion des séances du conseil, ce n’est pas du Netflix. Par contre, comme on est en année d’élections, ça ferait une bonne distraction pour les férus de politique municipale.

Il y a les candidats annoncés, ceux qui réfléchissent, ceux qui «subissent» des pressions pour y aller, ceux qui espèrent subir des pressions, ceux qui s’y conçoivent, les membres d’Action civique, les abonnés de Forum politique Trois-Rivières... qui s’y brancheraient. Au bout, ça pourrait générer une grosse cote d’écoute.

Il y a à coup sûr une grande réflexion à amorcer sur la webdiffusion des études budgétaires du conseil municipal et un débat à tenir sur cette éventualité.

Il est difficile d’être contre la vertu. Il y a une forte tendance à réclamer la transparence dans tout ce qui concerne la chose publique.

Il est vrai que des élus(es) peuvent changer de discours et adopter des positions différentes selon qu’on se retrouve sous ou sans les projecteurs.

Mais ce n’est pas nécessairement la meilleure chose à faire.

Dans un conseil municipal comme celui de Trois-Rivières, les membres du conseil sont élus pour représenter un secteur. Si on allume les caméras, chaque fois qu’une décision devra être prise en faveur d’un autre secteur ou dans l’intérêt général de la ville, sans avantage sectoriel, les réflexes de repli risquent d’être fréquents.

Il faudrait revenir à l’époque où tout le monde était élu par l’ensemble de la ville. Mais à ce moment-là, les secteurs perdent de leur force élective et la tentation peut être forte qu’un peu tout le monde se prenne pour le maire de la ville.

Dans le contexte actuel, en diffusion directe, il y a risque que certains laissent au vestiaire leur pragmatisme et ne s’en remettent, pour ce qui est de l’ensemble de la ville, qu’aux recommandations des directions de services, sans discussion.

Mais ça reste à explorer et à définir. À moins qu’on en revienne aux comités permanents, au cours desquelles les discussions étaient assez libres et auxquelles assistaient les journalistes... sans caméras gênantes.

Coup de cœur: À nos ados qui se font immuniser; vacciner, ça rime peut-être avec juste petit party, mais ce sera un minimum de récompense tellement mérité de leur part.

Coup de griffe: Bonne fête des Patriotes à tous, bonne fête de Dollard aux nostalgiques des vieux exploits franco-indiens et, on se sent l’âme sur la main et le cœur à la fête, bonne fête de la Reine aux royalistes... s’il en reste.