Philippe Couillard

Élections: le suspense persiste

CHRONIQUE / Quand les électeurs se bousculaient dans les bureaux de votation, la journée du scrutin, Maurice Duplessis avait tendance à pressentir un vote de protestation contre le gouvernement.

Ce n’était pas bon signe.

Avec un vote par anticipation en très forte croissance, qui dépasse même les 20 pour cent des électeurs inscrits dans Trois-Rivières, les libéraux devraient être nerveux.

Pourtant, Philippe Couillard ne semblait pas l’être du tout lors de son passage cette semaine à nos bureaux du Nouvelliste.

Au contraire, le chef libéral voulait y voir la manifestation d’une impatience des électeurs à exprimer leur satisfaction à l’endroit de son bon gouvernement… mais aussi de l’efficacité de la machine libérale à faire sortir son vote, en particulier au moment du vote par anticipation.

C’est vrai que les libéraux se sont toujours révélés très efficaces à cet exercice dans le passé.

On peut aussi penser que si près d’un électeur sur cinq a saisi l’occasion qui lui était offerte de voter avant le temps, c’est que, en dépit des ratés qui ont été relevés, on lui facilite de plus en plus la chose en allongeant la période de votation et en multipliant les lieux de votation par anticipation.

On pourrait risquer aussi d’avancer comme hypothèse la lassitude des électeurs avec une campagne électorale qui comptait vraiment une semaine de trop. D’autant qu’avec des élections à date fixe, cela a fait en sorte que les partis n’avaient pas attendu le déclenchement officiel des élections pour se lancer à l’assaut des électeurs.

On a vu que la dernière semaine n’a à peu près été consacrée qu’à des échanges d’invectives entre les chefs, par fatigue ou frustration, on ne saurait le dire, peut-être pour ces deux raisons. Mais aussi qu’on en était arrivé à manquer de promesses pour alimenter 39 jours de campagne.

Les électeurs, qu’on disait fortement indécis ou disposés à changer leurs intentions de vote ne l’étaient peut-être pas autant qu’ils le laissaient croire.

Après tout ce temps à se faire parler de politique, il sera loin d’être inutile d’aller voter lundi.

Malgré tout ce qu’on en a dit, la campagne aura été intéressante parce que très particulière, en ce sens qu’on en arrive au bout sans pouvoir dégager de certitude et avec au moins deux grandes énigmes qui ne seront résolues que lundi soir.

D’abord, c’est comme s’il y avait eu deux courses électorales. Une entre les deux partis de centre-légèrement-de-droite, le Parti libéral et la Coalition avenir Québec pour occuper la première position.

L’autre entre les deux partis de gauche, de gauche légère avec le Parti québécois et moins que légère avec Québec solidaire, pour celui qui remportera la troisième position.

Dans le premier cas, on peut soupçonner que la CAQ est en position de remporter le plus de sièges à l’Assemblée nationale. Mais il serait périlleux de lui prédire une victoire majoritaire… à moins qu’il y ait une lame de fond qui n’aurait été décelée par aucune des grandes maisons de sondage.

D’un autre côté, on le sait, il ne faut jamais donner les libéraux pour battus. Ils profitent d’un bloc de sièges acquis qui voisine maintenant les 40 circonscriptions et de ce qu’on appelle la prime à l’urne qui les fait recueillir plus de votes qu’on ne leur en prédit.

Dans un tel contexte, tous les votes ont leur importance et chaque électeur peut se convaincre que le sort électoral du gagnant être entre ses mains… s’il est libéral ou caquiste.

Le vote des partisans péquistes ou solidaires ne l’est pas moins.

Personne ne peut vraiment prétendre que le Parti québécois va former le prochain gouvernement, minoritaire ou pas.

Personne ne doute par ailleurs qu’on a assisté au cours des dernières semaines à une véritable montée en popularité de Québec solidaire et que cela s’est opéré principalement au détriment du Parti québécois.

À quelle hauteur va s’arrêter le grignotage des votes péquistes? Très difficile à dire, d’autant que le PQ a fait une très bonne campagne, que c’est un parti qui peut encore s’offrir des assemblées publiques et en tenir parce qu’il est sûr qu’il va y avoir du monde, et, admettons-le, son cadre financier a été le plus sobre et le plus réaliste. À l’opposé complètement de celui de son adversaire QS qui, s’il n’est pas marxiste, en a de grands airs.

L’issue de cette seconde bataille est aussi imprévisible que celle du duel libéral-caquiste.

Le secret de sa résolution sera déposé lundi dans les urnes.

Dans la région, à l’exception dans le passé de la circonscription de Laviolette, la Mauricie a eu tendance à refléter les tendances exprimées sur le plan national.

Si c’était le cas encore une fois cette année, la Coalition avenir Québec serait favorisée lundi.

C’est du moins ce qu’ont indiqué tous les coups de sonde lancés par la firme Mainstreet pour le compte du Groupe Capitales Médias.

À l’exception d’un CROP qui a placé tout le monde au coude-à-coude, tous les sondages de Mainstreet ont accordé un avantage substantiel à la CAQ et c’était encore le cas hier dans Trois-Rivières en concédant une avance de plus de onze points au caquiste Jean Boulet sur le libéral sortant Jean-Denis Girard.

De son côté, la solidaire Valérie Delage soufflerait dans le cou de la péquiste Marie-Claude Camirand… Comme au national?

Un vote qui compte et une belle soirée électorale en perspective.

Coup de cœur

Il y a les poètes et la galette. Puisque ça rime, ce n’est donc pas incompatible. Alors, profitons des deux, du Festival international de la poésie de Trois-Rivières et du Festival international de la galette de Louiseville.

Coup de griffe

On aura beau dire, mais dans le domaine du showbiz, les Américains sont inimitables. On a encore pu le constater jeudi avec les témoignages aussi théâtraux qu’émotifs entendus au comité sénatorial pour la nomination à la Cour suprême de Brett Kavanaugh. Quel cirque, mais sans soleil!