Deux sujets ont fait se réanimer avec une plus forte passion la joute municipale à Trois-Rivières.

Des invectives à l’américaine

On aurait pu cette semaine se satisfaire des élections américaines de mi-mandat pour nourrir notre goût du débat et on aurait été plus que raisonnablement gâté là-dessus avec un trumpisme triomphant au Sénat et un trumpisme déboulonné à la Chambre des représentants.

Mais pour célébrer avec intensité le premier anniversaire des dernières élections municipales, qui arrivait presque en même temps, deux sujets ont fait se réanimer avec une plus forte passion la joute municipale à Trois-Rivières.

L’adoption sur division au conseil municipal d’une politique aussitôt controversée que celle de Vision zéro et l’amorce officieuse, mais très sentie, d’une campagne précoce à la mairie de Trois-Rivières ont déclenché les hostilités.

Bien sûr, les médias ont un peu tendu la perche, mais la spontanéité des opposants à prendre les armes, on pourrait d’ailleurs parler de belligérants tant les attaques mutuelles ont été incisives, virulentes, à dessein assassin, permet de laisser comprendre qu’on n’attendait qu’une occasion pour se sauter dessus.

Il se peut que certains Trifluviens aient été inspirés par la fin de campagne américaine au ton tonitruant de leur président suffisant et belliqueux et que ce modèle puisse paraître comme étant la nouvelle norme à atteindre dans le débat politique.

On se comporte idéalement en activiste, la fin justifiant les moyens, la meilleure arme demeurant, avant les arguments physiques auxquels on n’est pas rendu, pas encore, les insultes à profusion avec une bonne dose de hargne. Comme si pour être à la hauteur, il fallait descendre au plus bas.

Rassurons-nous, dans les petits échanges corsés et lapidaires auxquels se sont livrés les chevaliers des réseaux sociaux, on n’est pas descendu jusqu’à l’indécence de la Maison-Blanche qui a truqué, à la face du monde, une vidéo pour faire commettre au reporter de CNN, Jim Acosta un geste qu’il n’avait pas posé afin de justifier son expulsion des lieux.

L’adoption de la Vision zéro inversée en «Zéro Vision» par certains, et la confirmation de certaines aspirations à la mairie de Trois-Rivières, si elle était mise en jeu, justifient parfaitement l’expression d’opinions, mais pas à la hauteur du défoulement constaté chez plusieurs.

Il est vrai que comme aux États-Unis entre Démocrates et Républicains, depuis trois élections à la mairie de Trois-Rivières, la population est divisée presque à 50/50 en faveur ou contre le maire Yves Lévesque. Ses trois dernières victoires ont été courtes.

On a bien observé que l’opposition au projet de Vision zéro et de sa mesure la plus percutante, qui est celle de réduire de 50 à 40 kilomètres la vitesse dans les quartiers résidentiels, allait bien au-delà du projet.

C’est aux conseillères et conseillers qui ont soutenu le projet qu’on s’est beaucoup attaqué sur le plan personnel. On leur a crié des noms de toutes sortes. Le moindre argument à l’encontre de cette «Vision» était largement amplifié. Mais en filigrane, on sentait bien que ce qu’on leur reprochait avant tout, c’était de s’être présentés en porte à faux avec le maire Lévesque.

C’est peut-être là, pour une moitié de population, un bien plus grand mal que d’éventuelles rues conviviales plus agréables au cycliste qu’à l’automobiliste.

On s’est aussi, dans plusieurs cas, rapidement indigné que des personnes puissent déjà admettre leur intérêt à briguer la mairie de Trois-Rivières, comme si cela se faisait dans le dos d’Yves Lévesque.

D’abord, ce dernier a prévenu qu’il en serait à son dernier mandat en n’écartant pas la possibilité d’être candidat conservateur aux élections fédérales de l’an prochain.

Dans un tel contexte, son corps politique n’est pas encore refroidi, mais il est au moins tiède. Il est normal que s’il devait y avoir des élections hâtives à la mairie de Trois-Rivières, certaines personnes puissent déjà y penser, vérifier leurs appuis au cas où, tâter le terrain… être prêtes!

On ne va pas le rendre coupable de la chose, mais après cet été très discret, suivi d’une convalescence pour raisons de santé, sans son ni image depuis, qui prend l’allure d’une éclipse totale, le maire convalescent ouvre lui-même la porte aux tentations successorales.

Le maire n’a pas donné quelques signaux que ce soit sur son état, s’il s’améliore ou pas. On ne sait toujours pas ce qui l’afflige. Aucune apparition, même furtive, aucun clin d’œil; même ses proches collaborateurs politiques sont tenus dans un apparent silence radio.

On se doute bien quand même qu’il suive la joute et que cela doit le réconforter de constater qu’à travers les débats qui émergent des décisions prises à l’hôtel de ville en son absence, il se trouve plein de supporteurs qui en profitent pour prendre parti en sa faveur, alors qu’il n’a pas dit mot dans ces dossiers. Que plusieurs le fassent à la hussarde trumpienne ne devrait pas l’indisposer pour autant.

Il reste que, comme l’écrivait avec justesse dans les pages éditoriales du Nouvelliste mon confrère Martin Francoeur, un nouvel ordre s’est installé à l’hôtel de ville de Trois-Rivières depuis les dernières élections municipales et qui, non pas profite de l’absence du maire, mais prend son assurance au fil des mois.

Ce qui n’est pas sans risque. Le groupe tacite des huit, qui monte parfois à neuf, a subi une vague de protestations après avoir avancé l’idée d’accroître les salaires, même si c’était présumément à coût nul. Le projet de mettre la pédale douce dans les rues de la ville a de nouveau fait monter la vapeur contre eux.

La facture du prochain budget municipal et du nouveau plan triennal d’immobilisations, avec bien sûr le taux de taxe qui les accompagnera, seront hautement considérés.

Coup de cœur: Avec sa surprenante programmation, le tout jeune 2e TR-IFF (Festival international du film de Trois-Rivières) s’annonce déjà mature et nous autorise un novembre moins gris.

Coup de griffe: Si d’un coup de gueule, on a fait disparaître 3 milliards $ de surplus budgétaires, ça sera sans problème si d’un coup de crayon, ils réapparaissent en allègement fiscal.