Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste
Jean-Marc Beaudoin
Mariannick Mercure
Mariannick Mercure

De Mercure au mercure budgétaire

Une mention avec renvoi à la Une du "Nouvelliste", un sujet d’inspiration pour une caricature de Jean Isabelle, mais surtout, un déchaînement de commentaires, résolument désagréables, dans les réseaux sociaux.

La décision annoncée sans détour cette semaine par Mariannick Mercure de ne pas être candidate comme conseillère du district des Forges aux prochaines élections municipales a créé beaucoup d’émotion dans la ville.

Pour la majorité, les réactions à chaud de ses opposants se sont résumées à dire, «bon débarras». Beaucoup de ceux-ci, et pas forcément celui qui l’a déjà prévenue qu’il voulait lui «casser la yeule», vont quand même devoir se priver du plaisir impatient qu’ils entretenaient à haute voix de la battre aux élections.

C’est comme si tous ceux qui ne l’aimaient pas habitaient le district des Forges.

Depuis longtemps à Trois-Rivières, les conseillères et conseillers sont élus par district et non par l’ensemble de la ville. Par scrutin universel, les gageures auraient été bonnes à prendre dans son cas. Ce n’est pas parce qu’elle a fait de la peine à Yves Lévesque qu’elle aurait été condamnée au bûcher électoral. Il n’y aurait pas manqué de bras pour l’étouffer, mais en raison de ses positions écologiques, même de climato-anxieuse d’apparence paniquée, elle aurait récolté beaucoup d’appuis à travers la ville. On s’entend, pas ceux des amis du Grand Prix ou des partisans des Aigles. Sauf que la cause environnementale pèse lourd en ce moment dans tous les débats politiques, et le municipal n’en est pas exclu. Webdiffusion aidant, la «cause» a même envahi les séances du conseil municipal, côté estrades.

Mais dans le district des Forges, on peut penser qu’elle se dirigeait de toute manière vers une défaite électorale. Ce n’est pas tant en raison de sa très contestée Vision zéro ou de son engagement démesuré à la cause environnementale, mais parce qu’on digère mal dans le secteur qu’elle ait fini par endosser deux grands projets de développement domiciliaire dont celui sur l’ancien golf des Forges.

Mariannick Mercure reconnaît qu’elle est «polarisante». C’est le moins qu’on puisse dire de celle que certains ont souvent présentée comme la «Catherine Dorion» de Trois-Rivières. Ce qui n’est pas tout à fait faux, mais pas à cause de cotons ouatés, de tuques ou de Doc Martens qu’elle aurait pu porter. Elle a été candidate, évidemment défaite à plates coutures, pour Québec solidaire en 2008 dans Maskinongé, au début de l’évangélisation de QS. C’est dire la profondeur de son engagement et la stabilité de ses convictions.

C’est vrai que la conseillère a plus souvent qu’à son tour attiré l’attention médiatique et cultivé en nombre grandissant ses adversaires en raison de ses prises de position. Elle est un peu activiste et son interpellation spectaculaire d’Yves Lévesque à une marche pour la planète durant la campagne électorale fédérale n’a été qu’une illustration des audaces dont elle est capable.

Son problème politique n’est peut-être pas tant les idées qu’elle veut implanter. Il en faut des artisans du changement. Les contestataires d’aujourd’hui deviennent souvent les contestés de demain. Parlez-en à bon nombre de milléniaux qui brandissent leur «OK boomers», en voulant dire «on vous a assez entendus» et peut-être «vus». Allez dans la dignité!

Ça prend toujours un certain temps pour façonner les opinions.

La sortie de Mariannick Mercure n’aurait donc pas passé inaperçue.

On peut penser que certains conseils municipaux de la région, maire en tête, n’auraient pas détesté qu’elle fasse cela cette semaine.

Car on entre dans la grande saison annuelle des budgets municipaux et on est déjà prévenu que ça pourrait être douloureux pour les contribuables.

La grande explication pour les hausses de taxes à venir a déjà été donnée, au moins à Shawinigan et à Trois-Rivières: les baisses draconiennes de subventions de péréquation.

À Shawinigan, on ne sait pas encore mais à Trois-Rivières, la hausse de la taxe générale approcherait des 3 pour cent. Ce sera l’apoplexie contribuable.

Mariannick Mercure aurait pu dissiper un peu l’attention. Ce ne sera pas le cas.

Il faudra voir toutes les explications. Il y a la péréquation, mais on invoquera aussi la hausse de certains coûts, dont l’enlèvement de la neige, le nouveau colisée, le rehaussement de l’aide à la Société de transport en commun... puissamment réclamé d’ailleurs par Mme Mercure.

Mais d’autres prétendront que c’est le gel du compte de taxes imposé par une majorité de conseillers à Trois-Rivières en 2019 qui rebondit dans l’actuel budget (entre 1,8 et 2,3 millions $) ou parce que la Ville, après un gros exercice de réingénierie, a dû réembaucher plusieurs cadres parce qu’on surchargeait ceux restés en place de demandes, ce que l’ex-maire avait appelé la «microgestion» du conseil. On ne peut quand même pas reprocher à des conseillers de vouloir s’impliquer.

À Trois-Rivières, ce sera le premier budget du maire Jean Lamarche et même s’il hérite d’une situation budgétaire dont il n’est pas vraiment responsable, ça lui collera un peu à la peau.

Mais c’est probablement le bon moment pour les mauvais coups budgétaires, car les élections municipales n’auront lieu que dans deux ans.

Si la perte de revenus de péréquation est le vrai problème, c’est parce qu’il y a eu accroissement de la richesse foncière.

C’est bien. Mais les contribuables vont finir par implorer leurs élus d’arrêter de générer de la richesse, car ils n’ont plus les moyens d’être riches.

Quant à Mariannick... elle en a encore pour deux ans. On devrait en voir encore de toutes les couleurs.

Coup de griffe: Si vos voulez en voir des cas de rage au volant, utilisez le stationnement payant du Centre hospitalier régional. C’est un quinze à vingt minutes imposé de tournage en rond avant de se battre pour occuper une place qui se libère.

Coup de cœur: On ne peut que souhaiter un autre centenaire à ce nouveau Nouvelliste des coopérants.