Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste
Jean-Marc Beaudoin
Arc-en-ciel, signe d’espoir.
Arc-en-ciel, signe d’espoir.

Du gris dans l’arc-en-ciel

CHRONIQUE / La période que nous traversons est assurément la plus sombre que l’on puisse avoir vécue, peu importe notre âge... et, souhaitons-le nous très fort, qu’on n’aura plus jamais à revivre, sous cette forme ou sous une autre.

Pourtant, dans cette brunante imposée, il y a un signe d’espoir qui ne trompe pas et qui peut réchauffer les cœurs, pour peu qu’on les laisse s’entrouvrir: l’arc-en-ciel.

Un peu partout dans les fenêtres des maisons, de commerces, des autobus, vides, de la ville, des dessins d’arc-en-ciel viennent égayer la morosité ambiante et généralisée.

On peut croire que lorsque la crise ne sera plus qu’un triste souvenir, même dans plusieurs années d’ici, quand la COVID-19 sera remémorée comme l’élément le plus marquant et le plus traumatisant du 21e siècle, on la représentera par un arc-en-ciel.

On peut penser qu’il y a là comme un symbole invraisemblable.

Pas vraiment. Ce désir de dessiner un arc-en-ciel et de l’afficher à la vue des autres doit être interprété, malgré toute l’impuissance ressentie par chacun, comme une confrontation personnelle à la COVID.

Ces belles couleurs sont arborées comme pourrait l’être un drapeau de la victoire à venir. Elles préviennent l’ennemi que le moral tient bon et qu’il sera vaincu. Ce n’est qu’une question de déploiement organisationnel et de temps.

Les statistiques quotidiennes de la situation au Québec, qui ont explosé depuis quelques jours, ne devraient pas nous troubler. Elles démontrent seulement que le Québec est devenu très efficace dans sa capacité à repérer les cas d’infection et à les contrôler.

Plus vite on atteindra la pointe et plus vite on pourra la redescendre. C’est ce qui explique le niveau de confiance élevé de nos concitoyens dans la capacité du Québec à parvenir à endiguer, peut-être mieux et plus vite qu’ailleurs, la crise du coronavirus.

En même temps, il faut espérer que ne s’installe pas une bande de gris dans les couleurs de notre arc-en-ciel.

Le premier ministre François Legault a lancé une pressante demande aux Québécois, en état de le faire, d’aller aider les organismes communautaires qui manquent, à beaucoup d’endroits, cruellement de bénévoles pour assurer certains services essentiels aux plus démunis et aux personnes âgées.

Cette requête, on l’a vu dans la région, a été entendue par beaucoup de gens. Il y a en ce moment un bel élan de générosité.

On peut quand même s’étonner qu’il faille lancer un tel appel à la solidarité quand tant d’employés de l’État, que ce soit au fédéral, au Québec ou dans les municipalités, ont été libérés, avec plein salaire, avantages sociaux maintenus et emploi garanti quand la pandémie aura été traversée.

On aurait pu assujettir ces libérations payées à un minimum de service à rendre à la société. Cela aurait été plus équitable pour ceux qui sont payés, mais qui doivent travailler et surtout pour ceux du privé, menacés d’apprauvrissement.

Nos administrations publiques se sont protégées pour la suite des choses, alors même que leurs coffres se vident. Elles ont par contre délesté tout le secteur privé jugé non essentiel.

Certes, on multiplie les mesures d’atténuation à l’intention du secteur privé. Mais on sait déjà qu’à la fin de la crise, ce sera l’hécatombe, en particulier chez les plus petites entreprises et que les survivantes vont être très amochées. Il leur en prendra des années pour se replacer et réembaucher leur équivalent de personnel.

Certes, Ottawa a un peu corrigé le tir vendredi, mais ça reste une compensation partielle et temporaire de quatre mois, ce qui nous donne une idée du minimum de temps à devoir traverser en confinement.

À Trois-Rivières, par exemple, la rémunération des brigadiers scolaires a été maintenue, à la condition qu’ils offrent leurs services au secteur communautaire.

On n’a pas vu d’équivalence chez les cols blancs alors que les employés des travaux publics renvoyés à la maison ne reviendront au travail que pour du travail «conventionné».

À Shawinigan, le maire Michel Angers n’a pas pu obtenir davantage de ses cols bleus mis au repos, mais a fortement suggéré à ses cols blancs de compenser en faisant du bénévolat pour leurs communautés. Va-t-il être entendu?

Les employés du secteur public, peu importe le niveau, sont des privilégiés en ce moment. Après la distanciation sociale, il y maintenant la différence sociale, selon que vous êtes dans le public ou dans le privé.

Il faut peut-être prévenir une montée de frustration sociale, si la pandémie devait se transformer en temporaire allongée, ou très allongée.

En attendant, jeudi, un premier chant d’outardes s’est fait entendre au-dessus de Trois-Rivières, nos snowbirds de bernaches qui s’échappent des États-Unis.

Je pense qu’elles ne sont pas venues nous narguer, mais nous saluer, avant de bifurquer vers le lac Saint-Pierre.

Les outardes et les oies, c’est un vrai beau signe que le vrai printemps arrive. On en avait grand besoin.

Espérons que quand elles vont nous quitter dans quelques semaines pour le nord, elles soient imitées par un satané virus.

Coup de cœur: À ces profs, et à tous ceux comme eux, transformés en anges, qui vont bénévolement livrer de la nourriture à ceux qui en ont besoin.

Coup de griffe: Il y en aurait à donner, mais on va attendre encore un peu.