Ce contenu vous est offert gratuitement, il ne vous reste plus de contenu à consulter.
Créez votre compte pour consulter 3 contenus gratuits supplémentaires par jour.
Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste
Jean-Marc Beaudoin
Le Dr Horacio Arruda a prévenu que même si la situation semble s’améliorer, il faut rester prudent.
Le Dr Horacio Arruda a prévenu que même si la situation semble s’améliorer, il faut rester prudent.

En profiter… prudemment !

Article réservé aux abonnés
CHRONIQUE / Si l’on en croit les météorologues, il fera plus ou moins beau en début de semaine, mais on devrait connaître une poussée de chaleur et de soleil dans les jours suivants. Une illusion de printemps, peut-être, car après, on ne sait plus trop comment cela va se passer.

Une nouvelle tempête du siècle, qui sait?

On peut se demander si ce scénario ne se moule pas sur ce qui pourrait se produire avec notre nouvelle réalité sanitaire.

Ce qui expliquerait peut-être que les assouplissements accordés à plusieurs régions du Québec central, dont la Mauricie et le Centre-du-Québec, en les faisant passer de zone rouge à zone orange à compter de lundi, ont été bien accueillis. Mais sans donner lieu à une grande exubérance collective.

Même si avant le couvre-feu, il restait un peu de temps mercredi après l’adresse «libératrice» à une partie de sa nation du premier ministre François Legault, les Québécoises et les Québécois ne se sont pas précipités sur les trottoirs, dans la rue ou sur leurs balcons pour manifester leur joie ou lâcher un énorme soupir de soulagement. Il ne s’est pas organisé de défilés de klaxons.

Et ce n’est pas parce qu’il faisait froid dehors.

On a souvent fait des analogies avec la guerre pour expliquer le combat qui est livré à travers le monde pour vaincre le coronavirus.

En gardant Montréal et ses couronnes en zone rouge, ce qui représente 60 % de la population du Québec, et en maintenant encore de nombreuses restrictions pour le reste du Québec, il fallait bien comprendre qu’il n’y a pas encore d’armistice, que l’ennemi, même fragilisé, est toujours là et qu’il faut s’en méfier. On est prévenu qu’on devra encore pour un temps marcher comme sur un champ de mines ou nager, comme Horacio nous l’a imagé, dans des eaux calmes en apparence, mais infestées de gros requins.

Bref, Jaws ou Snipers, même plus discrets, ils sont toujours là, prêts à nous faire la peau.

Cela explique que tout en recevant comme une belle étoile dans la marge de notre bulletin social, pour l’effort consenti et les bons résultats obtenus, l’accueil réservé à la «récompense» gouvernementale a été mitigé.

On va quand même en profiter, tout en étant grugés par quelques inquiétudes persistantes pour la suite des choses.

Aurait-on dû attendre de connaître les impacts, s’il devait y en avoir, de la relâche scolaire, d’une vaccination qui n’est pas complétée, du moins chez les 65 ans et plus, d’une présence plus que troublante du virus anglais dans Montréal et ses périphéries?

On est tous un peu partagés là-dessus.

Le virus britannique, plus vorace, aussi méchant que son prédécesseur, mais beaucoup plus agressif, restera-t-il confiné à Montréal où il est concentré, ou presque? Tant mieux s’il préfère la grande ville.

Normal que dans une région comme la Mauricie, dont les statistiques sanitaires lui mériteraient presque le statut de zone verte, on entretienne quand même beaucoup de craintes.

Si le mutant britannique empruntait les ponts… On n’a pas de zone orange tampon avec Lanaudière et Montréal qui pourrait ralentir sa progression.

Il faudra porter nos regards inquiets vers l’ouest. S’il y avait une invasion du corona, elle viendra de ce côté.

On ne s’étonnera pas que l’apparition cette semaine d’une petite poussée contagieuse dans Maskinongé, sans qu’on en ait repéré la souche, ait justifié des appréhensions. On verra. Souhaitons que ce ne soit pas le variant britannique qui est en cause.

Si c’était le cas, on va demander au maire Yvon Deshaies, de Louiseville, de le prendre personnel, de sonner les cloches et de faire barrage au virus.

C’est toute cette ambiguïté qui explique que les restaurateurs, en particulier, n’aient pas non plus exulté à l’autorisation qu’ils ont enfin obtenue de rouvrir leurs établissements.

Plusieurs ne vont le faire que vers la fin de la semaine ou pour les plus prudents, d’une façon partielle et progressive.

Ils ont pour la plupart des problèmes de réorganisation à surmonter, de réapprovisionnement et pour beaucoup aussi, de reconstitution rapide du personnel. Mais tous partagent cette lourde inquiétude que s’il fallait tout refermer dans quelques semaines… Sept mois de fermeture en un an, ça suffit.

Comme tout le monde, ils sont quand même disposés à prendre le risque qui est proposé… pour notre plaisir et notre moral.

On est tous dus pour arriver enfin au bout de cet arc-en-ciel qu’on affichait dans nos fenêtres il y a un an, mais qu’on n’a pas osé, après l’avoir retiré à l’été, recoller en octobre.

On boit plus, on pote plus, on fume plus, on mange trop. On ne sait plus si on a vieilli d’un an ou de dix en douze mois. Les violences conjugales ou familiales sont en hausse. Les récents féminicides ne sont que la pointe d’un gros iceberg. Les problèmes de santé mentale explosent. Beaucoup de jeunes se résignent à prendre le risque de devoir payer de lourdes amendes parce qu’ils n’en peuvent plus d’être isolés… Le monde n’est plus parlable, bête comme ses pieds, sans façon.

Il faut retrouver nos repères. Il nous faut nous retrouver.

Prenons le pari qu’avec l’arrivée massive de vaccins, même s’il en prend trois semaines avant qu’ils n’atteignent leur pleine efficacité, le Québec sera bientôt devenu un désert pour le coronavirus, peu importe sa nationalité d’origine.

Marches, jogging, théâtre, resto, gym… Restons prudents et profitons de nos allègements, en n’oubliant cependant pas qu’il faut rentrer à la maison à la brunante.

Coup de cœur : Boire du gin du Quai des brasseurs pour lutter contre le cancer, quelle bonne idée!

Coup de griffe : On ne peut que souhaiter le virus sud-africain à l’empoisonneur de chiens de la Gabelle et de l’île Melville… à défaut de lui faire avaler sa propre potée.