De démocratie à bureaucratie scolaire

On peut se douter que si le projet de loi 40 modifiant la Loi sur l’instruction publique relativement à l’organisation et à la gouvernance scolaires était adopté dans sa forme actuelle, on ne verrait pas descendre dans la rue des milliers de citoyens en colère contre le gouvernement.

L’abolition des commissions scolaires, c’est-à-dire l’élection des commissaires par vote universel, l’un des éléments majeurs de la réforme proposée, n’est pas de nature à provoquer des montées de fièvre dans la population.

Les commissaires d’école sont élus dans la quasi-indifférence générale puisqu’à peine cinq pour cent des électeurs se sont présentés aux urnes scolaires en 2014.

Si en plus, en les faisant disparaître, on économise leur rémunération, même si elle est modeste, soit environ 11 millions $ par année, on peut conclure qu’au tribunal de l’opinion publique, la cause est déjà entendue.

Applaudissons donc le gouvernement de François Legault pour cette nouvelle grande promesse électorale réalisée promptement. Une autre de cochée. Une petite étoile dans la marge.

C’est pourtant loin d’être si acquis qu’il en soit ainsi. La réforme du ministre Jean-François Roberge a jusqu’ici fait face à un mur de protestations en commission parlementaire et, n’eusse été la tentative désastreuse de son collègue Simon Jolin-Barrette à l’Immigration qui a détourné l’attention en prenant les devants de la scène médiatique, c’est probablement le ministre Roberge qui aurait été au pilori, pour les mêmes raisons.

Le projet du ministre Roberge a été produit sans consultation du milieu scolaire et déposé le 1er octobre pour entrer en vigueur à la mi-février. Le projet a le même défaut que celui de son collègue. Il se révèle aussi brouillon qu’improvisé, ne pourra pas d’évidence et de loin atteindre les promesses qui l’accompagnent et est mené au pas de charge, la méthode bulldozer.

C’est vrai que la participation aux élections scolaires s’est révélée désastreuse.

Il faut dire que François Legault, et le gros de ses troupes à sa suite, avaient invité les Québécois à boycotter ces élections. Mais surtout, rien n’a été fait pour favoriser les élections scolaires qui auraient pu se tenir en même temps que le scrutin municipal, comme cela se fait dans d’autres provinces.

On a aussi suggéré d’introduire le vote électronique, qui a donné de bons résultats ailleurs.

Pourtant, sans stimuli gouvernementaux et sans ambiance électorale, avec les simples moyens usuels d’affiches sur les poteaux, d’un dépliant et d’un accroche-porte, un candidat comme Patrick Charlebois a fait grimper le vote à 12 pour cent en 2014, et il en a été ainsi dans d’autres districts de la Commission scolaire du Chemin-du-Roy.

À la place des commissions scolaires, le gouvernement propose un Centre de services, avec un conseil d’administration formé de représentants des enseignants, du personnel de soutien et de représentants de parents «élus» par les conseils d’établissement.

Il n’y a pas deux pour cent de parents qui assistent aux assemblées générales annuelles de ces conseils. Un conseil sans réel pouvoir qui n’aura qu’à avaliser les avis et les directives du ministre, sans pouvoir les critiquer.

Quant aux pseudos économies, personne n’y croit. Tout le monde s’attend plutôt à une bureaucratie plus coûteuse. Les commissions scolaires se plaisent à exhiber le faible taux de leurs frais administratifs qui se situe autour de 4 %. C’est même 3 % à Chemin-du-Roy.

Les critiques ont fusé de toutes parts depuis deux semaines.

Jeudi, les président et présidente des comités de parent de la commission scolaire du Chemin-du-Roy et des Chênes, avec un appui de la Riveraine, ont exposé, à l’instar d’autres comités de parents, leur opposition au projet de loi 40.

Mardi, ce sont les présidents des cinq commissions scolaires de la Mauricie et du Centre-du-Québec qui ont défendu avec un aplomb remarquable leur mémoire en Commission parlementaire.

Les critiques sont nombreuses et le seul avantage dont a pu profiter le ministre Roberge avec son projet, c’est qu’il y a eu peu d’attention portée à la commission parlementaire sur son projet, démoli de toutes parts.

Certes, sur les 74 commissions scolaires du Québec, il y a celle des Laurentides qui appuie le ministre. Aurait-elle occupé la même position si son président avait été élu comme il le souhaitait à la présidence de la Fédération des commissions scolaires?

«C’est trop vite compte tenu de la complexité du projet», reproche Stéphanie Lacoste, la présidente du Comité de parents de la commission scolaire des Chênes. «Si on veut garder la mobilisation des parents vivante, on doit rester dans des actions concrètes», renchérit Denis Boudreaut, du comité de parents de Chemin-du-Roy.

Tous les deux demandent au gouvernement non pas de faire un pas en arrière, mais de faire une pause et de tenir des états généraux sur l’éducation primaire et secondaire au Québec. C’est là une requête partagée par les commissaires, les enseignants, de nombreux comités de parents et les syndicats.

Il n’y a pas eu de consultation et on en veut une.

On prétend accorder un plus grand pouvoir de décisions au niveau de l’école. «Le directeur d’école deviendra plus administratif que leader pédagogique», prévient le président de l’Énergie, Jean-Yves Laforest.

Il a cité en exemple l’initiative prise par sa commission scolaire et celle du Chemin-du-Roy de fournir aux écoles, mais aussi à la société civile, de la fibre optique. Ce qui rapporte des redevances de 330 000 $ par année, plus que les salaires des élus des deux commissions scolaires. Des revenus supplémentaires qui sont versés en aide aux élèves en difficultés.

Peut-être sarcastique mais fondé, le président de Chemin-du-Roy, Claude Lessard, a suggéré au ministre que s’il voulait en voir de la bureaucratie, il n’avait qu’à consulter l’organigramme de son ministère.

Une seconde volte-face du gouvernement sera difficile à concéder, mais le milieu de l’éducation le lui demande. À lui de trouver une façon honorable de se reprendre.

Coup de griffe: Si vous avez à traverser Saint-Barnabé, n’oubliez pas votre pelle et qu’il faut ajouter des crampons à vos pneus d’hiver.

Coup de cœur: À Shawinigan pour le prestige et le rayonnement apportés par le Sommet international de l’innovation en villes médianes.