Le président de l'UMQ, Éric Forest, et les maires Régis Labeaume et Denis Coderre ont présenté, mercredi à Montréal, puis à Québec (photo), une liste d'épicerie ambitieuse, qui vise à reconnaître leur statut respectif de métropole et de capitale.

Et maintenant les monarchies municipales?

On ne s'est pas rendu jusqu'à réclamer le statut de ville-État, mais puisqu'on en a déjà évoqué l'idée, c'est sûr qu'on y a pensé. On s'est gardé une petite gêne pour se contenter de parler d'un statut de métropole pour Montréal et de capitale pour Québec.
Avec la notion de ville-État, il aurait fallu parler de monarchies municipales pour Québec et Montréal. On soupçonne déjà les moqueries des caricaturistes qui représentent depuis longtemps Régis Labeaume en tête couronnée, à la manière de César.
À le regarder aller depuis son arrivée à la mairie de Montréal, on peut penser que Denis Coderre n'est pas bien loin lui non plus de se concevoir sur un trône, rayonnant sur le plus important royaume du Québec. Sa tournée des régions, dans les semaines qui ont suivi son élection à la mairie de Montréal, aurait pu, dans les circonstances, être déduite comme une visite des colonies.
Or, si Labeaume et Coderre ont quelque part des prétentions monarchiques, les dirigeants de villes de moyenne taille n'en ont pas moins. Depuis les fusions municipales, qui ont grossi les villes du Québec et accru les pouvoirs de leurs dirigeants, pour ne pas dire leur domination, beaucoup de maires ont été décrits comme tel et parfois même, par des opposants enragés, comme des dictateurs ou des despotes.
Dans leur territoire municipal élargi, ce genre de reproches ont souvent été faits à l'endroit de maires comme Jean Tremblay, à Saguenay ou Yves Lévesque, à Trois-Rivières, comme à bien d'autres. Le caractère dominateur des maires des nouvelles villes, au cours de la dernière décennie, était presque devenu un trait commun.
Si Coderre et Labeaume ont droit à des couronnes, beaucoup d'autres maires vont s'empresser de commander à leur tour leur diadème et décréter au moins fief ou seigneurie leur domaine municipal, pour ne pas être en reste. Dans les circonstances, ils n'auraient pas tort.
On peut comprendre qu'une ville de la dimension de Montréal, que tout le monde reconnaît déjà dans les faits et par la force des choses comme la métropole du Québec, soit confrontée à des problèmes qui lui sont propres et qu'elle doive disposer en conséquence de moyens particuliers pour les régler.
Sur la question de l'immigration, par exemple, Montréal devrait avoir effectivement plus d'influence dans les politiques mises en place. Mais à Hydro-Québec, on se questionne. Ce sont les rivières des régions du Québec qui sont harnachées, quelques fois sans redevances, comme en Mauricie.
On peut aussi admettre que Québec, de par son titre de capitale du Québec, mérite quelques égards, dont elle a pourtant semblé profiter depuis plusieurs années et qui sont parfois facilités par l'existence de la Commission de la capitale nationale, même s'il faille pour cela partager certains petits pouvoirs.
Mais ce «pacte métropole-capitale» risque d'être mal reçu du RDQ, ce Reste du Québec qui devrait continuer d'évoluer dans le système actuel où les villes demeurent des «créatures» de l'Assemblée nationale à laquelle elles sont assujetties comme à sa bureaucratie gouvernementale écrasante.
Si l'état de cette juridiction, qui date de 1887 et qui n'a à peu près jamais été sérieusement réformée, est jugé comme féodal par les maires deQuébec et de Montréal, il l'est tout autant par les autres villes du Québec qui aimeraient bien elles aussi être un peu plus maîtres de leur destin.
Coderre et Labeaume ont tout à fait raison de se plaindre d'avoir à subir des réglementations étouffantes qui sclérosent leur fonctionnement. S'ils avaient été plus participatifs à l'Union des municipalités du Québec et attentifs aux revendications répétées des autres villes du Québec, ces deux maires auraient compris que ces problèmes sont vécus et dénoncés par tout le monde depuis quelques éternités.
De la même façon, vouloir faire reposer la fiscalité municipale sur autre chose que l'impôt foncier, qui représente autour de 75 % des revenus des villes, est une revendication constante des villes. L'impôt foncier, qui est une taxe hautement régressive, ne peut plus convenir aux villes auxquelles on ne cesse de confier de nouvelles responsabilités sans jamais y associer de nouveaux revenus. Les villes doivent aujourd'hui assumer leur développement économique, touristique, mais aussi culturel et social. On n'en est plus depuis longtemps qu'à l'asphalte et aux égouts.
Les nouveaux larrons de Québec et de Montréal soulèvent des problèmes réels, mais pas exclusifs. Ce ne peut être les couronnes diamantaires aux uns et d'épines aux autres.