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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste
Jean-Marc Beaudoin
Les décisions prises par le premier ministre François Legault et le ministre de la Santé Christian Dubé ont soulevé de la grogne au cours de la dernière semaine.
Les décisions prises par le premier ministre François Legault et le ministre de la Santé Christian Dubé ont soulevé de la grogne au cours de la dernière semaine.

Dure semaine pour Legault

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CHRONIQUE / Même si l’empathie parlementaire ne peut exister qu’en dose homéopathique, on peut penser que même si c’était insuffisant, le premier ministre François Legault en prendrait un peu.

La fin, vendredi, de la session parlementaire à Québec a assurément correspondu à la plus éprouvante des semaines sur le plan politique et de l’opinion publique qu’a eu à traverser le gouvernement Legault depuis son accession au pouvoir, il y a deux ans.

Ce ne serait probablement pas le meilleur moment de jeter un coup de sonde dans l’électorat pour vérifier si l’approbation de la gestion de la pandémie du gouvernement oscille encore dans les hauteurs majoritaires et si François Legault flotte toujours au-dessus des nuages dans l’opinion publique québécoise.

On aurait presque le goût de souhaiter au premier ministre, dont la voix est légèrement éraillée et qui tousse de plus en plus dans son coude, de s’offrir un bon moment de détente, genre un petit tête-à-tête avec son épouse dans un restaurant feutré ou un petit souper amical à la maison avec quelques bons complices

Mais voilà, la semaine était à peine entamée qu’on a dû comprendre qu’après être passé de quatre jours de congé de pandémie autour de Noël, rapidement réduits à deux rencontres restreintes de quasi-recueillement, on devait maintenant craindre qu’on soit plutôt replongé dans un confinement «provisoire» de deux semaines, bien sûr, sujet à être révisé pour allongement. Et qu’il nous faudrait désormais souvent faire la file, même dehors, malgré l’hiver qui nous tombe dessus.

Rien pour enthousiasmer la société.

Pas question dans ce contexte de donner un «go à Legault» pour une thérapeutique détente amicale, même bien méritée, et surtout pas avec Fitzgibbon au nombre des invités. D’autant qu’au passage, on a corsé les amendes à imposer aux contrevenants, en demandant aux policiers d’être plus que jamais aux aguets et en laissant un peu partout des voisins se convaincre que par sacrifice civique, ils doivent se «résigner» à passer des heures à leur fenêtre, jumelles en bandoulière, au cas où, pour rendre la rue sécuritaire... Hum !

Même si les policiers ne souhaitent pas être accaparés par une nouvelle salve de délations loufoques comme cela est arrivé au printemps. Mais comment confondre des malicieux bienveillants?

Quant à aller se détendre dans cette douce ambiance qu’aurait pu apporter au PM un «comfort food» avec sa conjointe dans un petit resto discret, il n’en est évidemment pas question. Même si le premier ministre avait cherché in extremis à s’amender en s’offrant un petit frontal de couple, en permettant aux restaurants la clientèle familiale, il aurait peut-être eu de la difficulté à se faire servir. Même réfugié dans un coin sombre, à une éternité d’une table voisine, à la stricte lueur diffuse d’une chandelle, il se serait trouvé des serveurs assez choqués pour refuser de prendre sa commande.

Depuis qu’on sait que ce n’était pas le bon docteur Horacio qui a ordonné la fermeture complète des restaurants, il y a des frustrations refoulées qui ont explosé dans ce secteur poussé à l’agonie économique, sans qu’on sache toujours si c’était ou pas vraiment utile.

Le PM a cherché vendredi à se faire un peu pardonner en annonçant que les restos pourront maintenant livrer du vin. Il peut toujours se risquer à tenter l’expérience chez lui. Mais l’entrée est mieux de ne pas être trop glissante. Un accident est si vite arrivé. Le liquide rouge-sang d’un beau Bordeaux d’importation privée qui maculerait par accident la neige de l’allée, c’est presque un crime contre l’humanité.

Comme si ce n’était pas suffisant que le contexte pandémique se dégrade, le rapport de la protectrice du citoyen sur ce qui s’est passé dans les CHSLD au printemps est venu permettre comme une overdose de récriminations à l’endroit du gouvernement de la part de ceux qui ont intérêt à le discréditer, et il y en a, ou qui en entretiennent de la rancoeur.

On a qualifié le rapport de dévastateur. En fait, le rapport ne nous apprenait pas grand-chose qu’on ne savait déjà. Mais le Québec a été tellement meurtri par cet épisode gênant, honteux, qu’il en demeurait accablant. Pas seulement pour le gouvernement, qu’il en ait été responsable ou pas, mais pour nous tous de se faire rappeler, sans filtre, cette période sombre. Plus de 4000 personnes âgées sont mortes, beaucoup, beaucoup dans des conditions indignes du niveau auquel prétend être notre société.

Reste que même si ce rapport permettait de condamner l’action gouvernementale prise à ce moment-là, au lendemain du témoignage du directeur de la Santé publique, sincère mais par moments brouillon, mais aussi révélateur, c’en était un peu trop. Surtout après l’affaire Fitzgibbon.

Le ministre a certes enfreint les règles du code d’éthique des parlementaires, mais ce n’était pas pour en retirer des avantages ou favoriser des amis. Une faute de gravité relative.

Pour leur part, les restos auraient-ils eu intérêt ou avantage à renoncer au soutien gouvernemental pour opérer avec les nouvelles contraintes qui leur auraient été imposées? Strictement observées, ces règles auraient transformé les fébriles samedis soirs en mornes lundis soirs de novembre.

Compte tenu de l’évolution à la hausse du nombre de cas de COVID-19 identifiés chaque jour et des fortes pressions sur le réseau de la santé, jusqu’à nécessiter un important délestage des soins de santé qui peut atteindre jusqu’à 40 pour cent dans certains services en Mauricie-Centre-du-Québec, il devenait impérieux de resserrer les règles sanitaires, que cela soit populaire ou pas.

Le gouvernement Legault sort-il un peu amoché de cette dernière semaine de session parlementaire? Disons que les oppositions ont été coriaces et efficaces.

On saura dans quelques jours jusqu’où iront les nouvelles règles de confinement auxquelles on devra se soumettre pour la fin de l’année, pour la fin du «marathon» comme l’a suggéré François Legault.

En attendant, après avoir renoncé pour les Fêtes à la dinde, au juteux sept-côtes de bœuf, à la spectaculaire couronne de porc ou au plantureux cipaille du Lac-Saint-Jean, finalement, probablement que le petit poulet de Cornouailles sera suffisant.

Coup de cœur: Question de se changer les idées, quand allons-nous être surpris par un monolithe d’aluminium triangulaire planté à l’insu de tous, quelque part, genre au parc portuaire? On est mondial ou pas?

Coup de griffe: Peut-on croire que des compagnies refusent d’assurer les autos, peut-être même des résidences, quand leur propriétaire habite une réserve carrément urbaine, comme à Odanak?