Le don du résidu de ses fonds de campagne électorale à COMSEP témoigne d'une volonté du maire Yves Lévesque de tourner la page sur les différends qui ont pu surgir dans le passé avec Sylvie Tardif et ses supporters.

Don de Lévesque à COMSEP: plus désintéressé que geste calculé

Attention! On n'en est pas aux accolades et aux embrassades. Ce n'est pas le signal de la grande réconciliation. Mais on ne pourrait pas dire, à la manière des commentateurs sportifs, que c'est encore deux personnes à ne pas inviter dans le même party.
Chez ses anciens adversaires, on n'en est plus à chercher à lui faire des jambettes, ou à le guetter au coin de la rue pour lui faire un mauvais parti. On en est à la vigilance tranquille, à l'observation discrète, mais éclairée, sur ce qui se passe à l'hôtel de ville.
Il reste que le geste venu du clan du maire Yves Lévesque qui a versé à COMSEP le résidu de ses fonds de campagne électorale témoigne d'une volonté d'apaisement avec Sylvie Tardif et ses supporters et d'un désir de tourner la page sur les différends qui ont pu surgir dans le passé.
Certes, le montant versé de 450 $ peut apparaître modeste. C'était là tout le petit surplus dont devait disposer l'agent d'élection du maire, Luc Bouthillier, qui aurait pu prendre bien des directions. Les organismes méritoires à Trois-Rivières qui manquent d'argent sont nombreux.
Il faut donc y voir un «beau geste» qui témoigne, comme l'a jugé Sylvie Tardif, d'une reconnaissance de la part du maire du travail accompli depuis 25 ans par COMSEP. Mais il faut y voir aussi, au-delà du dur affrontement électoral de l'automne dernier qui était la suite logique de grosses années de turbulence à l'hôtel de ville, du respect que ces deux personnes se nourrissent malgré tout. Il peut demeurer de la déception, il n'y a plus d'acrimonie.
Yves Lévesque et Sylvie Tardif ont quand même partagé la table du conseil municipal pendant une dizaine d'années et pas toujours à couteaux tirés.
Bien sûr, certains voudront voir dans ce geste le fin calcul d'un politicien retors et machiavélique, qui s'achète avec quelques miettes la magnanimité et la grandeur morale dont il serait dépourvu. Comme César, dans ses arènes, levait le pouce en l'air pour épargner un valeureux combattant afin de plaire à son bon peuple qui lui réclamait son indulgence. Yves Lévesque est loin de la sanctification, on s'entend, et il ne serait pas nécessaire de creuser dix pieds sous terre pour lui trouver quelques travers, mais pour avoir été un peu au parfum de cette affaire, il n'en est rien dans ce cas-ci.
C'est un geste totalement désintéressé qui a été posé. La preuve en est que les deux parties avaient conclu une entente tacite de ne pas médiatiser le don. Sylvie Tardif, qui raconte avoir d'abord éclaté d'un grand rire en entendant l'offre, puis éprouvé quelque méfiance, avoue qu'elle ne croit pas qu'il y ait eu des arrières-pensées malveillantes.
L'initiative est venue avec simplicité de Luc Bouthillier, qui connaît bien COMSEP et Sylvie Tardif et qui a pensé que c'était là une bonne façon de disposer des quelques fonds restants de la campagne. Le maire a trouvé la suggestion heureuse. La discussion n'a pas été longue entre les deux hommes. Dans les faits, il n'y en a pas eue.
Mais on s'était convenu de ne pas ébruiter cette «générosité». C'est mal connaître le flair des médias. Le Nouvelliste l'a rapidement appris, car le chèque à COMSEP n'a été émis que le 24 juin. Cela serait forcément devenu connu car les rapports de dépenses électorales déposés à la Direction générale des élections sont du domaine public. Mais l'agent d'élection du maire avait jusqu'au 31 décembre pour déposer son rapport financier additionnel qui contient cette remise à COMSEP.
Encore là, de malins esprits pourraient vouloir se convaincre que la «fuite» a été organisée par le clan d'Yves Lévesque, ne serait-ce que pour récolter un peu de noblesse avec ce «beau geste». C'est pourtant loin d'être le cas.
Sans entrer dans les détails, s'il y a eu indiscrétion, ou confidence, c'est plutôt de l'entourage de Sylvie Tardif que cela est venu. Il faut comprendre que la proposition de Bouthillier avait de quoi surprendre et faire jaser à COMSEP et qu'il a fallu la soumettre au conseil d'administration de l'organisme. Il y avait finalement, de ce côté, bien du monde au courant et pas de méfiance à en parler entre soi.
Finalement, la nouvelle, qui fait un peu cocasse, est sortie beaucoup plus tôt que prévu et il n'y a pas grand-monde qui s'en porte plus mal pour autant.
Les irréconciliables d'avec le maire auront bien d'autres occasions de se reprendre. Quand on connaît son côté sanguin, ça pourrait ne demander qu'un peu de patience pour avoir quelque chose à se mettre sous la dent canine. En attendant, il faut reconnaître que c'est plutôt l'oecuménisme qui règne à l'hôtel de ville.