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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste
Jean-Marc Beaudoin
Pas facile pour le maire de Trois-Rivières Jean Lamarche et tous les politiciens de faire campagne en temps de COVID.
Pas facile pour le maire de Trois-Rivières Jean Lamarche et tous les politiciens de faire campagne en temps de COVID.

Faut déconfiner nos politiciens

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CHRONIQUE / Régis Labeaume qui annonce qu’il ne sera pas candidat à la mairie de Québec le 7 novembre. À Montréal, la mairesse Valérie Plante qui demande aux autorités sanitaires et gouvernementales d’annoncer immédiatement, pour le début de juin, la réouverture des terrasses dans sa ville, afin de pouvoir commencer à y distribuer des poignées de main électorales, selon l’interprétation qu’en a faite, agacé, le ministre de la Santé, Christian Dubé.

On serait assez justifié de présumer qu’on ira d’abord en élection fédérale, mais même à six mois du scrutin, il semble bien que ce sont les prochains affrontements municipaux qui font s’agiter les Québécois… du moins ceux qui projettent d’être candidates ou candidats.

La région n’est pas en reste à cet égard. Même si c’est encore silence radio dans quelques municipalités, on en est déjà à une troisième candidature à La Tuque contre le controversé maire Pierre-David Tremblay.

Mais c’est à Trois-Rivières où les plus grands mouvements préélectoraux ont été les plus manifestes.

D’abord, le maire sortant Jean Lamarche a présenté, devant la Chambre de commerce et d’industries de Trois-Rivières, un bilan qu’il a voulu très étoffé, des accomplissements de la dernière année. Certes, c’est une conférence annuelle, quasi statutaire. Mais en année électorale, cet exposé prend toujours, qu’on le veuille ou non, une dimension plus politique.

Et ne serait-ce que par le souci et la qualité des montages vidéo préparés pour la circonstance, mais surtout par le ton souvent enflammé du maire Lamarche dans l’énumération des réalisations accomplies, en contexte contraignant de pandémie, son exposé pouvait avoir pris un ton de lancement de campagne électorale.

La veille, c’est le nouveau parti politique Action civique, qui s’était inséré dans le débat municipal depuis un bon bout de temps maintenant, qui procédait à son assemblée, tant attendue, de fondation.

Même si la fièvre électorale semble vouloir monter de quelques degrés au municipal, l’environnement pandémique sert encore mal celles et ceux qui n’en peuvent plus de vouloir en découdre… ou débattre de leurs idées.

Il reste encore difficile de faire partager les émotions électorales des uns et des autres à une plus large audience.

L’assemblée de fondation de l’Action civique, par exemple, a évidemment dû être tenue en vidéoconférence, limitée en plus aux seuls 60 ou 70 personnes qui ont à ce jour adhéré au parti. Ou qui y ont été acceptées, car il y a eu des demandes stratégiquement repoussées.

Pas d’euphorisants «pep talk» ou de cris de ralliement victorieux en finale d’assemblée. Difficile dans ce contexte d’évaluer l’enthousiasme des militants du nouveau parti municipal et même de simplement pouvoir constater qui en fait vraiment partie.

Les médias ont dû se contenter d’un communiqué et d’interviews avec les dirigeants d’Action civique.

Ce n’est pas que ses deux cofondateurs, Jean-Claude Ayotte et Stéphane Guay, manquent d’expérience. Ce sont des organisateurs politiques réputés. Dans le cas d’Ayotte, en particulier, on ne compte plus le nombre de campagnes électorales qu’il a dirigées, au municipal, au provincial et au fédéral.

Le parti promet des candidats aux quatorze sièges de conseillers et à la mairie. Jeter tout le conseil à terre et tasser tous les autres prétendants, c’est un gros mandat.

Pour l’instant, le parti a quand même semblé manquer d’élan. À voir les candidatures «indépendantes» qui sont déjà annoncées, le parti ne donne pas l’impression d’être encore parvenu à canaliser le courant des déçus, des insatisfaits ou du changement.

Il faut dire qu’avec le confinement, c’est comme si on avait retiré l’espace public. Et ce ne sont pas les séances obligatoirement fermées du conseil municipal, avec des questions devant être écrites à l’avance, qui peuvent faire survolter l’atmosphère, à moins bien sûr qu’il y ait contribution en ce sens par quelques empoignades entre membres du conseil. Mais venant de l’extérieur, c’est l’impuissance.

Ce n’est quand même qu’à l’occasion de réunions du conseil que la conseillère Valérie Renaud-Martin, candidate annoncée à la mairie, a pu un peu croiser le fer avec son rival. Des escarmouches... mais qui animent surtout ceux qui suivent les affaires municipales.

Jusqu’à présent, les contraintes de la distanciation sociale, l’absence d’événements de masse ou de rencontres grand public, ont plutôt favorisé les politiciens sortants de charge.

À moins d’avoir une certaine notoriété, les aspirants ont moins de chance de se mettre en évidence et de se faire valoir quand il faut faire campagne chez soi.

On peut penser que Jean Lamarche, comme maire sortant, profite d’un tel avantage.

Un peu sans doute, mais arrivé en milieu de mandat, il y a deux ans, il a été privé d’au moins une année de côtoiement avec ses concitoyens, importante pour consolider ses assises. C’est précieux en politique. Surtout quand on succède comme lui à un populiste comme Yves Lévesque, qui carburait aux foules.

Avec le bilan qu’il affichait, sa prestation de cette semaine à la Chambre de commerce, dans un milieu plutôt allié, aurait dû être couronnée d’une puissante et longue ovation debout, qui envoie un signal de solidité politique dans le public. Les médias l’auraient rapportée et montrée. Mais en vidéoconférence, ça se termine sans cloches.

Le maire Lamarche part assurément avec une longueur d’avance, qu’il lui faudra consolider.

Pour l’instant, outre la conseillère Renaud-Martin, il y a Pierre Côté, directeur canadien de «The Radical Transparency», qui assure qu’il sera candidat; Nicole Morin, une ancienne candidate du Bloc québécois qui sonde ses appuis; un homme d’affaires affairé dont le nom a circulé; et celui qui sera «l’élu», en juin, de l’Action civique.

Pandémie ou pas, ça commence aussi à bouger et même beaucoup du côté des conseillers.

Avec le déconfinement mérité qui approche, on va enfin pouvoir voir aller, de visu, tout ce monde-là.

Coup de cœur: À nous tous, les piqués et bientôt vaccinés de la région qui font qu’on est rendu si proche d’atteindre l’autre bout du fameux arc-en-ciel.

Coup de griffe: Le député qui a le meilleur profil pour combler le poste de ministre délégué au Développement régional, c’est bien Donald Martel. C’est quand même lui qui a tenu le fort caquiste dans la région. Mais...