Depuis le début de la campagne électorale, les chefs de partis, dont Pauline Marois, sont venus tous les jours, sauf mercredi, visiter notre région.

Dans la machine à saucisses

Il y avait presque de quoi s'en frotter les yeux d'incrédulité jeudi. On avait beau scruter les convocations du jour, pas de chef politique en vue dans l'horizon quotidien régional. Aucun.
Après sept jours de campagne, on avait bien droit à un moment de répit. Cela peut surprendre, mais ce sont surtout les candidats, et leurs organisations, qui ont pu respirer un peu.
Avec tous ces mamours, on risquait de finir par se trouver beau jusqu'à risquer de sombrer dans le narcissisme régional. La Mauricie a été courtisée sans bon sens à ce point qu'il était légitime de se concevoir maintenant comme le nombril électoral du Québec, nous les négligés du passé.
Tous les chefs des principaux partis politiques sont venus nous dire et nous répéter qu'ils nous aimaient, qu'ils nous serraient fort dans leurs bras avec engagement de continuer de nous cajoler... même après les élections. En n'oubliant jamais au passage de nous faire savoir qu'ils avaient pour le moment besoin de nous. Comprendre de notre vote.
C'est flatteur de recevoir tant d'attention et d'expressions d'affection qui ont eu l'air tellement sincères. C'est un signal d'intérêt que les chefs politiques ont envoyé à la Mauricie et à la partie fluviale du Centre-du-Québec.
Restera à savoir si c'est de l'intérêt qu'ils nous portent ou si ce n'est que de leur intérêt dont il est question, compte tenu de la petite mais importante différence que la région peut faire dans la formation du prochain gouvernement. En ce début de campagne, la glace est mince entre le PQ et le PLQ.
Applaudissons à leur venue, mais ne soyons pas trop naïfs.
À part de se faire dire qu'on était beaux et fins, on n'a pas assisté à de promesses, d'annonces ou d'engagements directs sur les dossiers régionaux. Les chefs sont venus présenter leurs candidats ou ont profité de leur arrêt dans la région pour dévoiler certains aspects de leurs plateformes électorales. On ne s'est pas fait passer l'anneau.
Les maires Michel Angers, Yves Lévesque ou Jean-Guy Dubois ont peut-être établi des listes d'épicerie, parfois obtenu de brefs entretiens, comme Dubois avec Pauline Marois ou Lévesque avec François Legault, mais on n'a encore vu aucun chef politique prendre fait et cause à l'une ou l'autre de leurs requêtes.
Certes, l'occasion est parfois donnée de sensibiliser les chefs à ses besoins ou de leur expliquer un peu mieux les dossiers pour lesquels on attend de l'aide. Pour l'instant, ça s'est arrêté là. Les dossiers sont restés dans la machine à saucisses. Ils n'en sont pas sortis. Lévesque n'a pas d'engagement formel pour son colisée universitaire; Angers pour un réseau d'eau à Lac-à-la-Tortue; Dubois pour son incubateur industriel à Gentilly.
De leur côté, les candidats sont toujours heureux de recevoir la visite de leur chef. Ça leur laisse l'impression que si le chef est là, c'est qu'il leur accorde de l'importance. Ça leur fait vivre des moments fiévreux. On peut quand même se demander jusqu'où ça leur est vraiment profitable.
À moins qu'ils fassent l'objet d'une controverse ou qu'ils aient dans leur placard quelque chose qui pourrait embarrasser leur chef, les candidats locaux sont systématiquement négligés par les médias.
Il est fréquent qu'aucune question ne leur soit adressée et on ne les voit pas toujours dans les furtifs plans de caméra ou sur les photos qui sont publiées. L'organisation du chef prévoit rarement leur laisser prendre la parole. On redoute toujours, avec les kodaks nationaux qui enregistrent tout, qu'ils puissent tenir des propos de p'tit mononcle ou de p'tite matante.
Or, la plupart ont à se faire mieux connaître de leurs électeurs et pas des quelques militants locaux, même s'ils sont quelques dizaines, déjà acquis, qui viennent se faire voir de leur chef et se faire prendre en photo avec lui ou elle.
On est dans le star system et le star system politique cultive le vedettariat des chefs. On dira après que le candidat local ne peut faire grimper que de 5 % le vote en sa faveur... lorsqu'il y arrive. Car il se peut qu'il influence aussi le vote par le bas.
Après une semaine de gros autobus clinquants, il est temps de voir ce que nos candidats ont dans les tripes et dans la tête. Découvrir leur personnalité. Il faut des débats et d'autres choses du genre. La belle photo sur les poteaux ou le petit signet accroché à la poignée de porte, c'est pas très jazzé. Pas plus qu'un beau smile dans l'ombre de son chef.