Françoise David, François Legault, Pauline Marois et Philippe Couillard lors du débat des chefs du jeudi 20 mars.

Débat: la soirée des longs couteaux

On serait tenté de suggérer pour le dernier débat des chefs de jeudi soir de fermer le volume et de s'en tenir à l'appréciation du non verbal.
Ça risque d'être tout un spectacle. On peut en effet s'attendre à ce que les visages de certains chefs soient très expressifs. Qu'ils nous restituent avec l'éloquence de leurs mimiques et de tics nerveux, leurs états d'âme. Dit autrement, des grimaces, pour diverses raisons, il va y en avoir une et une autre.
La seule chef qui devrait normalement être à l'abri de fortes réactions impossibles à dissimuler, c'est Françoise David. À part un appel du pied de Pauline Marois à la solidarité souverainiste, souvent lancé mais jamais entendu, on ne voit pas trop comment la coporte-parole de QS pourrait devenir la cible de ses adversaires.
Avec des intentions de vote qui oscillent maintenant dans les 10 %, parfois même davantage, au point qu'on peut espérer égaler la CAQ, Françoise David arrivera plutôt sereine sur le plateau. Elle pourrait même être zen, ce qui serait une admirable façon de se distinguer dans un débat qui s'annonce autrement hargneux.
Bien sûr, on va quand même mettre du son, quitte à heurter nos chastes oreilles, susceptibles de bourdonner souvent. Le langage ne sera pas châtié. On va moins faire dans la dentelle. On n'a plus le choix.
On l'a vu cette semaine avec François Legault, le chef de la CAQ, dont le langage a monté en couleur à mesure qu'il sombrait en déficit de sobriété. Il ne s'applique plus à se forger une stature d'homme d'État, mais d'homme du peuple qui parle comme le vrai monde... quand il est sur la go. C'est un jeu de mots. Mais c'est comme ça, en se revendiquant des «couilles», au moins verbales, qu'il est parvenu à attirer un peu plus d'attention sur lui. Au point où il en est rendu dans les intentions de vote, il n'a plus rien à perdre. Il va jouer son va-tout. Le pire ne peut pas arriver, c'est déjà fait.
En même temps que Legault sortait les gros mots, on a vu la campagne entrer en dérive totale, où toutes les attaques sur l'intégrité des uns et des autres, surtout au PLQ et au PQ, ont été permises. On n'est plus dans la grande arène électorale. On est dans l'enclos boueux du Festival du cochon. Les mauvaises odeurs sont à l'ordre du jour. On avait fait provision de bombes puantes. On a jugé le moment venu de les lâcher.
Indice de panique de la part d'un Parti québécois qui se prête au jeu parce qu'il voit une partie de son électorat francophone glisser au PLQ? C'est possible. Même probable. À défaut d'en faire coller un max sur Philippe Couillard, le téflon, on cherche à lui substituer Jean Charest comme adversaire, sur lequel le détergent est moins efficace, d'autant qu'il n'est plus là pour l'appliquer.
Le chef libéral ne s'est pas privé non plus d'envoyer quelques mottes bien graisseuses à la chef péquiste. Il l'a fait à Trois-Rivières mardi en lui demandant de dévoiler, comme lui-même s'apprêtait à le faire, ses revenus et la liste de tous ses avoirs... ainsi que ceux de son époux, comme lui étalera ceux de son épouse. Même s'il s'en est formellement défendu, tout le monde a compris qu'il visait Claude Blanchet et ce fameux «deal» avec la FTQ, dont on ne connaît toujours pas la teneur exacte. C'était plus habile de sa part, que subtil. C'était surtout vicieux. Le médecin a sorti son scalpel et s'en est servi pour ouvrir une première plaie.
Tout cela met la table à un débat de la dernière chance où tous les coups, même les plus bas, pourraient être donnés. Il vaudra peut-être mieux coucher les enfants.
Il est évident qu'on va tenter de faire perdre à Philippe Couillard la contenance et l'image de force tranquille qui l'avaient placé au-dessus de la mêlée au dernier débat. Comme il est devenu l'homme à abattre, tous les canons vont tirer dans sa direction. Il lui faudra retrouver ses vieux réflexes et la totale maîtrise de soi qu'impliquait son travail de neurochirurgien.
De son côté, Pauline Marois devra lancer ses attaques en prenant soin d'éviter de trop relever le menton, d'avoir le bec serré et de faire des petits yeux plissés méchants. Pourra-t-elle y arriver? Pas facile. Quand les coups qu'on porte ou qu'on reçoit sont au ventre, parfois même au bas du corps, le visage ne peut mentir sur ce qui est ressenti. Ça fait un gros non verbal... qui hurle.
Qu'on n'en doute pas. Ça va être un combat extrême. Car au moins deux chefs vont en sortir sur des civières.