De Mauricie à Gérontocratie?

CHRONIQUE / Les projections démographiques que vient de publier l’Institut de la statistique du Québec sont troublantes pour la majorité des régions du Québec et elles sont loin d’épargner la Mauricie.

Avec l’évolution de la population, mais surtout de la structure de celle-ci, c’est ni plus ni moins qu’un inexorable déclin socio-économique qui serait en train de s’installer dans la région et qui ne va que s’amplifier au cours des vingt-cinq prochaines années.

Trois-Rivières a déjà fait mentir de telles prévisions en connaissant un léger accroissement de sa population alors qu’on lui annonçait le contraire.

Il ne s’agit pas de penser que ce matin, on fait peur au monde, mais il faudra qu’il se donne un inimaginable coup de barre si l’on veut que cette catastrophe socio-économique appréhendée ne se produise.

C’est peut-être le temps de vérifier si l’actuel gouvernement de la CAQ, qui se proclame le gouvernement des régions, parce qu’élu par celles-ci, va être cohérent avec ce qu’il affirme être.

En dehors de Montréal et de ce qui l’entoure, et d’un certain niveau de résistance dans l’agglomération de Québec, toutes les autres régions vont perdre beaucoup de leur poids démographique d’une part, mais en même temps que le vieillissement de leur population, de leur capacité à maintenir un minimum d’activité économique. À peu près tout ce qui est à l’est de Montréal est en train de culbuter.

On s’étonne que la Mauricie, qui se situe géographiquement dans le couloir central Québec-Montréal, qui est donc loin d’être une région éloignée, ne puisse faire mieux que ce qu’on lui prédit.

La Mauricie comptait en 2016 une population de 267 000 personnes qui passera en 2041, dans vingt-cinq ans, à 274 000. Un misérable gain de 2,9 %, soit de 7700 citoyens.

Au Centre-du-Québec, on fera un peu mieux avec une hausse de 9,3 % de sa population, mais cela se passera au sud de la 20.

Les gains de population de la Mauricie seront tous concentrés dans la Région métropolitaine de recensement de Trois-Rivières, qui englobe Bécancour et quelques municipalités voisines, au nord. Sa population passera de 156 800 à 169 000, une hausse de 7,9 %... en vingt-cinq ans. Son gain brut sera 12 400 personnes. On comprend dès lors que le reste de la Mauricie aura donc perdu près de 5000 citoyens.

Si ce n’était que cela.

La région, et cela comprend Trois-Rivières, est déjà l’une des plus âgées au Québec. Ça ne va pas s’améliorer.

Dans vingt-cinq ans, et la courbe descendante va s’être amorcée bien avant, le groupe de 19 à 64 ans, ce qu’on appelle généralement la force potentielle de travail, ne représentera plus que 49 % de la population et à peine 51 % dans la RMR de Trois-Rivières.

Il y aura en Mauricie 21 000 travailleurs potentiels de moins qu’il n’y en avait en 2016, dont 11 000 de moins à Trois-Rivières.

Quand on entend les appels désespérés des entreprises industrielles, commerciales et même de certains services gouvernementaux pour obtenir de la main-d’œuvre, il n’est pas drôle de penser que le pire est à venir.

Aucune région ne peut asseoir une économie prospère quand la moitié de sa population ne travaille pas. Même si, en raison de nouvelles mesures incitatives, on va travailler, à temps réduit peut-être, au-delà des 65 ans… chez ceux à qui cela convient.

On se doute bien que plus une population vieillit, moins elle fait d’enfants. Cela apparaît dans toutes les statistiques. Le poids démographique des moins de 19 ans, la relève, déjà nettement insuffisant pour combler les départs à la retraite, va encore régresser.

Ce ne sera plus la bienvenue en Mauricie, la Belle d’à-côté, mais la bienvenue en Gérontocratie, la Vieille d’à-côté, avec son chapelet de «Peppermint City», ou, en traduction libre, «Cités de menthe poivrée», avec danses en ligne et sets carrés.

Ça n’a pas de sens. Il faut donner un avenir à la région. Il faut en donner un à nos enfants, ou à ceux qui en font.

On peut bien tenter de convaincre les écolos les plus engagés de baisser un peu le ton de leurs protestations chaque fois qu’un projet industriel est proposé, à Bécancour ou ailleurs. On comprend qu’une Mauricie qui se vide de sa population, ça fera moins de CO2 qui s’en échappe. La mort économique lente ne peut être un objectif louable. On est en urgence démographique.

Ce sera surtout aux gouvernements de réagir, avec une vigueur sans précédent, pour que ce scénario-catastrophe que les démographes ont esquissé pour la Mauricie et une grande partie du Québec ne se réalise pas.

Il est possible de faire mentir les projections.

On a commencé à dire que la région, avec un ministre de premier plan comme François-Philippe Champagne, au fédéral et Jean Boulet, qui gagne en respect et en influence au Québec, détient maintenant un certain pouvoir politique. Ajoutez à cela la ministre Sonia Lebel, qui peut s’ajouter en renfort, et on a de quoi se faire entendre.

N’empêche que… Après un pont Champlain tout neuf, un REM en cours de réalisation et des lignes de métro qui vont s’allonger à Montréal et des tramways et un tunnel sous-fluvial promis à Québec, ce n’est rien pour pousser l’activité économique hors de la métropole et de la capitale.

On en est encore aux études pour le train à grande fréquence, qui mettrait Trois-Rivières, la Mauricie et une partie du Centre-du-Québec à proximité (en temps) avec les deux grandes villes, avec l’avantage de les désengorger un peu.

Il faudrait, comme l’a déjà fait Jean Chrétien avec ce qui était le Centre des données fiscales, délocaliser en faveur des régions une bonne partie de l’administration publique… même si cela est indigeste à la haute fonction publique.

Il faudra que «le choix des régions» soit plus qu’un slogan politique, beau, racoleur, mais vide d’intentions.

Coup de griffe : Ce qui réglerait vite le problème, ce serait peut-être d’obliger les penseurs de la STTR… à prendre l’autobus.

Coup de cœur : Dur de ne pas être fringant avec ce Cirque du Soleil qui commence cette semaine et qui va battre ses propres records d’assistance.