Le directeur général d'IDE Trois-Rivières, Mario De Tilly.

Encore pauvres et bienheureux?

On a appris cette semaine que le Québec se classait à l'avant-dernier rang des provinces canadiennes avec un revenu médian par ménage de 59 852 $, soit 10 000 $ de moins que l'ensemble du Canada qui se situe à 70 336 $.
C'est un gros écart. Qu'on sache que la Mauricie se situe à son tour au fond de la cave à cet égard dans l'ensemble du Québec, cela pourrait revenir à croire qu'on est devenu les bas-fonds économiques du Canada.
Sur le plan froidement statistique, il faudrait bien se résigner à l'admettre. Le revenu médian à Shawinigan en 2015 était de 46 027 $ et à Trois-Rivières, qui s'affiche pourtant avec des airs de prospérité, à seulement 51 850 $. 
Le revenu médian, ce n'est pas le revenu moyen. C'est le revenu du milieu. C'est-à-dire que la moitié des revenus sont en dessous, ou au-dessus. Mais même avec le revenu moyen, on arrive aux mêmes résultats. On est parmi les moins fortunés des moins fortunés du Québec et du Canada.
Ce n'est pourtant pas l'impression qu'on en a, du moins, pas partout dans la région et en particulier à Trois-Rivières, qui s'est donné, surtout avec l'été touristique qu'elle vient de traverser, des allures glamour. 
D'ailleurs, année après année, Trois-Rivières et Shawinigan se classent plutôt bien dans le palmarès des villes du bonheur au Québec et même sur le plan canadien, c'est le cas. Peut-être parce qu'on ne le sait pas qu'on n'est pas riche. Alors, on se déclare heureux ou même bienheureux.
Il y a quelque chose qui n'est pas compris ailleurs ou qu'on ne comprend pas. 
C'est vrai que le Québec doit probablement cesser de se péter les bretelles sur sa réussite économique qui est exemplaire à la condition qu'on ne la compare justement pas à celle des autres provinces canadiennes. Le modèle québécois, qui reste flou, n'a pas encore enrichi son monde. Il est plus fort en prétention qu'en résultats. 
Il est vrai que les chiffres bruts ne disent pas tout. La paie est certainement très bonne à Fort McMurray, dans les fins fonds perdus du Nord albertain. Mais on s'amuse quand même pas mal plus avec pas mal moins d'argent, on va l'admettre, à Trois-Rivières. Les soirées sont moins longues ici et beaucoup moins chères. 
C'est justement là l'avantage mais aussi une partie du problème.
Le directeur général d'Innovation et Développement économique Trois-Rivières, Mario de Tilly, mentionnait cette semaine qu'aux côtés de Shawinigan, on serait très présent et actif à la Foire nationale de l'emploi de Montréal. 
On va y faire valoir que le coût de la vie dans la région est relativement avantageux, que les condos et les maisons sont nettement moins chers qu'à bien des endroits, que tout est plus accessible financièrement, donc qu'on peut profiter d'une belle qualité de vie à bon marché. 
L'avantage et le confort économiques. C'est probablement ce qui explique en bonne partie que le revenu médian de la Mauricie soit toujours très en dessous des moyennes québécoises.
Il est difficile qu'il en soit autrement quand la région se classe toujours au premier rang pour les transferts gouvernementaux, soit pour les chèques qui proviennent des gouvernements. C'est vrai pour l'aide sociale, mais ça l'est aussi pour les pensions. 
La région était déjà vieillissante, mais en plus, une partie de sa croissance démographique est maintenant attribuable à une migration en sa faveur d'aînés qui arrivent d'autres régions du Québec. 
C'est une clientèle qui a compris les avantages économiques qu'offre la Mauricie, qu'on en fait plus avec moins d'argent. 
On s'entend que ce ne sont pas tous des cassés, mais il reste qu'à la retraite, on génère moins de revenus. Globalement, ces nouveaux arrivants font forcément baisser le revenu médian ou moyen. 
Ça reste une bonne chose.
Le défi, et là-dessus Mario de Tilly comme Luc Arvisais, à Shawinigan, l'ont bien compris, c'est qu'il faut impérieusement convaincre les jeunes familles à venir s'établir dans la région. Car leur bilan migratoire interrégional est négatif. 
Jusqu'à ce qu'il y a peu, on se disait que pour y arriver, il fallait créer des emplois et surtout, de bons emplois.
Cela peut surprendre, mais c'est devenu l'inverse. Pour créer des emplois, il faut trouver quelqu'un qui puisse accepter de l'occuper.
On n'en finit plus d'entendre dire que telle ou telle autre entreprise est à la recherche de personnel. On commence à voir des affiches «Nous embauchons». 
Une entreprise comme Shalwin, par exemple, en forte expansion, aurait même songé à installer des maisons mobiles à proximité de son usine de Shawinigan pour y loger des travailleurs qu'on ferait venir d'ailleurs, pour des séquences de production. 
C'est une idée comme beaucoup d'autres.
Il en faudra de l'originalité dans les moyens de séduction à déployer pour maintenir en région une base de main-d'oeuvre suffisante en nombre et en compétence. La concurrence sur le recrutement de la main-d'oeuvre sera de plus en plus vive.
Si le taux de chômage a tant diminué, c'est pour beaucoup parce que la force de travail, les bras ou les cerveaux, ne croit pas au rythme des besoins.  
Le problème est généralisé et la solution en région ne passera pas par simplement une amélioration des salaires et des conditions générales d'emploi. 
La nouvelle génération privilégie les grands centres parce que les emplois y sont abondants et bien rémunérés, mais surtout parce que les perspectives globales de carrière y sont meilleures. 
Il faudra passer de la petite à la grande séduction. Faire valoir que la Mauricie, c'est la vallée du bonheur, est-ce que ce sera suffisant? Si les plus âgés l'ont compris... Peut-être. Mais...
Coup de coeur
Si Big Sky, qui est devenue la vedette des rodéos du Festival western, avec deux premières pages dans Le Nouvelliste, en s'enfargeant dans une corde, se porte mieux, c'est tout Saint-Tite qui se rétablit.
Coup de griffe
La campagne électorale à la mairie de Trois-Rivières pourrait-elle se jouer sur un courriel? Il y a plus sérieux que ça. C'est fou comme on a l'indignation explosive en campagne électorale.