Jean-Marc Beaudoin
Sonia LeBel
Sonia LeBel

Dommage, c’est pas «la belle» et LeBel

Sympathique ou pas, on peut penser qu’il y a plein de monde qui aurait aimé que Sonia LeBel, la célèbre ex-procureure de la Commission Charbonneau, se présente dans Laviolette-Saint-Maurice plutôt que dans Champlain.

Le mot de bienvenue que lui a servi la ministre régionale Julie Boulet, qui n’apprécie d’évidence pas son genre et sa personnalité qui peut être cassante, n’ajoute que davantage à la déception de devoir concéder qu’on n’assistera pas à une bataille politique en règle avec ces deux femmes.

Quel beau spectacle électoral cela aurait pu donner. Il aurait fallu trouver une formule pour décrire cet épique affrontement politique, puisque la classique «bataille de coqs» généralement utilisée pour illustrer un tel duel n’aurait pas été appropriée. Il aurait fallu trouver une expression à caractère féminin, ou à tout le moins, ne serait-ce que pour être à la mode ou s’éviter les foudres de la solidaire Manon Massé, sans genre.

Se référer aux autres volailles de la basse-cour pour qualifier cette bataille aurait décidément fait trop macho.

Un tel combat aurait été dans le sens puisque les deux femmes ont livré un dur face-à-face à la Commission Charbonneau et qu’elles auraient toutes les deux des raisons de vouloir en découdre puisqu’on ne peut pas vraiment dire qui a gagné ou perdu lors de cet affrontement.

Sonia LeBel est peut-être arrivée à faire paraître Julie Boulet comme une plante verte pleine de trous de mémoire et à semer des doutes sur sa franchise. On a même pu déceler, en raison d’autres témoignages, que l’ex-ministre des Transports pouvait avoir son petit caractère. Par contre, durant deux jours à répéter vainement à peu près la même question, ajouté à ses mimiques et ses nombreux mentons en l’air, le côté vindicatif de la procureure avait ressorti.

Non, cette fois-là, Sonia LeBel n’a pas claqué des doigts, mais Julie Boulet s’en est finalement tirée sans aucun blâme de la part de la Commission Charbonneau.

Pour justifier son choix de se présenter dans Champlain, on a fait valoir que Sonia LeBel a de la famille en Mauricie et qu’elle possède un chalet au nord de La Tuque où elle a tué son premier orignal. Ça crée des racines..

Justement, au nord de La Tuque, c’est pas dans la circonscription de Champlain, mais dans Laviolette-Saint-Maurice… détenue par la ministre blondinette qu’elle a tant tenté de faire trébucher à la Commission Charbonneau.

Bon, ça n’arrivera pas. Il reste que l’entrée en scène de la vedette caquiste, qui sera officiellement confirmée le prochain week-end, même si c’est dans Champlain, a mis de l’émotion dans cette campagne électorale, déjà amorcée, plus de cinq mois avant la tenue du scrutin.

Avec un soupçon de philosophie et un certain calcul, dans le clan du député libéral sortant Pierre-Michel Auger, on esquisse un certain sourire à l’arrivée d’une telle candidature. On assure préférer affronter une vedette caquiste qui n’est pas de la place qu’une personnalité locale en vue. On aurait quand même aimé que l’ex-députée Noëlla Champagne revienne sur les rangs en raison de la forte rétention du vote péquiste qu’on lui concédait. Un vote qui autrement, s’il s’effrite, risque fort d’aller du côté caquiste.

Des quatre comtés que compte maintenant la Mauricie, si on s’en reporte à son passé politique, Champlain est toujours perçu comme le comté le plus enclin à gagner le clan caquiste. C’est comme ça depuis 1994 avec à l’époque l’Action démocratique du Québec. Aux dernières élections, le jeune Andrew D’Amours avait même fini deuxième, coiffant la péquiste Champagne, à trois points seulement du libéral Auger.

Dans la région, c’est en principe le comté de Maskinongé qui tomberait caquiste en deuxième puis celui de Trois-Rivières suivrait, s’il y a lieu.

Si l’on s’en rapporte au dernier sondage de Mainstreet , les sites de projections électorales placent même maintenant au coude-à-coude dans Laviolette Julie Boulet et son adversaire caquiste Marie-Louise Tardif, à l’instar des intentions de vote au national où libéraux et caquistes en sont rendus à égalité.

La CAQ n’a pas encore fait connaître ses représentants dans Trois-Rivières et Maskinongé.

La venue de Sonia LeBel dans Champlain allume quand même quelques lumières. Si elle était élue et que le prochain gouvernement était caquiste, on peut tenir pour acquis qu’elle serait nommée ministre de quelque chose.

On peut aussi tenir pour acquis que le député Donald Martel, dans Nicolet-Bécancour, devenu avec le temps un pilier de la CAQ, serait lui aussi plus que ministrable. Le parti lui doit bien ça.

Donald Martel assure depuis plusieurs semaines déjà qu’il a une bonne candidature pour Trois-Rivières. Même si c’est plutôt mollement qu’il le nie, l’avocat Jean Boulet (le frère de Julie, comme on sait) reste une hypothèse assez plausible. Cela ferait un autre candidat ministrable... et sûrement «sympathique».

Il y a beaucoup de rumeurs mais peu de choses vérifiables. Mais à tout hasard, on dit qu’une candidature féminine ne serait pas exclue. C’en ferait trois en Mauricie. Ajoutez-en une quatrième dans Maskinongé et il faudrait trouver du vocabulaire original pour décrire l’équipe caquiste lancée à l’assaut de la Mauricie.

Ça reste spéculatif. Donc, pas de claquement de doigts trop hâtifs.

Coup de cœur: À Yvon Deshaies, le maire de Louiseville, capable de nous surprendre sans cesse avec de nouvelles déclarations explosives. Et le pot n’est même pas encore légalisé. Qu’est-ce que ça sera après?

Coup de griffe: Cent jours à s’ignorer mutuellement. Il en faudra combien encore pour que les relations dégèlent un peu à l’Aluminerie de Bécancour, un conflit où tout le monde, y compris la région, perd beaucoup, beaucoup.