«Au Québec, 40% des cigarettes sont achetées dans le marché noir. Croyez-vous vraiment que cela sera différent pour la marijuana?», écrit l'auteure.

Entre deux joints... nos politiciens

Il fut longtemps interdit de vendre de la boisson la journée des élections.
Probablement parce que les électeurs ont finalement compris que compte tenu de la qualité des candidats qu'ils élisaient à jeun, ils commettraient moins d'erreurs en prenant un petit coup la journée des scrutins. À tout le moins, pas davantage.
On a donc changé la loi et on peut constater qu'on ne fait ni mieux ni pire qu'avant. On ne s'est pas amélioré, mais on ne s'est pas détérioré non plus.
À écouter nos politiciens cette semaine, on peut maintenant se demander si ça ne leur ferait pas du bien de tirer un joint. 
Le dépôt du projet de loi du gouvernement fédéral visant à légaliser la production, la vente et la consommation de cannabis à compter de l'été 2018 a donné lieu à un discours politique par moments surréaliste. À se demander si certains élus n'ont pas déjà commencé à en fumer du bon. 
En fait, on doit présumer que ce n'est pas le cas, car ils seraient un peu plus sereins, plus euphoriques et beaucoup moins hypocrites.
D'abord, le gouvernement Couillard n'en finit plus de déchirer sa chemise parce que le gouvernement Trudeau a déposé son projet de loi sans le consulter, semble-t-il, et surtout sans le prévenir, ce qui devrait lui causer un tas de problèmes lorsque la loi entrera en vigueur, dans presque un an et demi. 
C'est curieux. Tout le monde sait, depuis l'arrivée au pouvoir du gouvernement libéral de Justin Trudeau, il y a un an et demi, que la marijuana va être légalisée au Canada. Est-ce possible que personne dans le gouvernement Couillard n'en avait entendu parler. Ou bien, on est déconnecté, ou bien on est sourd. Dans un cas comme dans l'autre, c'est inquiétant.
À sa décharge, les trois autres partis de l'opposition ont tous exprimé de grandes réserves et de vives inquiétudes sur les conséquences de la légalité de consommer du pot récréatif. 
On devrait demander à ces partis politiques d'être cohérents et d'expulser en conséquence de leurs rangs tous les membres qui reconnaissent avoir déjà fumé un joint. On peut gager sa meilleure chemise qu'on ne s'y risquera pas.
C'est là la grande hypocrisie dans tous les discours alarmistes qu'on entend à propos de la légalisation à venir du cannabis. On parle comme si personne ne cultivait, ne vendait, n'achetait et ne fumait du pot mais que cela va se produire à grande échelle dès lors que cela sera permis.
On peut être pour ou contre cet usage, comme on peut être pour ou contre l'alcool, le tabac, le sucre, le gras. On peut reconnaître que la consommation abusive de pot peut avoir des conséquences sur la santé mentale de certains ou sur le comportement d'autres. C'est déjà vrai pour un tas de produits. L'alcool en est le plus bel exemple. Il est loin d'être sans danger, si on va dans l'excès. On ne l'interdit pas pour autant à tout le monde sous prétexte qu'il y a des risques pour certains d'y sombrer.
Chacun sera libre de faire pousser dans son potager un plant de pot et d'en fumer les cocottes. Ce que l'expérience de pays ou d'États qui ont légalisé la marijuana nous apprend, c'est que la légalisation de celle-ci n'a pas provoqué de hausse de consommateurs. Les pourcentages de citoyens qui fumaient du pot sont restés partout sensiblement les mêmes après sa légalisation. On ne voit pas pourquoi il n'en sera pas ainsi au Canada et au Québec, en particulier.
Ceux qui ne fument déjà pas, parce qu'ils sont contre ça, ou qu'ils ne portent pas ça, continueront de s'abstenir. Comme il y a des gens qui boivent peu ou pas d'alcool, par principe, par choix, par précaution et qui ont une opinion, bonne ou mauvaise, sur ceux qui en consomment. C'est l'affaire de chacun.
Faut être d'assez mauvaise foi pour prédire l'hécatombe sociale. La légalisation du cannabis ne sera pas l'élément déclencheur de la consommation grand public qu'on nous prédit. 
Il y aura autant de consommateurs demain qu'il y en a maintenant, à peu près ni plus ni moins, et autant de problèmes à régler qu'il devrait y en avoir en ce moment.  
On parle comme si les problèmes présumés arriveront avec la légalisation de la marijuana et qu'autrement, si elle n'est pas légalisée, il n'y en a pas et il n'y en aura pas.
On cite le cas de ceux qui pourraient conduire avec les facultés affaiblies par le cannabis. Est-ce qu'on suggère qu'en ce moment, ça ne peut pas arriver parce que la consommation de marijuana n'est pas légale? C'est pas sérieux. C'est même inquiétant. Qu'on fournisse aux policiers, immédiatement, les équipements nécessaires à la détection des contrevenants. Si danger il y a, il n'est pas à venir. Il existe déjà. En tant que société responsable, qu'on agisse. Comme on le fait avec ceux qui conduisent un véhicule en état d'ébriété ou qui ont sous l'effet de l'alcool un comportement social répréhensible. Et qu'on foute la paix, le plus vite possible, à ceux qui ne causent pas de problèmes parce qu'ils fument un joint. Et qu'on leur garantisse surtout, avec la légalisation, un produit sécuritaire, au degré de THC contrôlé et à un prix qui élimine le plus possible la contrebande.
Quant aux lois, ça ne devrait pas être si compliqué. Qu'on les calque sur celles régissant l'alcool d'une part et sur le tabac pour les lieux de consommation autorisés.
Il ne devrait pas être nécessaire de doter les policiers de galons à mesurer pour s'assurer que les plants domestiques ne dépassent pas 100 centimètres de hauteur ou d'une balance pour s'assurer qu'il n'y en a pas plus de trente grammes dans les poches des fumeurs. C'est pas sérieux. 
Un petit joint, est-ce que ça pourrait changer le comportement des électeurs? C'est peut-être ça qui fait peur.
Coup de griffe
Après avoir été l'Happy Town, en cette grande année d'élections municipales, Trois-Rivières deviendra Cône's City. Les électeurs vont sûrement tripper à la vue des cônes orange et du bel asphalte tout suintant.
Coup de coeur
À Yves Donaldson, ce préposé aux bénéficiaires du CHSLD Roland-Leclerc qui dénonce, dans une lettre au premier ministre Couillard, l'état dégradé et dégradant des soins et de l'entretien qui sont réservés aux «bénéficiaires».